‹ Pages choisies; notice sur la vie et la doctrine de Comte et commentaires reliant les divers morceauxChapitre 5 sur 46 · NOTICE SUE AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

NOTICE SUE AUGUSTE COMTE

mation du positivisme philosophique en positivisme religieux, de la substitution d'une méthode subjective à la méthode objective, du sentimentalisme à l'intellectualisme. Sans vouloir décider dans une pareille controverse, nous avons vu, cependant, comment une philosophie qui prétend résoudre tous les problèmes humains est, par la même, une religion. En ce qui concerne la méthode subjective de Comte, il ne faut pas y voir une construction imaginaire et arbitraire, mais seulement une conséquence de son relativisme, qui tend à faire prédominer, dans toute recherche scientifique, le point (le vue social et humain ; cette méthode subjective consiste à organiser le savoir dans un sens humanitaire, utilitaire, à construire, avec les matériaux fournis par la méthode objective, une doctrine capable d'assurer l'unité et le bonheur des humains. Quant au sentimentalisme de Comte, si l'avènement en fut hâté par les événements que nous allons rappeler, il ne s'en imposait pas moins, lorsque le positivisme, parvenu au point où il devait tracer son programme de réorganisation, devait transformer des principes d'ordre intellectuel, en principes d'ordre social, le concours actif de la sensibilité était indispensable (1).

Quoiqu'il en soit, il est compréhensible qu'un schisme se soit produit parmi les disciples de Comte ; les conséquences pratiques que le philosophe tirait.

(1) La reconstruction sociale, explique Comte, « devait successivement offrir deux parties très distinctes, pour correspondre aux deux faces, l'une intellectuelle, l'autre morale, de la maladie occidentale comme aux deux éléments, la foi et l'amour, de la religion qui la guérira. Les sentiments, malgré leur altération croissante, soutiennent seuls la société actuelle ; ils ne sont essentiellement troublés que d'après la perturbation des idées. Ainsi, la maladie étant d'abord et surtout intellectuelle, je devais commencer par construire . . . une philosophie

de ses constructions théoriques pouvaient, à bon droit, leur sembler peu rigoureuses et médiocrement nécessaires ; le langage nouveau qu'il employait était de nature à les surprendre, à leur faire craindre un retour inconscient au théologisme fétichique. Enfin, les attributions sacerdotales que se conférait à lui-même leur maître, les appréciations qu'il énonçait sur sa mission pouvaient à bon droit les déconcerter.

L'événement qui hâta la transformation finale du positivisme en une religion, ayant l'amour pour principe, fut la rencontre d'Auguste Comte et de M"ie Clotilde de Vaux, en 1845.

Nous avons dit comment la vie sentimentale de Comte avait été étouffée dès le début par ses malheurs domestiques. De son côté, M^^ de Vaux avait dû se séparer d'un mari brutal et grossier. En 1845 Comte avait achevé son Cours de Philosophie positive et s'était séparé de sa femme depuis trois ans ; il se trouvait donc dans une période de renouvellement de ses habitudes intellectuelles et morales ; l'origine nouvelle de ses principales ressources venait au même moment fortifier le sentiment intime de sa mission sociale. Enfin sa récente crise cérébrale le prédisposait à céder à un sentiment violent et absorbant. Sa chaste liaison avec MP^ de Vaux ne dura qu'un an, la jeune femme étant morte le 5 avril 1846, à l'âge de 32 ans ; dès le début, cet amour

capable de ramener l'Occident à des convictions systématiques... Il fallait ensuite constater que la nouvelle philosophie, qui réorganisait directement les idées modernes, pouvait compléter son office normal en conduisant à fonder sa seule religion capable de réorganiser aussi les sentiments correspondants, moteurs suprêmes de l'existence réelle. En un mot, à la carrière d'Aristote devait alors succéder celle de saint Paul, sous peine d'avortement final de l'incomparable mission que j'avais d'abord osé m'attribuer. » (Lettre à M. Viellard, 28 février 1852.)

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