POSITIVISME RELIGIEUX
L'ensemble de cette étude statique permet ensuite à la science d'apprécier directement l'existence dynamique correspondante. Notre Grand-Être n'est pas plus immobile qu'absolu; sa nature relative le rend éminemment développable : en un mot, il est le plus vivant des êtres connus. Il s'étend et se compose de plus en plus par la succession continue des générations humaines. Mais ses mutations nécessaires sont aussi assujetties que ses fonctions fondamentales à des lois invariables. Leur ensemble, désormais appréciable, constitue un spectacle plus imposant que la sublime inertie de l'ancien Être- Suprême, dont l'existence passive n'était suspendue que par d'inexplicables caprices (1).
§ 4. V individu dans le Grand-Être. La vie subjective
[Quelle réalité l'individu conserve-t-il dans le Grand- Être T Comment coopère-t-il à sa consitution et quelle place y tient-il î]
« Cet immense et éternel organisme se distingue surtout des autres êtres comme étant formé d'éléments séparables, dont chacun peut sentir sa propre coopération et par suite la vouloir. . . En un mot, la principale supériorité du Grand-Être consiste en ce que ses organes sont eux-mêmes des êtres, individuels ou collectifs. Toutes ses fonctions, affectives, spéculatives et actives, sont donc exercées finalement par des individus quelconques, dont la libre intervention est indispensable, quoique chaque refus personnel puisse ordinairement se trouver compensé d'après d'autres assentiments. Mais, pour éclaicir assez une telle notion, je dois maintenant distinguer les deux existences propres aux vrais éléments humains...
La puissance suprême est la résultante continue de toutes les forces susceptibles de concourir volontairement au perfectionnement universel, sans même excepter nos dignes auxiliaires animaux. Chacun de ses vrais élém"nts
(1) Discours sur 'cns. du pos., p. 353-357.
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comporte deux existences successives : l'une objective toujours passagère, où il sert directement le Grand-Être d'après l'ensemble des préparations antérieures; l'autre subjective, naturellement perpétuelle, où son service se prolonge indirectement, par les résultats qu'il laisse à ses successeurs. A proprement parler, chaque homme ne peut presque jamais devenir un organe de l'Humanité que dans cette seconde vie. La première ne constitue réellement qu'une épreuve destinée à mériter cette incorporation finale, qui ne doit ordinairement s'obtenir qu'après l'entier achèvement de l'existence objective. Ainsi, l'individu n'est point encore un véritable organe du Grand-Être; mais il aspire à le devenir par ses services comme être distinct. Son indépendance relative ne se rapporte qu'à cette première vie, pendant laquelle il reste immédiatement soumis à l'ordre universel, à la fois matériel, vital et social. Incorporé à l'Être-Suprême, il en devient vraiment inséparable. Soustrait, dès lors, à toutes les lois physiques, il ne demeure assujetti qu'aux lois supérieures qui régissent directement l'évolution fondamentale de l'Humanité.
C'est d'un tel passage à la vie subjective que dépend la principale extension du grand organisme. Les autres êtres ne s'accroissent que d'après la loi de rénovation élémentaire, par la prépondérance de l'absorption sur l'exhalation. Mais, outre cette source d'expansion, la suprême puissance augmente surtout en vertu de la perpétuité subjective des dignes serviteurs objectifs. Ainsi les existences subjectives prévalent nécessairement et, de plus en plus, tant en nombre qu'en durée, dans la composition totale de l'Humanité. C'est surtout à ce titre que son pouvoir surpasse toujours celui d'une collection quelconque d'individualités. L'insurrection même de presque toute la population objective contre l'ensemble des impulsions subjectives n'empêcherait point l'évolution humaine de suivre son cours. Quelques serviteurs restés fidèles pourraient dignement surmonter cette révolte, en rattachant leurs efforts aux racines involontairement