‹ Pages choisies; notice sur la vie et la doctrine de Comte et commentaires reliant les divers morceauxChapitre 3 sur 46 · NOTICE SUJB AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

NOTICE SUJB AUGUSTE COMTE

plutôt le fait d'un cerv3au sain ; la folie de Comte semble donc se réduire à des accidents nerveux dus au surmenage et aux chagrins, ou encore à une crise sentimentale tardive.

Dès sa guérison, en 1828, Comte utilisait « philosophiquement les lumières personnelles que cette triste expérience (1) » venait de lui procurer, pour apprécier le livre de Broussais sur l'irritation et la folie. En 1829, comme nous l'avons dit, il reprend son cours et le termine le 9 décembre de la même année ; Esquirol, Broussais, Binet, Navier, et les premiers auditeurs y assistaient. En même temps, d'éminentes sympathies, celles de Hegel, de La Mennais venaient à Auguste Comte. L'année suivante, tout en commençant la publication du Cours, il continuait à se livrer à l'enseignement public.

Jusqu'à la fin de sa vie. Comte se fit un devoir d'exposer, oralement et devant les auditoires les plus divers, les principes de sa philosophie, et cela sans jamais vouloir réclamer aucune rétribution. Il avait été un des fondateurs de l'Association Polytechnique où, jusqu'en 1843, il fit un cours populaire d'astronomie ; il exposa encore une fois sa philosophie à l'Athenée ; enfin, de 1849 à 1851 il put développer, au Palais- Royal, les idées qu'il élaborait alors pour la composition de son Système de politique positive (2). En 1833, il s'était adressé à Guizot pour lui démontrer l'utilité de créer une' chaire d'Histoire générale des sciences physiques et mathématiques au Collège de France. Un long mémoire, suivi d'une visite, ne convainquirent pas le Ministre. Guizot choqué de « l'immorale fausseté » des idées de Comte, l'acceuillit dédaigneusement, et plus tard il écrivait dans ses mémoires, à

(1) Cours VI, loc. cit.

' (2) V. Syst. de pol. pas., t. I«', préface, p. 18 ; t. III, préface, p. VI et lettre à J. M'Clinitock, du 4 février 1852.

X^TICE SUB AUGXTSTB COMTE 9

propos de cette chaire et de celui qui en concevait ridée : « Quand j'aurais jugé à propos de la faire créer, je n'aurais certes pas songé à la lui donner (1) ».

En 1835, Comte sollicita encore une chaire d'analyse à l'École Polytechnique, elle lui fut refusée, ainsi que celle de Navier, mort en 1836, et que Comte avait occupée quelque temps par intérim. Mais, à cette occasion, il eut la touchante satisfaction dé se voir élu et proposé par ses élèves et par son maître Dulong à ce poste que des antipathies mesquines suscitées dans le monde savant par ses idées, lui firent seules refuser. (V. Cours VI, préface,

p. XVIII.)

Depuis 1832, Auguste Comte occupait à l'École Polytechnique les modestes fonctions de répétiteur d'analyse et de mécanique rationnelle, bientôt complétées par celles d'examinateur (1837). Le faible traitement qu'il recevait s'augmentait des ressources qu'il trouvait dans l'enseignement privé, donné d'abord à des élèves particuliers (2), puis dans l'institution Laville où il resta jusqu'en 1848. Mais son caractère difficile rendait assez instables ces divers moyens d'existence, et bientôt il allait s'en trouver totalement privé. Comme il ne tirait aucun profit matériel de ces cours publics, pas plus que de l'impression de ses ouvrages, dont il avait consacré le profit à créer un fonds typographique positiviste, il fut brusquement sans ressources, après sa double révocation de l'École Polytechnique.

(1) Dès lors. Comte s'exprima toujours sévèrement à l'égard de Guizot. Dans une lettre à Mill (5 avril 1842) il le nomme un « arrogant pédant et un ambitieux vulgaire, avide du pouvoir... pour le seul plaisir de trôner ou de s'enrichir ».

(2) Dans une lettre à Stuart-Mill, il nous apprend qu'il avait même pris quelques élèves comme pensionnaires, et qu'il n'avait pu s'habituer au trouble que cela apportait à ses habitudes de vie privée.

Page 1