‹ Pages choisies; notice sur la vie et la doctrine de Comte et commentaires reliant les divers morceauxChapitre 9 sur 46 · NOTICE SUR AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR AUGUSTE COMTE

Sa décision bien arrêtée de ne pas se plier à « la coutume inopportune » des écrivains qui se relisent et se corrigent, nuisait à la perfection littéraire de ses ouvrages, somme toute, écrits pesamment, quoique avec vigueur. On lui en fit la remarque et il tenta de marquer une plus grande « sollicitude littéraire » à ses dernières œuvres. C'est ainsi qu'il restreignit à 5 lignes la longueur de ses phrases et à 7 phrases au maximum l'extension de ses alinéas, enfin qu'il élagua de son texte les hiatus et les répétitions de mots. Quoiqu'il en soit de ces efforts étrangement systématiques, c'est un philosophe et non un écrivain qu'il faut chercher dans l'œuvre de Comte.

Dès les débuts de sa carrière philosophique, Auguste Comte eut des disciples fervents parmi les prolétaires auxquels il faisait son cours d'astronomie, comme le menuisier Magnin, que Comte regardait comme le chef pratique du positivisme, ou parmi ses anciens condisciples de Polytechnique. Mais les deux adhésions les plus considérables que ses idées reçurent furent celles de Stuart Mill et de Littré. Ces deux philosophes se séparèrent de Comte après la publication du Traité de politique positive^ et se refusèrent à suivre le fondateur du positivisme dans sa dogmatique religieuse ; ils déclarèrent que le positivisme s'arrêtait à l'époque du Discours sur l'ensemble du positivisme et prétendirent rester dans la vraie tradition positive dont Comte s'écartait. C'est dans son grand ouvrage : Auguste Comte et la Philosophie positive (1863), que Littré, tout en écrivant la biographie intellectuelle du philosophe, expHque ses dissentiments avec lui.

Auguste Comte qui avait un instant songé à se donner Littré pour successeur dans les fonctions sacerdotales, y renonça lorsque éclata le schisme « entre les positivistes qui se qualifient d'intellectuels, sans

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être plus intelligents, et les positivistes complets, c'est-à-dire religieux (1) ». Ce fut Pierre Laffîte, son principal exécuteur testamentaire, qui fut chargé, après la mort du fondateur, de rallier les disciples, d'enseigner la foi nouvelle et d'en compléter la constitution. II se voua, jusqu'à la dernière heure, à cette tâche, et fit entrer le positivisme au Collège de France, où il professa la Philosophie troisième de cette doctrine, dont les idées sont exposées dans son principal ouvrage : Système d'industrie positive. De même que Littré avait fondé, en 1867, la Revue la Philosophie positive, LafTite créa, en 1878, la Revue occidentale. La Société positiviste française survit encore aujourd'hui. Parmi ses principaux adhérents elle compta des disciples directs de Comte qui, presque tous, ont écrit sur la vie ou l'œuvre de leur maître ; citons les plus notables : le D^" Robinet (2), auteur d'une notice sur l'œuvre et la vie d'Auguste Comte ; le D^ Audiffrent (3), auteur d'un ouvrage semblable ; c'est lui qui, avec M. Longchampt (4), biographe de Comte et continuateur de son enseignement d'astronomie populaire, avait assuré les premiers frais de la publication du Traité de politique positive. Un grand nombre de médecins français adhérèrent au positivisme et en enrichirent la littérature : les Dr» Delbet, Segond, Semérie, entre autres. Le groupe français fit preuve d'une grande activité,

(1) Pol. pos., t. IV, p. 548.

(2) Le D"^ Robinet fut le médecin de Comte, qui avait songé à en faire le directeur du positivisme, et lui avait confié le sceau du grand-prêtre. Il est connu par ses travaux sur la Révolution française. i,

(3) Le D' AuDiFBENT, dans un Appel aux médecins (1862), fait dn médecin le précurseur du sacerdoce sociocratique.

(4) L'agent de change J. Longchampt fut remarquable surtout par son zèle cultuel; ce fut un type de piété et de simplicité. On a de lui, outre sa Vie de Comte, un Essai sur la prière (1878).

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