NOTICE SUB AUGTTSTE COMTE
avait pris chez Comte un caractère mystique (1) qu'il conserva, mais intensifié, après la mort de Clotilde. A dater de ce moment, Comte rédige son testament et prend une « attitude posthume »; il imagine tout un culte voué à la mémoire de son amie et essaie de le généraliser en l'imposant à tout positiviste à l'égard de l'Humanité.
Il s'exagère lui-même l'influence de cet amour sur son évolution philosophique ; il rapporte à Clotilde l'inspiration de toutes ses constructions religieuses et il lui dédie, lyriquement, son système de politique positive. Son principal regret sera toujours, dit-il, qu'elle n'ait pu « assister au développement décisif des immenses progrès que le positivisme dut à son immortel ascendant » (Pol. pos., t, I^^^ p. 10). Ces progrès sont dus à la reconnaissance « de la prépondérance systématique de l'amour universel, principal caractère définitif du positivisme, dont aucun autre attribut ne secondera mieux l'avènement social », et cette reconnaissance, c'est l'amour et l'ascendant d ■ Clotilde qui seuls l'ont fait naître. Aussi Comte v -ut-il associer à sa douleur tous ceux qui le liront, comme il désire que soit associé le nom de Clotilde au si n « dans les plus lointains souvenirs de l'humanité reconnaissante » {Pol. pos. Dédicace, p. xxi). Il est certain que cette crise sentimentale poussa Comte à subordonner au cœur, plus complètement peut-être qu'il ne l'aurait fait, l'ensemble de la vie humaine et à établir des maximes, non pas purement mystiques,mais tout au moins quiétistes(2),
(1) Ainsi Comte avait écrit une sorte de composition philosophique intitulée Sainte Clotilde qu'il avait envoyée à Stuart MUl en le chargeant de la faire publier par un magazine anglais. Ces démarches n'eurent pas plus de succès que celles faites, dans le même but, par M^"^ de Vaux, auprès de Marrast, directeur du National et ami de Comte.
(2) Par exemple, il dit : « On se lasse de penser et même d'agir ; jamais on ne se lasse d'aimer. »