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L ESPRIT D ANALYSE DANS L ACTION

Tout romancier a un procédé habituel de mise en d n\ re, si l'on peut dire, qui tient de très près à sa façon de concevoir les caractères de ses personnages. Ce pro-

cédé servirait aisément d'étiage pour qui voudrait mesurer la portée psychologique des divers écrivains. Tel conteur aboutit toujours et presque tout de suite au dialogue, comme tel autre à la description. C'est que le premier voit surtout dans l'homme sa prise directe sur les autres hommes, tandis que le second voit surtout le peuple d'atomes qui, des choses extérieures, pénétre peu à peu dans l'âme. Un troisième morcelle son récit en menus chapitres très courts, et compose ses héros d'une mosaïque d'idées et de sensations. C'est qu'il voit surtout les menus émois du système nerveux, et qu'en effet les créatures très nerveuses n'ont que des passages et que des moments. Le procédé de Stendhal est le soliloque. Certes, les personnages de ses récits sont des hommes d'action. Dans Annonce, Octave de Malivert se bat en duel, et s'empoisonne. Dans le Rouge et le Noir, Julien Sorel, après force aventures dangereuses, monte sur l'échafaud. On le sait, le Fabrice de la Chartreuse commence par charger à Waterloo. Nous n'avons pas affaire à un écrivain sans invention et cpii campe sur pied un immobile musée de figures de cire. Octave, Julien, Fabrice, — j'ai choisi exprès les trois héros des grands romans de Tïeyle, — vont et viennent, risquent leur vie, osent beaucoup, varient à l'infini les circonstances de leur destinée, et lout le long du livre cependant, l'auteur les montre qui talent le pouls à leur sensibilité. Il en fait des psychologues, voire des ergoteurs, qui se demandent sans cesse comment ils sont émus, qui scrutent leur existence morale dans son plus intime arcane, et réfléchissent sur eux-mêmes avec la lucidité d'un Maine de Iiiran ou d'un Jouffroy. Et les soliloques succèdent aux soliloques. Octave est atteint d'une difformité secrète qui ne lui permel pas de se marier sans se déshonorer à ses propres yeux; il se surprend à aimer sa cousine Armance de Zohiloff... «AhJ u\it- belle

;une! s'y attacher puni' jamais, vivre avec l'Ile et uniquement pour elle et pour son bonheur! Je l'aimerais

avec passion, je l'aimerais, moi malheureux... », el un interminable monologue commence, non point prononcé comme ceux des pièces de théâtre, mais pensé, comme il convient dans un roman d'analyse, et comprenant l'infini détail d'une vaste association d'idées. Pareillement, dans le Rouge el le Xoir, une page sur deux est remplie par la discussion que les personnages soutiennent à chaque instant avec eux-mêmes. Julien Sorel est le secrétaire du marquis de la Môle, il a reçu un billet d'amour de Mathilde, la fille de son protecteur. Trois chapitres suivent, consacrés au combat intérieur cpii se livre dans Julien entre ces hypothèses contradictoires : « Mathilde est-elle sincère'?... Est-elle la complice d'une machination contre le secrétaire du marquis?... En dix phrases, il y a dix volte-face de ces questions angoissantes. Un traité de confession ne décompose pas plus finement les données d'un problème d'âme. Tout en galopant à la suite du maréchal Ney, parmi les éclats de terre soulevés par les boulets, Fabrice del Dongo poursuit de même un long moliologue. Fabrice se dit..., Fabrice se demanda..., Fabrice comprit..., — ces formules reviennent avec une monotonie qui touche à l'obsession. Et lorsque le drame arrive, lorsque l'homme agit, quand Octave boit un mélange d'opium et de digitaline, quand Julien, à minuit, applique une échelle contre les fenêtres de M"IJ de la Môle, quand Fabrice pique en avant sur un groupe de soldats suspects, c'esl à la suite d'un examen de conscience si minutieux que, pour beaucoup de lecteurs, l'illusion de la réalité devient impossible. Sainte-Beuve était du nombre el les articles qu'il a consacrés aux romans de Stendhal témoignent qu'il ne put jamais s'intéresser à ce qu'il considérait connue des problèmes arbitraires de mécanique morale. 11 est vraisemblable que Flauberl détestait <' Monsieur Beyle ■>, ainsi qu'il l'appelait; pour la même raison, Henri Heyle ne se fût pas plus froissé des articles de Sainte-Beuve que des épigrammes de Flaubert. J'imagine qu'il eût répété, avec son sourire

des jours d'ironie, cette phrase de son Rouge el Noir : « Ma présomption s'est si souvent applaudie de ce que j'étais différent des autres... Eh bien, j'ai assez voeu pour voir cpie différence engendre haine. »

Sainte-Beuve, en effet, trompé sur ce point, comme il le fut an sujet de Balzac, par des préjugés d'éducation, et Flaubert égaré, comme il le fut à l'endroit de Musset) par des préjugés d'esthétique, n'aperçoivent pas que la manière de conter de Stendhal constitue une méthode non seulement d'exposition, mais de découverte. Je la comparerais volontiers à une sorte d'hypothèse expérimentale. Pareil en cela aux romanciers de tous les temps, Stendhal n'a jamais l'ait que la psychologie de ses facultés. Son procédé consiste à varier à l'infini les circonstances où il place ces facultés, puis il charge le personnage de noter lui-même les modifications que ces circonstances ont dû produire. Et ce n'est point là un artifice d'écrivain. Le personnage, tel que Stendhal le conçoit à sa ressemblance, a comme maitresse pièce de sa machine intérieure l'esprit d'analyse. Le romancier n'a pas besoin de décomposer par le dehors les mobiles d'action d'une telle âme, car il est dans l'essence de cette Ame d'agir à la fois et de se regarder agir, de sentir et de se regarder sentir. Si le récit abonde en raisonnements compliqués et spécieux, c'est que les héros qu'il met en scène font en réalité ces raisonnements. Il y a beaucoup de groupes différents dans cette apparente unité de la vaste espèce humaine. Celui que Stendhal étudie a pour trait distinct la puissance, et, si l'on veut, la manie de la dissection intime. Ne pas aimer cette façon d'être, vous le pouvez; prétendre qu'elle est factice, vous ne le pouvez pas: l'auteur n'aurait qu'à se citer comme un exemplaire accompli du groupe, et nous autres, qui venons après lui et souffrons comme lui de cette excessive acuité de l'esprit d'analyse, nous arrivons pour soutenir que les curiosités, OU plutôt les cas psychologiques, parlni décrite, sonl bien les nôtres.

Considérons d'abord le travail accompli dans Stendhal lui-même par l'esprit d'analyse et rappelons-nous la diversité des influences qu'il a subies. C'est un philosophe et c'est un idéologue. Son goût le plus vif est de découvrir les motifs des actions des hommes, et, comme il a lu Helvétius, ces motifs se réduisent pour lui au seul plaisir. Ce qui L'intéresse dans un homme, c'est sa façon d'aller à la chasse du bonheur. 11 répondait gravement à un provincial qui l'interrogeait sur sa profession : « ... observateur du cœur humain... » Nécessairement, c'est par son propre cœur qu'il commence cette étude. Mais, en même temps qu'il est philosophe, il est viveur et il est soldat. Cette union est singulière, et de celles qui doivent produire des combinaisons singulières de sentiments. D'habitude, en effet, les curieux de psychologie mènent une existence de cabinet, tandis que les hommes de passion et qui agissent méprisent la psychologie ou bien l'ignorent. Celui-ci, grâce aux hasards de sa destinée, réfléchit comme les premiers, et, comme les seconds, traverse des hasards de toute nature. C'est un savant qui a des femmes et qui tait la guerre. A ce double jeu de ses facultés, il trouve des frissons de plaisir et de tristesse, dont la description n'est pas dans les livres. 11 s'invente des émotions encore inédites... S'il court un danger, comme de risquer sa vie à Bautzen, il se rend compte avec une lucidité parfaite des frémissements de ses nerfs, et il s'explique les raisons de cette angoisse enivrante, — bien enivrante, puisque ceux qui l'ont connue la regrettent toujours dans la sécurité des ;:nnéesde paix! « Le plaisir, écrit Beyle, consiste à ce qu'on est un peu ému par la certitude qu'on a que là se passe une chose qu'on sait être terrible... » S'il se trouve en détresse, comme à l'époque de la retraite de Moscou, parmi la panique et la sauvagerie d'une armée vaincue, il s'administre des réactifs d'un ordre très spécial : « Je lus quelques lignes d'une traduction anglaise de Virginie, qui, au milieu de la grossièreté générale, me rendit un

peu de vie morale... » Et encore, à un ami : « J'ai besoin d'imagination; achète-moi, je t'en prie, les Martyrs de M. de Chateaubriand... » S'il se raidit contre une peine accablante et contracte les muscles de sa volonté, il le l'ait, comme un médecin soigne ses propres maladies, avec une merveilleuse entente de son anatomie intérieure : « Lorsque le malheur arrive, il n'y a qu'un moyen de lui casser la pointe, c'est de lui opposer le plus vil' courage. L'âme jouit de sa force, el la regarde, au lieu de regarder le malheur et d'en sentir amèrement tous les détails... » L'auteur de YÉlhique n'aurait pas dit mieux (1), mais l'auteur de VÉthique voyait les passions, comme un géomètre voit les corps, dans leur ligure idéale et du fond de sa chambre solitaire, au lieu que Beyle calcule et médite au milieu de ces passions mêmes, et comme un peintre cpii copie un modèle d'après nature. Il mène une vie d'officier en demi-solde, rencontrant des aventures el en profitant, toujours en présence d'émotions réelles, et il redouble leur réalité par une conscience acharnée de leur détail. Quand il spécule sur l'amour, ce n'es! pas un amour abstrait qu'il a sous le microscope de sa curiosité. Il voit un certain sourire de femme et une certaine couleur des yeux :

Il existe un bleu dont je meurs Parce qu'il est flans les prunelles...

Il est vivant aussi et dans des prunelles dont il a contemplé tous les regards, ce bleu qui torture ou qui ravit Beyle. S'il spécule sur le danger, il entend une canonnade réelle et qui tue des personnes qu'il connaît . qui peut le tuer,lui qui respire, lui qui pense à ce coup

1 Ethique, partie III, proposition 53. » Cùm Mens se ipsam gn&mqae agendi potentiam contemplatur l&ct&tur cl ed magis quô se suamque agendi potentiam distinctins imaginatar. » Si. Taine, dans une étude sur le Rouge et le Noir, qui a disparu de ses leuvrcs, avait noté une curieuse analogie entre une autre phrase de Stendhal ci un autre théorème de Spinoea.

de canon et qui met la main sur sa poitrine pour compter les battements de son cœur. L'analyse ici donne un coup de fouet à la sensation, et si ce coup de fouet cingle les nerfs de tous lc> personnages que Beyle nous décrit, c'est que lui-même en avait éprouvé les cuisantes délices. Et si nous aimons, nous, ces personnages, c'est qu'ils sont nos frères par ce mélange, presque impossible avant notre xixp siècle, de naturel et de raffinement, de réflexion et de sincérité, d'enthousiasme et d'ironie.

Nous avons beau nous rebeller là contre et réveiller en nous, fût-ce avec fureur, ce que le langage vulgaire appelle l'être naturel, ce que le langage exact appelle l'être instinctif, nous ne pouvons pas débarrasser notre cerveau de cette pression formidable : les tendances héréditaires et les connaissances acquises. Nous ne pouvons pas plus vivre dans l'inconscience, que nous ne pouvons nous façonner une physionomie immobile et sereine de statue grecque. Les enfants qui naissenl parmi nous ont déjà, dans les rides de leur petit visage, dans les plis de leurs inertes mains, l'empreinte définie d'un caractère. Ils bégayent, et la langue que leur nourrice leur apprend est déjà un instrument d'analyse, affiné par plusieurs siècles de civilisation. Ils grandissent, et les livres d'étrennes qu'ils feuillettent les dressent déjà aux reploiements de la conscience sur ellemême. Aucun contrepoids ne vient corriger ce que cette hérédité, jointe à cette éducation, imprime de protondément retors à la pensée. Les événements, autour de l'adolescence, se font de plus en plus rares. La spontanéité rencontre de moins en moins l'occasion de s'exercer. A vingt ans donc, et Lorsqu'au sortir de la lettre écrite ces enfants devenus des hommes abordent la vie, leur âme es! subtile el complexe, leur sensibilité

n'es! pas simple. Les moralistes peuvent déclamer contre les précocités >\>- l'esprit de recherche. Les artistes, amoureux d'émotions plus larges, plus franches, plus directes, peuvent réagir Contre cefi mièvreries du

cœur que cette recherche produit, et par réaction se ruer jusqu'à la brutalité grossière. Les scrupuleux, enfin, et les délicats peuvent considérer l'analyse comme un élément meurtrier de toute naïveté ou de toute sincérité. Enfin, et nous l'avons vu à l'occasion de Baudelaire et de Benjamin Constant, les Aines morbides peuvent s'en intoxiquer comme d'un vice. Il est des natures riches, bien au contraire, pour lesquelles cette analyse est simplement une occasion de porter une végétation de sentiments inconnus. Dans ces âmes d'élite, l'extrême développement des idées n'est pas mortel à l'intense développement des passions. Au lieu de résister à l'esprit d'analyse, elles s'y abandonnent, mais sans s'y corrompre. Au lieu de se gâter par la réflexion, elles s'y développent. Elles se complaisent à donner au sentiment l'amplitude d'une pensée. La lièvre cérébrale se surajoute pour elles à la poussée de la vie instinctive, sans la ralentir. Elles aiment d'autant mieux qu'elles savent qu'elles aiment, elles jouissent d'autant plus qu'elles savent qu'elles jouissent. C'est parmi ces âmes que se recrute la légion des grands artistes modernes, et si nous sommes les rivaux des siècles plus jeunes, c'est par quelques œuvres où ces âmes ont fixé un peu de l'Idéal singulier qui flotte devant elles, mirage incertain, dont les anges et les prophètes du plus profond visionnaire de la Renaissance, Léonard de Vinci, paraissent déjà éprouver la nostalgie. Il y a du Vinci dans Beyle, comme dans Gœthe, comme dans Renan, comme dans Henri Heine, comme dans tous les épicuriens compliqués de cet âge étrange, où les métaux les plus précieux de la civilisation et de la nature se fondent, dans la tète des tout jeunes hommes, ainsi qu'en un creuset incandescent et intelligent. Parfois ics métaux s'y vaporisent, parfois ils s'y amalgament en un de ces alliages comme l'antique airain de Corinthe, d'une rareté que les alchimistes ont à peine osé rêver.

Parce que les âmes d'élite sont seules capables <!<• se

prêter à ces redoutables expériences, et parce que seules elles concilient en elles des activités contradictoires, Beyle a été conduit à ne peindre guère dans ses romans que des créatures supérieures. Cela explique pourquoi ces romans ont choqué d'abord. J'entendais un jour le plus fameux des conteurs russes, Tourgueniev, développer cette doctrine qu'un récit romanesque doit, afin de reproduire les couches diverses de la société, se distribuer, pour ainsi dire, en trois plans superposés. Au premier de ces trois plans appartiennent, — et c'est aussi leur place dans la vie, — les créatures très distinguées, exemplaires complètement réussis, et, par conséquent, typiques, de toute une espèce sociale. Au second plan, se trouvent les créatures moyennes, telles que la nature et la société en fournissent à foison ; au troisième plan, les grotesques et les avortés, inévitable déchet de la cruelle expérience. Cette ingénieuse théorie, que nous reprendrons plus en détail à l'occasion de Tourgueniev lui-même et au cours de ces Essais, peut être généralisée et servir au classement de ces faiseurs d'âmes qui sont les romanciers, les dramaturges et les historiens. Selon qu'ils se montrent capables de peindre ou un seul, ou deux, d'entre ces trois groupes de personnages, ou bien tous les trois, ils présentent un tableau ou incomplet ou total de la vie humaine, et ils occupent un rang différent dans l'échelle des esprits. Nous reconnaîtrons ainsi une première classe d'observateurs, capables uniquement de voir et de montrer les grotesques et les avortés. C'est le propre des écoles dites improprement réalistes, car la réalité touffue et opulente, pas |>lus dans la vie morale que dans la vie physique, n'a pour règle unique l'avortement. Les observateursde cette classe sont les satiriques et les caricaturistes. L'amertume ou le comique sont leurs qualités. Us abondent au déclin des civilisations. Lorsque les races, à la fois cultivées el fatiguées, fournissent une quantité plus considérable d'ambitieux vaincus ou de rêveurs mutilés. Au-dessus de ces aquafortistes de la

laideur et de la trivialité, apparaît la classe des moralistes qui voient nettement et peignent de même les personnages moyens. On aura, dans l'Éducation sentimentale de Flaubert, un modèle achevé de cette psychologie à hauteur d'appui, à laquelle Molière et La Bruyère, pour citer deux noms fameux, ont été fidèles. Ces écrivains qui sont particulièrement dans notre tradition française, concluraient volontiers, comme Candide, que la sagesse suprême se réduit à « cultiver notre jardin ». Ils viennent, me semble-t-il, exactement audessous des tout grands connaisseurs en passions qui, comme Shakspeare, comme Gœthc, comme Balzac, ne se contentent pas d'esquisser avec une énergie incomparable les déformations sociales, ni de mettre sur pied avec une justesse accomplie des êtres moyens, mais sont encore assez puissants pour créer des hommes supérieurs. Chez ces derniers, l'art est vraiment le rival de la nature. Dans leurs livres comme dans la vie. il y a place pour un plat coquin et pour un magnifique scélérat, pour un bourgeois paisible et pour un inventeur de génie. Grâce à une anomalie qui s'explique par les spécialités de son caractère, et les intentions de son esthétique, Stendhal s'esta peu près condamné à ne peindre, lui. que des créatures supérieures. Son Octave de Malivert, son Julien Sorel, son Fabrice del Dongo, son Mosca, sa Matliilde delà Môle, sa duchesse de San Severino Taxis, ont, connue lui, des facultés qui les mettent hors de pair. Ils n'en sont pas moins réels pour cela, mais d'une réalité qui n'es! pas plus commune que la sensibilité de leur père spirituel ne le fut elle-même. Il avait raison de dire en parlant d'eux : « lotit mon monde ».

Oui, son monde, mais aussi, à mesure que nous avançons, notre monde. Les sentiments compliqués que Beyle a donnés à ce monde conçu d'après sa propre image ne deviennent-ils pas de jour en jour moins exceptionnels ? Si Ton veut bien réfléchir à la signification de ce terme : un rire supérieur, on trouvera qu'il

résume une ou plusieurs découvertes dans la façon de penser et de sentir. Une fois traduites dans des œuvres d'art, ces découvertes deviennent un objet d'imitation pour d'autres êtres. C'est ainsi, — pour nous en tenir à deux des écrivains étudiés dans ce livre, — c'est ainsi que Charles Baudelaire et M. Renan ont, l'un et l'autre, en creusant leur cœur, inventé deux manières, jusqu'à eux inconnues, de pratiquer, le premier le libertinage et le second le dilettantisme. Ils ont raconté leur rêve nouveau des voluptés de la chair et de l'esprit dans des pages singulièrement hardies, qui ont éveillé, chez des Ames analogues et moins personnelles, des curiosités tentatrice-.

Ces âmes à la suite, — si l'on peut dire, — sont en train de s'approprier quelque chose de ce qui fut, à une heure aujourd'hui passée, l'originalité suprême de l'auteur des Fleurs du Mal et de la Vie de Jésus. Pareillement, les nuances de sensibilité que Stendha la copiées d'après sa vie intime lorsqu'il a dessiné les physionomies de ses héros, se font moins rares à mesure que ses romans gagnent des adeptes. Tout en demeurant typiques, et par conséquent très élevés, ses héros se dépouillent de cette sorte d'étrangeté, si exceptionnelle qu'elle en fut effrayante, dont ils apparurent revêtus aux regards des premiers lecteurs. C'est le privilège des auteurs qui se mettent en entier dans leurs livres, avec ce que leur cœur possède de sentiments très inattendus, qu'ils fournissent, ainsi matière à des contreépreuves de la médaille sans module connu qu'ils ont Les premiers frappée. Nous verrons que, dans une au moins île ses ('•Indes sur sa propre sensibilité, Stendhal a si fortement éclairé une des lares de la vie française de notre temps (pie cette étude, lancée d'abord dans le silence de la critique sons le titre énigmatique de Bouge et Noir, a pris place, petit à petit, dans le groupe des li\re^quece même Sainte-Beuve, si parfaitement injuste pour le maître-romancier, appelait les Bible- du xixe siècle

Dans les

Nouveaux essais de psychologie contemporaine

que la nouvelle édition des Œuvres complète* de Paul Bouryct publiée par la librairie Pion réunit en un même volume avec les Essais, les cinq littérateurs contemporains analysés sont Alexandre Damas fils, Leconle de Lislc, Edmond et Jules de Goneourt, Iran Tourguénier>, et Henri Frédéric A miel.

Nous distinguerons dans ce recueil l'étude consacrée au grand auteur dramatique et romancier, ainsi divisée :

]. Le Moraliste.

IL V Analyse de l'amour.

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