INTRODUCTION. XXV
vent brutal des études de mœurs et s'occupaient d'eux.
Ils ne se rendaient pas compte du redoutable observateur auquel ils se livraient et quelle précieuse moisson ils allaient fournir à cet analyste hors ligne. S'ils s'en aperçurenl plus tard, ils ne voulurent jamais l'avouer, car il était trop tard ; puis, il y eut pour eux une certaine saveur à retrouver dans ses livres la peinture de leur existence, même avec les fautes qui en compromettaient la tranquillité et le bonheur.
Son goût des choses tendres, effacées, discrètes, a fait beaucoup aussi pour édifier contre lui ce reproche de préoccupations mondaines ; mais précisément, s'il préfère la discrétion, l'effacement, la tendresse mystérieuse, c'est qu'il a le sens des idées plus que des formes; les formes trop brutales froissent sa sensibilité; les formes légères, impalpables, sont, pour lui, plus près du rêve, de la pensée, de l'idée, du sentiment, plus loin de la sensation.
Ce qui imporLe avant tout, c'est d'être sincère avec sa nature; or la nature de Paul Courget le poussait vers ces élégances physiques comme elle le poussait vers les élégances intellectuelles. Il y est donc allé naturellement, sincèrement, avec sa belle conviction d'art, sa poussée d'esprit, sa maîtrise. De là son grand succès, de là cet exclusivisme apparent, non pas voulu, mais naturel ; de là aussi l'harmonie parfaite de son talent, où tout concourt au même but, la conscience d'être sincère et adéquat à son être.
Ce qu'il faut dégager dans Paul Bourget, c'est le moraliste.
Par sa naissance, fils d'un professeur, — par lui-même, professeur libre avant de pouvoir se donner tout entier, comme il le désirait, aux seules études et aux seuls travaux littéraires, — il était, mieux que qui que ce fût, à même de connaître la direction qu'il convient d'indiquer aux autres.
Aussi, sans que ce désir, cette préoccupation fussent jamais formellement indiqués chez lui par des ouvrages spéciaux, beaucoup de ses livres trahissent par quelque passage, par quelques lignes, cette hantise si belle de l'avenir de la jeunesse.
11 a pu, par souvenir d'abord, lorsqu'il accompagnait son