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LE MONOTHÉISME

[L'appréciation du régime monothéique constitue une des parties les plus curieuses de la sociologie de Comte. Il voyait dans le système d'institutions du Moyen Age et dans le catholicisme comme une première et remarquable ébauche du futur régime positiviste. L'un et l'autre vont être examinés dans leurs conditions d'existence et de succès, au point de vue politique et moral] (1).

§ 1". Monothéisme et polythéisme. Les philosophes et le gouvernement

[Le monothéisme a pour caractéristique la création d'un pouvoir spirituel, fondé sur l'uniformité de croyances, et distinct du temporel. Ce pouvoir, l'antiquité avait essayé de le créer et de le donner aux philosophes ; c'était là une erreur] :

. . .Quoique l'intelligence doive nécessairement exercer une influence de plus en plus prononcée sur la conduite générale des affaires humaines, individuelles ou sociales, sa suprématie politique, rêvée par les philosophes grecs, n'en constitue pas moins une pure utopie, directement contraire, comme je l'ai déjà noté au chapitre précédent, à l'économie réelle de notre nature cérébrale, où la vie mentale est habituellement si peu énergique comparativement à la vie affective. Nul pouvoir humain, même le plus grossier et le moins étendu, ne saurait, sans doute, entièrement se passer d'appui spirituel, puisque ce qu'on

(1) Au point de vue politique il faut considérer l'ordre spirituel et l'ordre temporel ; au point de vue moral, l'influence mentale et l'influence morale proprement dite.

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nomme, en politique, une force proprement dite, ne peut résulter que d'un certain concours d'individualités, dont la formation spontanée suppose inévitablement l'existence préalable, iron seulement de quelques sentiments communs, mais aussi d'opinions suffisamment convergentes, sans lesquelles la moindre association ne pourrait persister, reposât-elle même sur une suffisante conformité d'intérêts. Cependant, il n'en reste pas moins incontestable que le principal ascendant social ne saurait jamais appartenir à la plus haute supériorité mentale, à la fois trop peu comprise et trop mal appréciée pour obtenir ordinairement du vulgaire un juste degré d'admiration et de reconnaissance. La masse des hommes, essentiellement destinée à l'action, sympathise nécessairement bien davantage avec les organisations médiocrement intelligentes, mais éminemment actives, qu'avec les natures purement spéculatives, malgré leur intime prééminence spirituelle, d'ailleurs habituellement méconnue, à raison même de sa trop grande élévation.

Il est donc évident que, bien loin de pouvoir directement dominer la conduite réelle de la vie humaine, individuelle ou sociale, l'esprit est seulement destiné, dans la véritable économie de notre invariable nature, à modifier plus ou moins profondément, par une influence consultative ou préparatoire, le règne spontané de la puissance matérielle ou pratique, soit militaire, soit industrielle. Autant le génie spéculatif est seul capable de préparer convenablement, par ses méditations abstraites, les divers changements essentiels qui doivent successivement s'opérer, autant il est, de sa nature, radicalement impropre à la direction journalière des affaires communes.

...Ainsi, l'humanité ne saurait certainement trop honorer, en tant que premiers organes nécessaires de ses principaux progrès, ces intelligences exceptionnelles qui, entraînées par une impérieuse destination spéculative, esthétique, scientifique ou philosophique, consacrent noblement leur vie à penser pour l'espèce entière ; mais elle doit néanmoins éviter soigneusement de leur confier

jamais la direction souveraine de ses affaires journalières, à laquelle leur nature caractéristique les rend, de toute nécessité, essentiellement impropres (1).

§ 2. £e problème politique du monothéisme

[Le pouvoir des philosophes deviendrait vite tyrannique et rétrograde ; pour conserver l'autorité spirituelle, pense Auguste Comte, les dirigeants empêcheraient l'émancipation des peuples. Le monothéisme avait donc à constituer un pouvoir spirituel qui n'offrît pas de tels dangers, et à le séparer nettement du temporel] :

Le grand problème politique consistait alors, en effet, tout en écartant radicalement ces dangereuses rêveries de la philosophie grecque sur la souveraineté de l'intelligence, à donner cependant une juste satisfaction régulière à cet irrésistible désir spontané d'ascendant social, si énergiquement manifesté par l'activité spéculative, pendant la suite de siècles qui venait de s'écouler depuis l'origine de son essor distinct. Car, une fois développée, cette nouvelle puissance ne pouvait manquer de tendre instinctivement, avec une force croissante, au gouvernement général de l'humanité ; et cependant elle avait toujours été, dès sa naissance, nécessairement tenue en dehors de tout ordre légal, envers lequel elle se trouvait ainsi constituée inévitablement en état d'insurrection latente, mais intime et continue, soit sous le régime grec, soit, d'une manière encore plus marquée, sous le régime romain. Il fallait donc, au lieu d'éterniser, entre les hommes d'action et les hommes de pensée, une lutte déplorable, qui devait de plus en plus consumer en majeure partie, par une funeste neutralisation mutuelle, les plus précieux éléments de la civilisation humaine, organiser suffisamment entre eux une heureuse conciliation premanente, qui pût convertir ce vicieux antagonisme en

(1) Cours, V, p. 160-170.

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une utile rivalité, uniformément tournée vers la meilleure satisfaction des principaux besoins sociaux, en assignant, autant que possible, à chacune des deux grandes forces, dans l'ensemble du système politique, une participation régulière, pleinement distincte et indépendante quoique nécessairement convergente, par des attributions habituelles essentiellement conformes à sa nature caractéristique. Telle est l'immense difficulté, trop peu comprise aujourd'hui, que le catholicisme a spontanément surmontée, au moyen âge, de la manière la plus admirable, en instituant enfin, à travers tant d'obstacles, cette division fondamentale entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, que la saine philosophie fera de plus en plus reconnaître, malgré les préjugés actuels, comme le plus grand perfectionnement qu'ait pu recevoir jusqu'ici la vraie théorie générale de l'organisme social, et comme la principale cause de la supériorité nécessaire de la politique moderne sur celle de l'antiquité (1).

[Le caractère empirique de la théologie monothéiste, l'autorité trop exclusive des prêtres furent les caiisps destructives de ce régime, mais il constitua néanmoins une anticipation sur l'avenir positiviste. C'est pour cela que, seul, le positivisme, en dehors de tout esprit apologétique ou polémique, est capable de juger sainement le catholicisme et le Moyen Age.]

§ 3. La séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel dans le monothéisme

Le génie, éminemment social, du catholicisme a surtout consisté, en constituant un pouvoir purement moral distinct et indépendant du pouvoir politique proprement dit, à faire graduellement pénétrer, autant que possible, la morale dans la politique, à laquelle jusqu'alors la morale avait toujours été, au contraire, essentiellement subor-

(1) Cours, V, p. 170-175.

donnée ; et cette tendance fondamentale, à la fois résultat et agent du progrès continu de la sociabilité humaine, a nécessairement survécu à l'inévitable décadence du système qui en avait dû être le premier organe général, de manière à caractériser, avec une énergie incessamment croissante, malgré les diverses perturbations accessoires ou passagères, plus profondément qu'aucune autre différence principale, la supériorité radicale de la civilisation moderne sur celle de l'antiquité.

Toute théorie vraiment rationnelle sur la démarcation fondamentale des deux puissances devra, ce me semble, être directement déduite de ce principe général, indiqué par la nature même d'un tel sujet, et vers lequel a toujours convergé, en effet, d'une manière plus ou moins appréciable, la marche spontanée de , l'ensemble des événements humains, mais qui pourtant n'a jamais été jusqu'ici nettement saisi par personne : le pouvoir spirituel étant essentiellement relatif à Véducation, et le pouvoir temporal à Vaction, en prenant ces termes dans leur entière acception sociale, l'influence de chacun des deux pouvoirs doit être, en tout système où ils sont réellement séparables, pleinement souveraine en ce qui concerne sa propre destination, et seulement consultative, envers la mission spéciale de l'autre, conformément à la coordination naturelle des fonctions correspondantes. On aura, sans doute, une idée suffisamment complète des principaux offices ordinaires du pouvoir spirituel, dans l'intérieur de chaque nation si, à cette grande attribution élémentaire de l'éducation proprement dite, première base nécessaire de sa puissance totale, on ajoute cette influence, indirecte mais continue, sur la vie active, qui en constitue à la fois l'inévitable suite et le complément indispensable, et qui consiste à rappeler convenablement dans la pratique sociale, soit aux individus, soit aux classes, les principes que l'éducation avait préparés pour la direction ultérieure de leur conduite réelle, en prévenant ou rectifiant leurs diverses déviations, autant du

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moins que le comporte le seul emploi de celte force morale.

Moralement envisagée, on ne saurait douter que cette admirable modification de l'organisme social n'ait directement tendu à développer, jusque dans les derniers rangs des populations qui ont pu en subir suffisamment la salutaire influence, un profond sentiment de dignité et d'élévation, jusqu'alors presque inconnu; par cela seul que la morale universelle, ainsi constituée, d'un aveu unanime en dehors et au-dessus de la politique proprement dite, autorisait spontanément, à un certain degré, le plus chétif chrétien à rappeler formellement, en cas opportun, au plus puissant seigneur les inflexibles prescriptions de la doctrine commune, base première de l'obéissance et du respect, dès lors susceptibles d'être limités à la fonction, au lieu de se rapporter uniquement à la personne : comme je le disais dans mon travail de 1826 (1), la soumission a pu alors cesser d'être servile et la remontrance d'être hostile ; ce qui était essentiellement impossible, pour les classes inférieures, dans l'ancienne économie sociale, où la règle morale émanait nécessairement, du moins en principe, de Ja même autorité active qui en devait recevoir l'application, par une suite inévitable de la confusion radicale des deux pouvoirs élémentaires. Enfin, sous l'aspect purement politique, il est surtout évident d'cbord que cette heureuse régénération sociale a essentielle- ■ ment réalisé la grande utopie des philosophes grecs, en ce qu'elle contenait d'utile et de raisonnable, tout en écartant énergiquement ses folles et dangereuses aberrations, puisqu'elle a constitué, autant que possible, au milieu d'un ordre entièrement fondé sur la naissance, la fortune ou la valeur militaire, une classe immense et puissante, où la supériorité intellectuelle et morale était ouvertement consacrée comme le premier titre à l'ascendant réel, et n'a point cessé, en effet, de conduire souvent aux plus

(1) Il s'agit de l'opuscule intitulé : Considérations sur le pouvoir spirituel, publié en mars 1826.

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éminentes positions d'une telle hiérarchie, tant quç le système a pu vraiment conserver une pleine vigueur : en sorte que cette même capacité qui, d'après nos explications préliminaires, eût été, de toute nécessité, profondément perturbatrice ou oppressive si la société lui avait été entièrement livrée, suivant le rêve insensé des Grecs, pouvait devenir dès lors, au contraire, par cette large issue partielle, si éminemment conforme à sa nature, l'indispensable guide régulier du progrès commun ; solution essentiellement satisfaisante, que nous n'avons, en quelque sorte, qu'à imiter aujourd'hui, en la reconstruisant sur de meilleurs fondements (1 ).

§ 4. Les conditions d'existence du catholicisme

[Il faut les envisager d'abord du point de vue statique, ce qui fera l'objet de ce paragraphe ; puis au point de vue dynamique, c'est-à-dire en envisageant l'accomplissement de la destination du catholicisme] :

En examinant, même sommairement, d'un point de vue vraiment philosophique, l'ensemble de la constitution ecclésiastique, on ne saurait être surpris de l'énergique ascendant politique qu'a dû prendre universellement, au moyen âge, une puissance aussi fortement organisée, également supérieure à tout ce qui l'entourait et à tout ce qui l'avait précédée. Directement fondée sur le mérite intellectuel et moral, qui si longtemps y fut le principe habituel de la plus éminente élévation, à la fois mobile et stable dans la juste mesure générale, liant profondément toutes ses diverses parties sans trop comprimer leur propre activité, du moins tant que le système a pu maintenir sa pirépondérance, cette admirable hiérarchie devait alors inspirer spontanément, même à ses moindres membres, quand leur caractère personnel était au niveau de leur mission sociale, un juste sentiment de supériorité, quelquefois trop dédaigneuse, envers les organismes grossiers

(1) Cours, V, p. 171-182.

dont ils faisaient temporellement partie, et où tout reposait, au contraire, principalement sur la naissance, modifiée, soit par la fortune, soit par l'aptitude militaire.

La principale" condition d'efficacité commune à toutes les diverses propriétés politiques que je viens de signaler dans la constitution catholique, consistait surtout en cette puissante éducation spéciale du clergé, qui devait alors rendre le génie ecclésiastique habituellement si supérieur à tout autre, non seulement en lumières de tous genres, mais, au moins autant, en aptitude politique.

Si l'on considère l'incontestable filiation générale qui, surtout aux premiers temps, rattachait intimement le catholicisme d'une part, au régime romain, d'une autre, à la philosophie grecque, et même, par le judaïsme, aux plus antiques théocraties : si l'on pense à l'intervention continue, de plus en plus importante, que, dès sa naissance, il avait inévitablement exercée dans toutes les principales affaires humaines, on concevra sans peine que, depuis sa plus éminente maturité sous le grand Hildebrand, l'histoire de l'Église tendait, au fond, à constituer spontanément, pour cette époque, une sorte d'histoire fondamentale de l'humanité, essentiellement envisagée sous l'aspect social ; et ce qu'un semblable point de vue devait évidemment offrir d'étroit se trouvait alors très heureusement compensé par l'unité de conception et de composition qui en résultait naturellement, et qui ne pouvait, sans doute, être encore autrement obtenue ; en sorte que l'on doit cesser d'être surpris que l'origine philosophique des spéculations historiques vraiment universelles soit due au plus noble génie du catholicisme moderne. Il serait, sans doute, inutile de faire ici expressément ressortir l'évidente supériorité politique que l'habitude régulière d'un tel ordre d'études et de méditations devait nécessairement procurer aux penseurs ecclésiastiques.

[Les institutions monastiques, les restrictions apportées au droit d'inspiration surnaturelle, enfin la recon-

naissance de l'infaillibilité papale se montrèrent comme autant d'éléments de consolidation du catholicisme. Deux autres conditions capitales furent, l'une le célibat des prêtres, l'autre, l'annexion d'une principauté temporelle (1) au chef -lieu de l'autorité spirituelle. En ce qui concerne le célibat ecclésiastique, il a été] :

t Justement regardé comme l'une des bases essentielles de la discipline sacerdotale... Quant à l'indispensable nécessité relative de cette importante disposition à l'égard du catholicisme, il est aisé de la reconnaître, malgré tant de sophismes protestants ou philosophiques, même indépendamment des conditions trop manifestes qu'imposait sous ce rapport l'exécution journalière des principales fonctions morales du clergé, et surtout de la confession. Il suffit pour cela, en se bornant aux seules considérations politiques, nationales ou européennes, de se représenter convenablement le véritable état général d'une telle société où, sans le célibat, la hiérarchie catholique n'aurait pu certainement obtenir ou conserver, aux temps mêmes de sa plus grande splendeur, ni l'indépendance sociale ni la liberté d'esprit nécessaires à l'accomplissement suffisant de sa grande mission provisoire. La tendance universelle, encore si prépondérante, à l'inévitable hérédité de toutes les fonctions quelconques, sous la seule exception capitale des fonctions ecclésiastiques, eût alors, sans aucun doute, irrésistiblement entraîné le clergé à l'imitation continue d'aussi puissants exemples... si l'heureuse institution du célibat ne l'en eût radicalement préservé, quelle qu'ait pu y être d'ailleurs l'influence réelle du népotisme. . . On n'a point assez apprécié l'innovation hardie et vraiment fondamentale que le catholi-

(1) Comte justifie cette deuxième institution par des raisons historiques : nécessité par le pouvoir spirituel de se rendre indépendant à l'égard du temporel, de pouvoir offrir un refuge à ses membres, en cas de conflit avec le temporel. Il juge même nécessaire qu'aucun pouvoir politique étendu et puissant ne se constitue en Italie.

cisme a radicalement opérée dans l'organisme social, en , supprimant ainsi ^ jamais l'hérédité sacerdotale, profondément inhérente à l'économie de toute l'antiquité... Si l'on eût mieux compris de tels antécédents, on eût à la fois senti l'importance et la difïiculté de l'immense service politique rendu par le catholicisme, lorsque, en établissant le principe du célibat ecclésiastique, il a posé enfin une insurmontable barrière à cette disposition universelle, dont l'irrévocable abolition, envers des fonctions aussi éminentes, a constitué réellement l'effort le plus décisif contre le système des castes, ultérieurement menacé d'ailleurs dans toutes ses autres parties, d'après la seule influence graduelle de cette grande modification spontanée : nulle autre appréciation spéciale n'est aussi propre peut-être à vérifier combien le système catholique était en avant de la société sur laquelle il devait agir. (1)

§ 5. Les conditions du progrès du catholicisme

[On peut se borner ici à apprécier ce qui constitue la principale attribution de tout pouvoir spirituel : les fonctions d'éducation] (2).

La plupart des philosophes, même catholiques, faute d'une comparaison assez élevée, ont trop peu apprécié l'immense et heureuse innovation sociale graduellement accomplie par le catholicisme, quand il a directement organisé un système fondamental d'éducation générale, intellectuelle et surtout morale, s'étendant rigoureusement à toutes les classes de la population européenne,

(1) Cours, V. p. 182-194.

(2) Un complément de l'éducation est, selon Comte, la confession, elle est relative à la direction de la vie spirituelle. Il est de toute nécessité d'accorder au pouvoir spirituel une semblable influence consultative sur l'individu, sinon toute autorité sociale lui échapperait. Comte s'associe à l'apologie qu'en ont fait tous les philosophes catholiques.

sans aucune exception quelconque, même envers le servage. Si une intime habitude ne devait essentiellement blaser nos esprits sur cette admirable institution, où l'on n'est plus frappé que du caractère rétrograde qu'elle offre incontestablement aujourd'hui sous le rapport mental ; si on la jugeait du point de vue vraiment philosophique convenable à l'étude rationnelle des révolutions successives de l'humanité, chacun sentirait aisément l'éminente valeur sociale d'une telle amélioration permanente, en partant du régime polythéique, à un inévitable abrutissement, non seulement à l'égard des esclaves, dont la prédominance numérique est d'ailleurs bien connue, mais encore pour la majeure partie des hommes libres... Mieux on scrutera l'ensemble de cette mémorable organisation, plus on sera choqué de l'irrationnelle et profonde injustice que présente l'aveugle accusation absolue, tant répétée contre le catholicisme, d'avoir, sans distinction d'époques, toujours tendu à étouffer le développement populaire de l'intelligence humaine, dont il fut si longtemps, au contraire, le promoteur le plus efficace. L'exacte interpréation générale des faits montre alors, au contraire, dans le clergé catholique, une disposition constante à faire universellement pénétrer toutes les lumières quelconques qu'il avait lui-même reçues, bien loin d'imiter, à cet égard, la concentration systématique propre au régime vraiment théocratique : et c'était là une suite inévitable de la division fondamentale des deux pouvoirs élémentaires qui, dans l'intérêt même de sa légitime domination, conduisait cette hiérarchie à exciter partout un certain degré de développement intellectuel, sans lequel sa puissance générale n'aurait pu trouver un point d'appui suffisant... Simultanément héritier, dès l'origine, de l'empirique sagesse des théocraties orientales et des ingénieiises études de la philosophie grecque, le clergé catholique a dû ensuite s'appliquer inévitablement, avec une opiniâtre persévérance, à l'exacte investigation de la nature humaine, individuelle ou sociale, qu'il a réellement approfondie autant que peuvent le comporter des

observations irrationnelles, dirigées ou interprétées par de vaines conceptions théologiques ou métaphysiques. Or, une telle connaissance, où sa supériorité générale était hautement irrécusable, devait éminemment favoriser son ascendant politique, puisque dans un état quelconque de la société, elle constitue naturellement, de toute nécessité, la première base intellectuelle directe d'un pouvoir spirituel ; les autres sciences ne pouvant obtenir, à cet égard, d'efficacité réelle que par leur indispensable influence rationnelle sur l'extension et l'amélioration de ces spéculations, politiquement prépondérantes, relatives à l'homme et à la société (1).

§ 6. V organisation temporelle du monothéisme

[Le catholicisme « cet éminent^chef-d'œuvre de la sagesse humaine » étant ainsi apprécié, il faut examiner le monothéisme sous l'aspect temporel. La création d'un système militaire défensif, le morcellement des souverainetés, la substitution du servage à l'esclavage, enfin l'institution de la chevalerie, sont parmi ses principales caractéristiques. Il importe surtout de relier le Moyen Age aux états sociaux qui l'ont précédé et suivi, et de détruire la légende de son caractère accidentel.]

Or, cette rectification capitale résulte directement, avec une heureuse spontanéité, de notre théorie fondamentale du développement social, suivant laquelle on pourrait presque construire a priori les principaux attributs distinctifs d'un tel régime, d'après le système romain, modifié par l'influence catholique, dont l'avènement graduel, désormais pleinement motivé par l'ensemble de nos explications antérieures, ne doit plus certes conserver maintenant rien d'accidentel : on peut, du moins, ainsi reconnaître aisément que, sans les invasions, le seul poids des divers antécédents eût naturellement constitué, en Occi-

(1) Cours, V, p. 194-199.

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dent, vers cette époque, un système politique essentiellement analogue au système féodal proprement dit. . .

Ces mémorables invasions successives, loin d'être aucunement accidentelles, devaient nécessairement résulter de l'extension finale de la domination romaine. . .

Les invasions, quoique moins systématiques, ne furent point, en réalité, plus accidentelles que les conquêtes qui les avaient provoquées; puisque ce refoulement graduel en gênant de plus en plus les conditions d'existence des peuples nomades, devait finir par hâter beaucoup leur transition spontanée à la vie agricole ; et alors le mode d'exécution le plus naturel devait être, sans doute, au lieu des pénibles travaux qu'eût exigés ce nouvel établissement dans leurs retraites si peu convenables, de s'emparer dans les parties adjacentes de l'empire, de territoires très favorables et déjà préparés, dont les possesseurs, de plus en plus énervés par l'extension même de cette domination, devenaient de plus en plus incapables de résister à cette énergique tendance.

. . .En comparant dans leur ensemble l'ordre féodal et l'ordre romain, on reconnaît aisément que, malgré l'inévitable prolongation générale du régime essentiellement militaire, ce système avait partout subi, au moyen âge, une transformation capitale, suite spontanée de la nouvelle situation du monde civilisé, et principe temporel des modifications universelles de la constitution sociale. On voit aussi, en effet, que l'activité militaire, quoique toujours très développée, tendait à perdre de plus en plus le caractère éminemment offensif qu'elle avait jusqu'alors conservé pour se réduire graduellement à un caractère purement défensif. Telle est donc la source, éminemment naturelle, du nouveau caractère général que doit alors prendre l'organisation temporelle, et qui, d'après ce principe évident, cesse de pouvoir présenter rien d'accidentel. Il résulte, en effet, de cette différence fondamentale, que la constitution sociale, toujours essentiellement militaire, ayant dû s'adapter à cette nouvelle destination, a dû graduellement subir la transformation qui distingue le

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mieux, dans l'opinion commune, le régime féodal proprement dit, en faisant de plus en plus prévaloir la dispersion politique sur une concentration dont le maintien devenait continuellement plus difllcile, en même temps que son but principal avait réellement cessé d'exister : car l'une de ces tendances n'est pas moins convenable à la défense, où chacun doit exercer une participation directe, spéciale et actuelle, que l'autre ne l'est à la conquête, qui exige, au contraire, la subordination profonde et continue de toutes les opérations partielles à l'impulsion directrice. C'est ainsi que chaque chef militaire, se tenant constamment disponible pour la défense territoriale, qui ne pouvait cependant imposer habituellement une activité soutenue, a tendu spontanément à ériger un pouvoir presque indépendant, sur la portion de pays qu'il était capable de protéger suffisamment, à l'aide de guerriers qui s'attachaient à sa fortune, et dont le gouvernement journalier devait former sa principale occupation sédentaire, à moins que l'extension de sa puissance ne lui eût déjà permis de les récompenser eux-mêmes par de moindres concessions de même espèce, quelquefois susceptibles, à leur tour, d'être ultérieurement subdivisées, suivant l'esprit général du système (1).

[Le catholicisme agit sur toute l'évolution sociale du Moyen Age : il cherche à atténuer la guerre entre nations chrétiennes, il provoque la transformation de l'esclavage en servage, il contribue à former les principales coutumes féodales. Ainsi contribue-t-il à préparer un état supérieur : prédominance naissante de l'esprit industriel sur l'esprit guerrier, suppression des invasions et origine de la solidarité européenne, émancipation du peuple] :

§ 7. Influence morale du monothéisme

[La transformation morale qui s'accomplit au moyen âge, tient autant aux institutions temporelles qu'aux

(1) Cours, V, p. 206 et suiv.

institutions spirituelles. De même, ce n'est pas seuiclement à sa doctrine, mais aussi à son organisation que le catholicisme doit sa puissante influence morale. Cette double constatation est indispensable si l'on veut apprécier sainement le concours réciproque que se sont données les institutions du moyen âge pour l'accomplissement de la destination sociale de cette grande période historique. L'œuvre propre du catholicisme a été de subordonner la politique à la morale].

L'admirable régénération graduelle que, au Moyen Age, le catholicisme a suffisamment accomplie, ou du moins convenablement ébauchée, dans la morale humaine a surtout consisté, d'après nos indications antérieures, à transporter enfin, autant que possible, à la morale la suprématie sociale jusqu'alors toujours demeurée à la politique, en faisant justement prévaloir désormais les besoins les plus généraux et les plus fixes sur les nécessités particulières et variables . . ,

C'est ainsi que, par une juste appréciation comparative des différents besoins de l'humanité, la morale a été enfin dignement placée à la tête des nécessités sociales, en concevant toutes les facultés quelconques de notre nature comme ne devant jamais constituer que des moyens plus ou moins efficaces, toujours subordonnés à ce grand but fondamental de la vie humaine, directement consacré par une doctrine universelle, convenablement érigée en type nécessaire de tous les actes réels, individuels ou sociaux. On doit, à la vérité, reconnaître qu'il y avait, au fond, ainsi que je l'expliquerai ci-après, quelque chose d'intimement hostile au développement intellectuel dans la manière dont l'esprit chrétien concevait la suprématie sociale de la morale, quoique cette opposition ait été fort exagérée. Les intelligences, de plus en plus multipliées, qui, sans être vraiment éminentes, ont atteint, surtout par la culture, un degré moyen d'élévation, se sont toujours, et principalement aujourd'hui, secrètement insurgées contre cet arrêt salutaire, qui gône leur ambition

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démesurée : mais il sera éternellement confirmé, avec une profonde reconnaissance, malgré les perturbations pro venues d'une telle antipathie mal dissimulée, soit par la masse sociale, au profit de laquelle il est directement conçu, soit par le vrai génie philosophique, qui en peut analyser dignement l'immuable nécessité.

[La morale catholique offrait aux efforts moraux des types de perfection : les saints. Son aptitude se manifeste par la culture des vertus domestiques aussi bien que des vertus sociales (ces dernières se résumant dans la charité).]

L'aptitude morale du catholicisme s'est surtout manifestée dans l'heureuse organisation de la morale domestique, enfin placée à son rang véritable, au lieu d'être absorbée par la politique, suivant le génie de toute l'antiquité. Par la séparation fondamentale entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel, et par l'ensemble du régime correspondant, on a été conduit, au moyen âge, à sentir que la vie domestique devait être désormais la plus importante pour la masse des hommes, sauf le petit nombre de ceux que leur nature exceptionnelle et les besoins de la société devaient appeler principalement à la vie politique, à laquelle les anciens avaient tout sacrifié, parce qu'ils ne considéraient que les hommes libres dans les populations surtout composées d'esclaves.

Nul ne conteste plus maintenant qu'il n'ait essentiellement amélioré la condition sociale des femmes, et cependant personne n'a remarqué qu'il leur a radicalement enlevé toute participation quelconque aux fonctions sacerdotales, même dans la constitution des ordres monastiques où il les a admises. On doit ajouter, en outre, pour fortifier cette importante observation, qu'il leur a, autant que possible, pareillement interdit la royauté, dans tous les pays où son influence politique a pu être suffisamment réalisée, en modifiant, dans des vues d'aptitude, l'héré-

dite purement théocratique, où la caste dominait d'abord absolument. Ces incontestables restrictions doivent faire comprendre que le perfectionnement opéré par le catholicisme a surtout consisté, quant aux femmes, en les concentrant davantage dans leur existence essentiellement domestique, à garantir la juste liberté de leur vie intérieure, et à consolider leur situation, en consacrant l'indissolubilité fondamentale du mariage ; tandis que, même chez les Romains, la répudiation facultative altérait gravement, au détriment des femmes, l'état de pleine monogamie. . . Loin de tendre à la chimérique émancipation, et à l'égalité non moins vaine, qu'on rêve aujourd'hui pour lui, la civilisation, développant au contraire les différences essentielles des sexes aussi bien que toutes les autres, comme je l'ai indiqué au chapitre précédent, enlève de plus en plus aux femmes toutes les fonctions qui peuvent les détourner de leur vocation domestique. On ne peut sans doute mieux juger, à cet égard, de la vraie tendance universelle qu'en examinant ce qui se passe dans les classes élevées de la société, où les femmes ont pu suivre plus aisément leur véritable destinée, et qui doivent, par conséquent, offrir, à cet égard, une sorte de type spontané, vers lequel convergeront ultérieurement, autant que possible, tous les autres modes d'existence; or, on saisit ainsi directement la loi générale de l'évolution sociale en ce qui concerne les sexes, et qui consiste à dégager de plus en plus les femmes de toute occupation étrangère à leurs fonctions domestiques, de manière, par exemple, à faire un jour repousser, comme honteuse pour l'homme, dans tous les rangs sociaux, ainsi qu'on le voit déjà chez les plus avancés, la pratique des travaux pénibles par les femmes, dès lors partout réservées, d'une manière de plus en plus exclusive, à leurs nobles attributions cracatéristiques d'épouse et de mère (1).

(1) Cour$,V, 219-238.

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§ 8. Le monothéisme et le mx)uvem£nt intellectuel. — Résumé

[Le monothéisme était moins favorable à ce mouvement qu'au développement des idées morales et c'est là que réside la cause de sa ruine. Cependant il n'y fut pas -aussi nettement hostile qu'on l'a cru parfois, et la philosophie, la science, les arts lui doivent quelques-uns de leur progrès (1).]

Sous le point de vue philosophique proprement dit, l'aptitude intellectuelle du catholicisme est aussi éminente que mal appréciée. Nous avons déjà considéré l'extrême importance sociale du mémorable système d'éducation universelle qu'il parvint à organiser jusque chez les classes les plus inférieures des populations européennes. L'efficacité de cet enseignement élémentaire devait être alors d'autant plus grande, qu'il répandait des notions saines, quoique empiriques, sur la nature morale de l'homme, et même une certaine ébauche, vague et étroite, mais réelle à quelques égards, de l'appréciation historique de l'humanité, spontanément rattachée à l'histoire générale de l'Église. Il est même évident que c'est ainsi que la grande notion philosophique du progrès humain a commencé à surgir universellement, quelque insuffisante ou vicieuse qu'elle dût être alors, par suite des efforts naturels du catholicisme pour démontrer sa supériorité fondamentale sur les divers systèmes antérieurs.

L'influence purement scientifique du catholicisme ne fut certainement pas moins salutaire que son action philosophique. Sans doute le .monothéisme lui-même ne saurait être pleinement compatible avec le sentiment rationnel de l'invariabilité fondamentale des lois naturelles

(1) Il est vrai que ces progrès peuvent être considérés comme s'étant réalisés, non pas à cause du monothéisme, mais malgré lui et contre lui, par les précurseurs isolés d'un état plus avancé de l'humanité.

toujours compromise nécessairement d'une manière sinon réelle, au moins virtuelle, par toute subordination théologique des divers phénomènes à des volontés souveraines, quelque régulières qu'on soit conduit à les supposer par les progrès croissants de la véritable science : et, en effet, à un certain degré du développement humain, la doctrine monothéique constitue le seul obstacle essentiel à l'irrésistible conviction qu'une expérience très prolongée tend à produire universellement à cet égard. Mais au Moyen Age, notre intelligence étant certainement fort éloignée encore d'une telle situation, le régime monothéique, loin de comprimer l'essor scientifique correspondant, devait, au contraire, l'encourager très heureusement, en le dégageant enfin spontanément des immenses entraves que le polythéisme lui présentait de toutes parts. . . L'esprit scientifique pouvait même être directement soutenu par une disposition religieuse à la sincère admiration particulière de la sagesse providentielle, qui n'a dû exercer que beaucoup plus tard une influence vraiment rétrograde ou stationnaire (1).

[De même l'esthétique a été favorisée pendant cette période : l'architecture et la musique notamment y ont fait les plus grands progrès.

§ 9. Décadence du régime monothéique

[C'est l'action de l'esprit métaphysique qui en est le principal instrument, parce que la philosophie théologique répondait de moins en moins aux besoins de l'esprit humain.]

La cause générale de l'inévitable dissolution mentale du catholicisme consiste donc, d'après cette démonstration, conformément à notre premier énoncé, en ce que,

(1) Accessoirement, Comte signale que le catholicisme a développé la philosophie d'Aristote, contribué à créer la chimie, à développer l'anatomie, l'algèbre. Cours, V, 238-249.

n'ayant pu ni dû s'incorporer intimement le mouvement intellectuel, il en a été, de toute nécessité, finalement dépassé ; il n'a pu dès lors maintenir son empire, qu'en perdant le caractère progressif, propre à tout système quelconque à l'âge d'ascension, pour acquérir de plus en plus le caractère profondément stationnaire, et même éminemment rétrograde, qui le distingue si déplorablement aujourd'hui. Une superficielle appréciation de l'économie spirituelle des sociétés humaines a pu d'abord, à la vérité, faire penser que cette décadence mentale pouvait se concilier avec une prolongation indéfinie de la prépondérance morale, à laquelle le catholicisme devait se croire des droits spéciaux en vertu de l'excellence généralement reconnue de sa propre morale, dont les préceptes seront, en effet, toujours profondément respectés de tous les vrais philosophes, malgré l'entraînement passager de nos anarchiques aberrations. Mais un examen approfondi doit bientôt dissiper une telle illusion, en faisant comprendre, en principe, que l'influence morale s'attache nécessairement à la supériorité intellectuelle, sans laquelle elle ne saurait exister solidement : car ce ne peut être évidemment que par une pure transition très précaire que les hommes accordent habituellement leurs principale confiance, dans les plus chers intérêts de leur vie réelle, à des esprits dont ils ne font plus assez de cas pour les consulter à l'égard des plus simples questions spéculatives. La morale universelle, dont le catholicisme a dû être d'abord l'indispensable organe, ne peut certainement lui constituer une exclusive propriété, s'il a finalement perdu l'aptitude générale à la faire prévaloir dans l'économie sociale : elle forme nécessairement un précieux patrimoine transmis par nos ancêtres à l'ensemble de l'humanité ; son influence appartiendra désormais à ceux qui sauront le mieux la consolider, la compléter et l'appliquer, quels que puissent être leurs principes intellectuels. Quoique la raison humaine ait dû faire d'heureux emprunts à l'astrologie, par exemple, ainsi qu'à l'alchimie, elle n'a pu sans doute, par de telles acquisitions, se croire

liée irrévocablement à leur sort, dès qu'elle a pu rattacher à de meilleures bases ces importants résultats : il en sera essentiellement de même pour tous les progrès quelconques, moraux ou politiques, d'abord réalisés par la philosophie théolcgique et qui ne sauraient périr avec elle, pourvu toutefois que l'on s'occupe enfin convenablement de les incorporer à une autre oiganisation spirituelle sous la direction générale de la philosophie positive. . .

[Au point de vue temporel, le sj^tôme militaire du Moyen Age perdait sa raison d'être à mesure que les invasions étaient moins à redouter ; la centralisation effaçait les divisions de souveraineté ; l'autonomie communale ruinait le servage. Au point de vue spirituel c'est la doctrine du catholicisme qui se montre insuffisante, tandis que son organisation demeure presque intacte et garde sa vertu propre.]

SECTION III L'Ëtat Métaphysique

[Cet état représente une phase nécessaire de l'évolution humaine. Il constitue ce que Saint-Simon appelait une période critique, par opposition aux périodes organiques. Nous aurons à voir ici pour quelles raisons l'avènement d'un état métaphysique était inévitable, quels en furent les éléments principaux et quels aspects successifs il présenta. C'est dans la 55" leçon du Cours et dans le ch. vn du tome III du Système, que Comte expose ses idées sur ce sujet ; dans ces deux ouvrages, il s'attache à montrer la période révolutionnaire comme présentant un double courant, l'un de décomposition du régime théologique, l'autre de préparation à l'organisation positive.]

224 PAGES CHOISIES d' AUGUSTE COMTE

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