NOTICE SUR AUGUSTE COMTE
s'accomplit révolution religieuse du positivisme^ dont les rites sacrés continueront de s'y célébrer jusqu'à l'avènement d'un temple spécial (1) ».
Cette interprétation continuelle de la vie privée par sa philosophie se relie à l'idée que lui et son systéme^ ne font qu'un et qu'il est désigné pour accomplir une mission sociale de la plus haute importance r la réorganisation de l'Humanité. Cette foi de réformateur l'entraîne à l'orgueil le plus démesuré commeà l'abnégation la plus méritoire. Il parle constamment de sa mission et se compare, nous l'avons vu, tantôt à Aristote et tantôt à saint Paul ; il découvre les « harmonies spontanées » que les événements privés et publics offrent avec elle ; c'est « le sentiment fondamental de la haute mission sociale » qu'il doit remplir qui le détourne du suicide ; c'est lui aussi qui le pousse à s'imposer une vie austère et désintéressée.
Cela étant, il ne faut pas s'étonner des efforts parfois étranges qu'il fit pour propager ses idées et les faire adopter. C'est ainsi qu'il adresse au Tzar une longue lettre pour l'engager à prendre l'initiative de la révolution positiviste occidentale (1852), au grand-vizir Reschid-pacha, pour qu'il propage dans l'Islam la religion positive ; c'est ainsi, enfin, qu'il essaie, en 1857, de négocier avec le Supérieur de la Compagnie de Jésus pour convertir les Pères à la religion nouvelle. Ces tentatives étaient fatalement destinées à l'insuccès, mais Comte tenta des efforts plus féconds pour la propagande de ses idées. Sans parler de la Revue occidentale (2) qu'il ne réussit pas à fonder, mais dont l'idée se réalisa après sa mort, il avait fondé, en 1848, la Société posi-
j__(l) Pour ce temple, Comte réclamait le Panthéon, déjà dédié au culte des grands hommes. Cf. Synthèse subjective, p. XV. (2) V. Pol. pos., t. II, p. XXXIV, le prospectus de la Revue, ol lettre à Mill, 10 janvier 1845.
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twiste, OÙ il lut, la même année, son Discours sur l'ensemble du positivisme. Cet ouvrage, préambule à la fois et résumé de son Traité, avait à ses yeux tant d'importance, qu'après l'avoir achevé, il dit : « Maintenant je puis mourir, l'essentiel est fait. » C'est au sein de cette Société, composée de praticiens et de théoriciens, que Comte constituait peu à peu le culte de l'Humanité, et qu'il y officiait en qualité de grand prêtre. Il y dirige les pratiques rituelles, il y confère les sacrements sociaux (1) directement ou par délégation solennelle (2) et il y prépare les futurs prêtres de l'Humanité. Il signale avec joie les progrès que fait sa doctrine dans les milieux intellectuels, les adhésions de Littré, d'Etex, en France, de Wallace, Jungdzill, Stirum à l'étranger, la fondation de sociétés positivistes, en Hollande, en Amérique, en Irlande. Enfin, son enseignement public ininterrompu représente son principal effort de vulgarisation et de propagande.
Nous n'avons pas à faire ici l'exposé, même bref, de la doctrine de Comte; ce ne sont pas les quelques aperçus qu'il était impossible de n'en pas incorporer à cette biographie qui doivent y suppléer, mais bien l'ensemble de ce recueil, dont la table indique assez qu'on s'est efforcé de n'y rien omettre d'essentiel. Nous voulons seulement, avant de donner de sommaires indications sur les écoles positivistes, signaler ceux des ouvrages importants de Comte qui n'ont pas encore été indiqués suffisamment dans cette notice.
Outre les premiers Opuscules (1819-1826), le Cours (1830-1842), et le Traité (1851-1854), Auguste Comte eut une production intellectuelle considérable. C'est en 1843, un Traité de géométrie analytique, en 1844, un Traité philosophique d'astronomie populaire pré-
(1) Pol. pos., t. I", p. 19.
(2) Synth, subj., p. XLIV.
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cédé de l'admirable Discours sur l'esprit positif où Comte a su concentrer l'essentiel de sa doctrine. L'explication du Calendrier positiviste parue en 1849 fut bientôt suivie, en 1852, du Catéchisme positiviste où Comte essayait, sous forme d'un dialogue supposé entre lui et Clotilde, de vulgariser et de concentrer les dogmes et les préceptes de la religion qu'il élaborait alors dans son Traité, h' Appel aux conservateurs, en 1855, était destiné à montrer les ressources que le positivisme offrait naturellement à des cœurs épris d'ordre et d'organisation sociale. Enfin, le Traité de logique positive paru en 1856, était le premier volume de la Synthèse subjective, ou Encyclopédie concrète qui devait contenir tout le dogme positiviste. Dès 1842, et dans chacune de ses publications, à partir de cette époque, Comte annonçait de nouveaux travaux : un système de morale et d'éducation positives devait paraître en 1858 et 1859 et un système d'industrie positive en 1861. Comte n'eût pas le temps de réaliser ses projets, il mourut le 5 septembre 1857, malgré la grande régularité de sa vie et l'hygiène qu'il s'était imposée, usé par les chagrins, les privations et surtout par le surmenage intellectuel.
L'ensemble de son œuvre suffit pour expliquer ce surmenage, mais sa méthode de travail témoigne davantage encore des incroyables efforts cérébraux auxquels il se soumettait. Il méditait d'abord ses livres, puis les écrivait sans arrêt, sans jamais se relire ni faire aucune correction. C'est ainsi qu'une « méditation continue de quatre-vingts heures (1) », prépara l'exposé du Cours de 1826, et c'est après de pareils recueillements que furent écrits chacun des tomes du Traité de politique positive^ le second en 4 mois (1832), le troisième en six mois (1853) (2).
(1) Pot. pos., t. I", p. 2.
(2j Ibid, t. II, p. IX et III, p. V. '