XXII INTRODUCTION
d'affirmer le large droit de l'écrivain qui a un bul moral et qui marche vers ce but avec la tranquillité justifiée de sa sincérité de moyens, de sa nature originale et de sa conscience; mais on peut entrer dans le détail et arriver à la réfutation raisonnée de ces objections, plus apparentes que réelles, et basées sur une appréciation trop hâtive ou trop généralisée des tendances de l'écrivain.
Pessimiste, — parce qu'il n'a pas hésité à étudier et à cerner d'un trait hardi le pessimisme contemporain, à analyser certaines maladies de la volonté avec la netteté implacable d'un philosophe fouillant les plaies de l'âme, comme le chirurgien fouille les plaies du corps.
Mais n'est-il pas indispensable et salutaire de les mettre à nu, ces blessures, de les explorer à fond pour les soigner, les cautériser, les guérir et en empêcher le retour? Ceux que ces consciences d'études découragent ou effraient ne sauraient être écoutés parce que la faiblesse d'âme et de cœur de quelques-uns ne peut prévaloir contre le salut de tous, et que, au-dessus des individualités, il va l'intérêt social.
Le chirurgien a le droit, mieux, le devoir, de montrer le mal, de l'expliquer, de chercher le remède et même d'avoir certaines hésitations entre les remèdes à employer, après que le mal a été exactement reconnu et délini par lui : on ne saurait cependant le traiter de malade parce qu'il aura magistralement commenté et délimité la maladie. De même, on ne saurait accuser Paul Bourget d'être pessimiste pour avoir admirablement compris et analysé le pessimisme.
(In doit la vérité aux âmes courageuses et saines, c'est la condition essentielle du mieux social. Ce n'est donc pas pessimisme qu'il faut dire, mais vérité salutaire. Les héros des livres de Bourget sont plus ou moins répréhensibles, plus ou moins coupables, et il n'hésite pas à les montrer tels, mais ils sont surtout humains, fragiles et imparfaits: qu'y a-t-il donc de décourageant à les voir sous leur véritable aspect ?
L'écrivain qui a un but moral, qui obéit à sa conscience il qui possède la foi, ne peut être un pessimiste.
Peintre trop hardi, — parce qu'il s'esl surtoul consacré à l'étude des conflits de l'amour. Mais si Paul Bourgel s'est, de préférence, attaqué a l'amour, c'esl qu'il est la grande