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LA MÉTHODE POSITIVE ET LES SCIENCES

[Chaque science possède sa méthode propre d'investigation, qui devient plus parfaite et plus délicate à mesure que l'objet sur lequel elle opère devient luimême plus complexe. La méthode du savoir positif se constitue ainsi en suivant la hiérarchie des sciences. L'œuvre propre de la science, de la méthode scientifique, c'est, comme nous l'ont montré les mathématiques, de ramener l'inconnu au connu. La mathématique constitue par elle-même une méthode générale.]

« C'est par les mathématiques que la philosophie positive a commencé à se former : c'est d'elles que nous vient la méthode. Il était donc naturellement inévitable que, lorsque la même manière de procéder a dû s'étendre à chacune des autres sciences fondamentales, on s'efforçât d'y introduire l'esprit mathématique à un plus haut degré que ne le comportaient les phénomènes correspon-

(1) Cours, III, p. 401-441.

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dants ; ce qui a donné lieu ensuite à des travaux d'épuration plus ou moins étendus, comme ceux de BerthoUet sur la chimie, pour se dégager de cette influence exagérée. Mais chaque science, en se développant, a fait subir à la méthode positive générale des modifications détei minées par les phénomènes qui lui sont propres, d'où résulte son génie spécial ; c'est seulement alors qu'elle a pris son véritable caractère définitif, qui ne doit jamais être confondu avec celui d'aucune autre science fondamentale (1). »

§ le^ L'observation

[l'astronomie, dont l'objet est simple, n'a que des moyens d'exploration bornée. Elle fournit le premier degré de l'arC d'observer] :

« Notre art d'observer se compose, en général, de trois procédés difîérents : 1° l'observation proprement dite, c'est-à-dire l'examen direct du phénomène tel qu'il se présente naturellement ; 2° l'expérience, c'està-dire la contemplation du phénomène plus ou moins modifié par des circonstances artificielles que nous instituons expressément en vue d'une plus parfaite exploration ; 3° la comparaison, c'est-à-dire la considération graduelle d'une suite de cas analogues, dans lesquels le phénomène se simplifie de plus en plus. La science des corps organisés, qui étudie les phénomènes du plus difficile accès, est aussi la seule qui permette véritablement la réunion de ces trois moyens. L'astronomie, au contraire, est nécessairement bornée au premier. L'expérience y est évidemment impossible ; et, quant à la comparaison, elle n'y existerait que si nous pouvions observer directement plusieurs systèmes solaires, ce qui ne saurait avoir lieu. Reste donc la simple observation, et réduite même, comme nous l'avons remarqué, à la moindre extension possible, puisqu'elle ne peut concerner qu'un seul^de nos sens. Mesurer des angles et compter des temps

(l) Cours, I, p. 89.

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écoulés ; tels sont les seuls moyens d'après lesquels notre intelligence puisse procéder à la découverte des lois qui régissent les phénomènes célestes. Mais ces moyens n'en sont pas moins parfaitement adaptés à la nature des véritables recherches astronomiques, car il ne faut pas autre chose pour observer des phénomènes géométriques sous des phénomènes mécaniques, des grandeurs ou des mouvements. On doit seulement en conclure que, entre toutes les branches de la philosophie naturelle, l'astronomie est celle où l'observation directe, quelque indispensable qu'elle soit, est par elle-même la moins significative, et où la part du raisonnement est incomparablement la plus grande, ce qui constitue le premier fondement de sa dignité intellectuelle. Rien de vraiment intéressant ne s'y décide jamais par la simple inspection, contrairement à ce qui se passe en physique, en chimie, en physiologie, etc. Nous pouvons dire, sans exagération, que les phénomènes, quelques réels qu'ils soient, y sont pour la plupart essentiellement construits par notre intelligence; car on ne saurait voir immédiatement la figure de la terre, ni la courbe décrite par une planète, ni même le mouvement journalier du ciel ; notre esprit seul peut former ces diverses notions, en combinant, par des raisonnements souvent très prolongés et fort complexes, des sensations isolées que, sans cela, leur incohérence rendrait presque entièrement insignifiantes (1). «

§ 2. V Expérience; physique et chimie

[Avec la physique, nous atteignons un degré de plus et des moyens nouveaux. L'observation pure et simple s'y développe, et, si la comparaison n'y joue encore qu'un faible rôle, par contre l'expérimentation y apparaît.]

«L'observation proprement dite qui, en astronomie, était forcément bornée à l'usage d'un seul sens, commence à

(1) Cours, II, p. 7-8.

recevoir ici toute son extension possible. La multiplicité des points de vue relatifs aux propriétés physiques tient essentiellement, en effet, à la même condition caractéristique qui nous permet d'y employer simultanément tous nos sens. Néanmoins, cette science, réduite à la seule ressource de l'observa'tion pure, serait, sans aucun doute, extrêmement imparfaite, quelque varié qu'y puisse être son usage. Mais ici s'introduit spontanément, dans la philosophie naturelle, l'emploi du second procédé général d'exploration, l'expérience, dont l'application convenablement dirigée constitue la principale force des physiciens pour toutes les questions un peu compliquées. Cet heureux artifice fondamental consiste toujours à observer en dehors des circonstances naturelles, en plaçant les corps dans des conditions artificielles, expressément instituées pour faciliter l'examen de la marche des phénomènes qu'on se propose d'analyser sous un point de vue déterminé. On conçoit aisément combien un tel art est éminemment adapté aux recherches physiques qui, destinées, par leur nature, à étudier dans les corps leurs propriétés générales et permanentes, susceptibles seulement de divers degrés d'intensité, peuvent admettre, pour ainsi dire sans limites, l'ensemble quelconque de circonstances qu'on juge convenable d'introduire. C'est réellement en physique que se trouve le triomphe de l'expérimentation, parce que notre faculté de modifier les corps, afin de mieux observer leurs phénomènes, n'y est assujettie à presque aucune restriction, ou que, du moins, elle s'y développe beaucoup plus librement que dans toute autre partie de la philosophie naturelle.

« En chimie, le domaine de l'expérimentation ordi- T-ement encore plus complet que dans la physique, puisqu'on n'y considère, pour ainsi dire, jusqu'ici que des faits résultant de circonstances artificielles, établies par notre intervention. Mais la non-spontanéité des circonstances ne constitue pas, ce me semble, le principal caractère philosophique de l'expérimentation, qui consiste surtout

dans le choix le plus libre possible du cas propre à dévoiler !e mieux la marche du phénomène, que ce cas soit d'ailleurs naturel ou factice. Or, ce choix est, en réalité, bien plus facultatif en physique qu'à l'égard des phénomènes chimiques, dont la plupart, ne pouvant s'obtenir que par le concours indispensable d'un plus grand nombre d'influences diverses, ne permettent pas de varier autant les circonstances de leur production, ni surtout d'isoler aussi complètement les différentes conditions déterminantes, comme nous le reconnaîtrons spécialement dans le volume suivant. Ainsi, en résumé, non seulement la création de l'art général de l'expérimentation est due au développement de la physique ; mais c'est surtout à cette science qu'un tel procédé est, en effet, destiné, quelques précieuses ressources qu'il offre aux branches plus compliquées de la philosophie naturelle (1). »

§ 3. V Hypothèse

[La physique fait un emploi remarquablement fécond de l'analyse mathématique et du calcul, mais surtout c'est elle qui ouvre à l'esprit humain le domaine et l'art des hypothèses, auxiliaire puissant et indispensable de l'étude de la nature.]

« Il ne peut exister que deux moyens généraux propres à nous dévoiler, d'une manière directe, entièrement rationnelle, la loi réelle d'un phénomène quelconque, en sa relation exacte et évidente à quelque loi plus étendue, préalablement établie; en un mot, l'induction ou la déduction. Or, l'une et l'autre voie serait certainement insuffisantes, même à l'égard des plus simples phénomènes, aux yeux de quicontjue a bien compris les difficultés essentielles de l'étude approfondie de la nature, si l'on ne commençait souvent par anticiper sur les résultats en faisant une supposition provisoire, d'abord essentiellement conjecturale, quant à quelques-unes des notions mêmes qui constituent

(1) Cours, II, p. 210-11.

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l'objet de la recherche. De là l'introduction strictement indispensable des hypothèses en philosophie naturelle. Sans cet heureux détour, dont les méthodes d'approximation des géomètres ont primitivement suggéré l'idée générale, la découverte effective des lois naturelles serait évidemment impossible, pour peu que le cas présentât de complication, et toujours le progrès réel serait au moins extrêmement ralenti. Mais l'emploi de ce puissant artifice doit être constamment assujetti à une condition fondamentale, à défaut de laquelle il tendrait nécessairement au contraire à entraver le développement de nos vraies connaissances. Cette condition, jusqu'ici vaguement analysée, consiste à ne jamais imaginer que des hypothèses susceptibles, par leur nature, d'une vérification positive, plus ou moins éloignée, mais toujours clairement inévitable, et dont le degré de précision soit exactement en harmonie avec celui que comporte l'étude des phénomènes correspondants. En d'autres termes, les hypothèses vraiment philosophiques doivent constamment présenter le caractère de simples anticipations sur ce que l'expérience et le raisonnement auraient pu dévoiler immédiatement, si les circonstances du problème eussent été plus favorables. Pourvu que cette seule règle nécessaire soit toujours et scrupuleusement observée, les hypothèses peuvent évidemment être introduites sans aucun danger, toutes les fois qu'on en éprouve le besoin ou même simplement le désir raisonné. Car on se borne ainsi à substituer une exploration indirecte à l'exploration directe, quand celle-ci serait ou impossible ou trop difficile. Mais, si l'une et l'autre n'avaient point, au contraire^ le même sujet général, si l'on prétendait atteindre par l'hypothèse ce qui, en soi-même, est radicalement inaccessible à l'observation et au raisonnement, la condition fondamentale serait méconnue et l'hypothèse, sortant aussitôt du vrai domaine scientifique, deviendrait nécessairement nuisible. Or, tous les bons esprits reconnaissent aujourd'hui que nos études réelles sont strictement circonscrites à l'analyse des phénomènes pour découvrir

leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations constantes de succession ou de similitude, et ne peuvent nullement concerner leur nature intime, ni leur cause, ou première ou finale, ni leur mode essentiel de production. Gomment (les suppositions arbitraires auraient-elles réellement plus de portée ? Ainsi, toute hypothèse qui franchit les limites de cette sphère positive ne peut aboutir qu'à «nigendrer des discussions interminables, en prétendant prononcer sur des questions nécessairement insolubles pour notre intelligence (1). »

[Parmi les hypothèses utilisées en physique, les unes, relatives aux lois des phénomènes, sont très légitimes ; les autres, qui concernent la détermination des agents généraux auxquels on rapporte les différents genres d'effets naturels (fluides, éther, etc.), sont inadmissibles. Il faut pourchasser ces fausses hypothèses, vestiges des dieux théologiques et des entités métaphysiques.]

§ 5. Méthode en biologie

[C'est à la biologie qu'il en faut venir, pour constater l'extension la plus large de la méthode scientifique. L'observation tout d'abord s'y élargit et s'y perfectionne] :

« Si, d'un côté, les phénomènes biologiques sont incomparablement plus compliqués que tous les précédents, d'une autre part, et comme suite naturelle de cette complication supérieure, ainsi que nous allons le constater, leur étude comporte nécessairement l'ensemble le plus étendu de moyens intellectuels, dont plusieurs essentiellement nouveaux, et développe dans l'esprit humain des facultés pour ainsi dire in actives jusqu'alors, ou que du moins les autres sciences fondamentales ne pouvaient offrir qu'à l'état rudimentaire, malgré l'invariable unité de la méthode positive.

(1) Cours, V, 224-237.

« Parmi les trois modes principaux que j'ai distingués, en général, de l'art d'observer, le premier et le plus fondamental de tous, l'observation proprement dite, acquiert évidemment en biologie une extension supérieure.

a La biologie présente, sous cet aspect, comparativement à la chimie elle-même, un accroissement très important et non moins nécessaire. Il consiste d'abord dans l'usage des appareils artificiels destinés à perfectionner les sensations naturelles, surtout en ce qui concerne la vision.

« En second lieu, les ressources fondamentales de l'observation biologique sont supérieures à celles de l'observation chimique, sous un autre aspect encore plus capital et plus nécessairement inhérent à la nature propre des phénomènes. Car, d'après la vraie position relative des deux sciences, le biologiste peut, évidemment, disposer de l'ensemble des procédés chimiques, comme d'une sorte de faculté nouvelle, pour perfectionner l'exploration préliminaire du sujet de ses recherches. Un tel moyen serait, par sa nature, radicalement interdit au chimiste, pour lequel son usage constituerait directement un cercle vicieux fondamental, puisqu'on supposerait ainsi réellement accomplie l'étude même qu'on entreprend. »

[Quant à l'expérimentation, l'emploi en est difficile en biologie.]

« Dans l'étude des corps vivants, la nature des phénomènes me paraît opposer directement des obstacles presque insurmontables à toute large et féconde application d'un tel procédé, ou, du moins, c'est par des moyens d'un autre ordre que doit être surtout poursuivi le perfectionnement essentiel de la science biologique.

« Nous avons établi, en effet, que ces phénomènes exigent nécessairement le concours indispensable d'un grand nombre d'influences distinctes, tant extérieures qu'intérieures, qui, malgré leur diversité, sont étroite-

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ment liées entre elles, et dont l'harmonie ne saurait persister, au degré convenable, qu'entre certaines limites de variation plus ou moins étendues. Rien n'est donc plus facile, sans doute, que de troubler, de suspendre, ou même de faire entièrement cesser l'accomplissement de tels phénomènes ; mais, au contraire, nous devons éprouver les plus grandes diflicultés à y introduire une perturbation exactement déterminée, soit quant au genre, soit, à plus forte raison, quant au degré. Trop prononcée, elle empêcherait le phénomène ; trop faible, elle ne caractériserait point assez le cas artificiel. D'un autre côté, lors même qu'elle a pu être primitivement restreinte à la modification directe d'une seule des conditions du phénomène, elle affecte nécessairement presque aussitôt la plupart des autres en vertu de leur consensus universel. »

[L'expérimentation peut se faire, soit en modifiant l'organisme étudié, soit, ce qui est plus pratique, en modifiant le milieu où il se trouve. Plus on descend dans la série animale et plus l'expérimentation devient aisée, parce qu'on se rapproche davantage du monde inorganique.

La plus féconde expérimentation, c'est la nature elle-même qui la fournit, par les cas pathologiques et tératologiques] :

« Autant la nature des phénomènes physiologiques se refuse à l'expérimentation purement artificielle, autant elle comporte éminemment l'usage le plus étendu et le plus heureux de cette sorte d'expérimentation spontanée, qui résulte inévitablement d'une judicieuse comparaison entre les divers états anormaux de l'organisme et son état normal. C'est ce qu'on peut aisément établir.

« Quelle est, en réalité, la propriété essentielle de toute expérience directe ? C'est sans doute d'altérer l'état naturel de l'organisme, de façon à présenter sous un aspect plus évident l'influence propre à chacune des conditions de ses différents phénomènes. Or, le même but n'est-il pas nécessairement atteint, d'une manière beaucoup plus satisfaisante et d'ailleurs non moins étendue, par l'observation

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des maladies considérées sous un simple point de vue scientifique ?

« Un tel mode d'expérimentation, quoique indirect, est, en général, mieux adapté qu'aucun autre à la vraie nature des phénomènes biologiques. Au fond, une expérience proprement dite sur un corps vivant est-elle réellement autre chose qu'une maladie plus ou moins violente, brusquement produite par une intervention artificielle. »

§ 6. La comparaison

[Ce mode d'expérimentation, comme l'examen des monstruosités, a l'avantage de pouvoir s'appliquer à toute la série animale, ou à tous les phénomènes d'un même organisme.

La méthode comparative, très imparfaite dans les sciences de l'inorganique, prend ici toute son ampleur] :

« C'est seulement dans l'étude, soit statique, soit dynamique, des corps vivants que l'art comparatif proprement dit peut prendre tout le développement philosophique qui le caractérise, de manière à ne pouvoir être convenablement transporté à aucun sujet qu'après avoir été exclusivement emprunté à cette source primitive, suivant le principe logique si fréquemment proclamé et pratiqué dans ce Traité.

« Quelles sont, en effet, les conditions fondamentales sur lesquelles doive nécessairement reposer, en général, l'application rationnelle d'un tel mode d'exploration ? Elles consistent, évidemment, par la nature même du procédé, dans cet indispensable concours de l'unité essentielle du sujet principal avec la grande diversité de ses modifications effectives. Sans la première condition, la composition n'aurait aucune base solide ; sans la seconde, elle ni manquerait d'étendue et de fécondité ; par leur réunion, elle devient à la fois possible et convenable. Or, d'après la définition même de la vie, ces deux caractères sont, de toute nécessité, éminemment réalisés dans l'étude des phénomènes biologiques, sous quelque point de vue qu'on

les envisage. L'exacte harmonie entre le moyen et le but est ici tellement spontanée et si nettement prononcée, que son entière appréciation philosophique peut être aisément effectuée sans donner lieu à ces discussions spéciales qui ont été indispensables ci-dessus pour caractériser avec justesse la vraie fonction rationnelle, bien plus équivoque et plus litigieuse, de la méthode expérimentale en biologie.

« Tout le système de la science biologique dérive,, comme nous l'avons établi, d'une seule grande conception philosophique : la correspondance générale et nécessaire, diversement reproduite et incessamment développée, entre les idées d'organisation et les idées de vie. L'unité fondamentale du sujet ne saurait donc être, en aucun cas, plus parfaite ; et la variété presque indéfinie de ses modifications, soit statiques, soit dynamiques, n'a pas besoin, sans doute, d'être formellement constatée. »

[Tous les organismes présentent, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique, des caractères communs propres aux comparaisons. La science de l'homme n'a pu faire de progrès que le jour où elle a su établir de telles comparaisons. II en est de plusieurs ordres ]:

« Distinguons maintenant les divers aspects généraux sous lesquels doit être poursuivie la comparaison biologique, que nous continuerons toujours à envisager à la fois comme statique et comme dynamique. On peut les rapporter à cinq chefs principaux, que je classe ici, autant que possible, dans l'ordre de leur enchaînement rationnel et de leur valeur scientifique croissante : 1" comparaison entre les diverses parties de chaque organisme déterminé ; 2<» comparaison entre les sexes ; S» comparaison entre les diverses phases que présente l'ensemble du développement ; 4° comparaison entre les différentes races ou variétés de chaque espèce ; 5° enfin, et au plus haut degré comparaison entre tous les organismes de la hiérarchie biologique. Il est d'ailleurs sous-entendu que, dans l'un quelconque de ces parallèles, l'organisme sera constam-

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ment considéré à l'état normal, ainsi qu'on l'a toujours fait jusqu'ici, comme il était indispensable de le faire d'abord. Quand les lois essentielles relatives à cet état auront été convenablement établies, l'esprit humain pourra passer rationnellement à la pathologie comparée, soit statique, soit dynamique, dont l'étude, encore plus détaillée par sa nature, devra conduire à perfectionner ces lois en étendant leur portée primitive. »

[Le premier et le troisième ordres sont, d'après Comte, les plus importants. Mais toute recherche comparative doit être dirigée d'après un même principe) :

« Quel que soit le mode général suivant lequel on se propose d'appliquer la méthode comparative à une recherche biologique quelconque, son esprit essentiel consiste toujours à concevoir tous les cas envisagés comme devant être radicalement analogues sous le point de vue que l'on considère, et à représenter, en conséquence, leurs différences effectives comme de simples modifications, déterminées, dans un type fondamental et abstrait, par l'ensemble des caractères propres à l'organisme ou à l'être correspondant ; en sorte que les différences secondaires soient sans cesse rattachées aux principales d'après des lois constamment uniformes, dont le système doit constituer la vraie philosophie biologique, soit statique, soit dynamique, destinée à fournir ainsi l'explication rationnelle et homogène de chaque cas déterminé (1). »

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