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il ne s'est occupé des blessés, ses compatriotes : il a commandé du vin, et pendant quinze jours il n'a pas dessoûlé.
Voilà des faits parlants. Je ne les commenterai pas. Je risquerais de les affaiblir par un ton passionné. Que Ton veuille bien, tout simplement, réfléchir sur cette effroyable dégradation où tombent des représentants de la fameuse science allemande, après deux mois qu'ils se soumettent pratiquement à leurs doctrines de guerre.
Les théoriciens allemands de la guerre déclarent que celui qui combat pour la grande Germanie n'a envers les autres nations aucun devoir de respect ni d'humanité. Ils flétrissent les scrupules, la générosité, la pitié, à l'égard de l'ennemi. Mais en abolissant dans leurs cœurs les scrupules, en libérant les instincts bruts, ils se dénaturent, ils corrompent leur humanité, et les voilà ivres-morts installés sur le charnier de leurs frères.
11 fallait que l'histoire saisît dans leur ignominie de Raon-l'Ëtape, les chirurgiens et médecins ailemands, et j'espère bien que le préfet d'Épinal mettra dans le dossier officiel le récit authentique de ces faits. Je suis en mesure de les établir pleinement et si je m'abstiens ici de quelques précisions qui les compléteraient, c'est que les Allemands encore voisins des communes où habitent mes témoins ne manqueraient pas de se venger. Au reste, les intellectuels allemands compromis par cette faillite de la science allemande et par cette indignité d'une haute célébrité de leur université ne peuvent faire moins que d'ouvrir une enquête.