ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE. IX
chose nouvelle, bien que n'en ayant encore jamais eu entre les mains. Mais c'était étrange et inattendu pour moi de pénétrer ainsi tout à coup dans l'intimité de ces aspects du ciel et de la mer, au milieu du Grand Océan, et à une date si précise d'une année déjà si lointaine!... Oh! voir cette mer « belle )) et tranquille, ces « queues de chat » jetées sur l'immensité de ce ciel bleu, et ces dorades rapides traversant les solitudes australes!
(( Dans cette vie des marins, dans leur métier qui m'effrayait et qui m'était défendu, que de choses charmantes ! (Je ne l'avais jamais si bien senti que ce soir) ».
Un jour — il avait alors quatorze ans et demi — il fit à sa famille l'aveu de la décision qu'il avait prise au fond de lui-même. Ce fut pour tous les siens un cruel déchirement; mais ils n'opposèrent pas une longue résistance, et ils s'inclinèrent devant cette détermination qu'ils devinaient irrévocable.
11 lui restait trois années pour préparer l'École navale. Que de choses à apprendre pour entrer au Bordai Loti n'avait pas encore fait d'études bien sérieuses. Oh! ces premières années d'études — dans la famille — quels souvenirs platement maussades elles lui ont laissés ! 11 avait pour les livres obligatoires et pour le travail une aversion insurmontable. Et ce vieux professeur, le premier qui lui fit commencer le latin (rosa^ la rose; cormi la corne; tonitru, le tonnerre), ce grand vieux voûté, mal tenu, dont le nez était orné d'une verrue où s'érigeaient trois poils menaçants, comme il le détestait! Rien de drôle comme le malicieux por-