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INTRODUCTION. XIX

où il rencontrait un autre danger, celui de la conquête hâtive de la renommée par des recherches d'originalité souvent en contradiction avec la véritable personnalité. Si la forme, si le souci du style y gagnaient quelque chose, l'impression réelle y perdait beaucoup, et la vie véritable risquait de ne plus y être vue qu'à travers la Littérature.

Ce fut alors que, après ces poésies, qui étaient en même temps le résultat de l'influence des lectures et du besoin d'exprimer ce qu'il ressentait, sans pouvoir encore séparer l'un de l'autre, Paul Bourget, par un très remarquable effort d'analyse sur lui-même, parvint à découvrir son mal, à en extraire les raisons et à s'en guérir en étudiant ses contemporains.

Il suffit de lire quelques pages de ses œuvres pour se rendre compte immédiatement qu'il est plus sensible aux émotions qu'aux formes, que la plastique le frappe moins, l'inspire plus faiblement que les sentiments, et qu'il évoque plus puissamment l'être intime que l'être extérieur.

Cette manière toute spéciale de sentir, de voir, d'être ému, va précisément, en le détachant de la manière de voir, de sentir et d'être ému qui triomphait à cette époque, lui donner un relief saisissant et dégager pleinement sa personnalité ; en même temps, elle va lui permettre de faire l'expérience décisive d'où sortira, comme d'un creuset posé sur le feu ardent, le pur et brillant métal de son talent original.

En analysant les maîtres qui l'avaient si profondément troublé, en étudiant leurs œuvres dans ses Essais et ses Nouveaux Essais de Psychologie contemporaine, il déploya sous ses yeux d'une façon si lumineuse leurs successifs et divers états d'âme que ce fut comme un miroir subitement placé devant lui, une glace fidèle et sans mensonges où se reflétait sa souffrance, une souffrance bien personnelle, bien propre à lui-même, mais qui lui avait été passagèrement défigurée, adultérée parles œuvres qu'il avait lues.

Leur influence sur lui, il se l'expliqua clairement, en découvrant qu'ils n'avaient été que les interprètes de ses sentiments à lui, et que c'était parce qu'ils flattaient sa pensée, sou cœur, son âme, qu'il avait été à eux. Ce qui l'avait séduit secrètement, à son insu, ce n'était pas tant leur talent, leur génie, leur interprétation de la vie, que

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