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UNE FANTASIA ARA. E

Cest encore un bien beau tableau, d'un vif l'elief, celte vision des cavaliers de fantasia, aperi^us au repos et dans le lointain sur leurs petits chevaux maigres, sur leurs hautes selles à fauteuil. On dirait de vieilles femmes enveloppées de longs voiles blancs, de vieilles poupées à figure noire...

Vers dix heures, sous le ciel toujours gris, dans la campagne toujours verte et sauvage, nous apercevons là-bas, devant nous, une ligne immobile de bonshommes à cheval, postés pour nous attendre. C'est que nous allons changer de territoire, et tous les hommes de la tribu chez laquelle nous arrivons se tiennent sous les armes, caïd en tête, pour nous recevoir. Ainsi qu'il est d'usage pour les ambassades qui passent, ils nous feront escorte à travers leur pays, et les autres, venus de Tanger, s'en retourneront.

Oh ! les étranges cavaliers, vus au repos et dans le lointain! Sur leurs petits chevaux maigres, sur

leurs hautes selles à fauteuil, on dirait des vieilles fouîmes enveloppées de longs voiles blancs, des vieilles poupées à figure noire, des vieilles momies. Ils tiennent en main de très longs bâtons minces recouverts de cuivre brillant — qui sont des canons de fusil, — leur tète est toutembobelinée de mousseline, et leurs burnous, sur la croupe de leurs bêtes, traînent comme des châles.

On s'approche et, brusquement, à un signal, à un commandement jeté d'une voix rauque, tout cela se disperse, essaime comme un vol d'abeilles, gambade avec des cliquetis d'armes, en poussant des cris. Leurs chevaux, éperonnés, se cabrent, sautent, galopent comme des gazelles effarées, queue au vent, crinière au vent, bondissant sur les rochers, sur les pierres. Et, du même coup, les vieilles poupées ont pris vie, sont devenues superbes aussi, sont devenues des hommes svelteset agiles, à beau visage farouche, debout sur de grands étriers argentés. Et tous les burnous blancs qui les empaquetaient se sont envolés, flottent maintenant avec une grâce exquise, découvrant des robes de dessous en drap rouge, en drap orange, en drap vert, et des selles qui ont des tapis de soie rose, de soie jaune ou de soie bleue à broderies d'or. Et les beaux bras nus des cavaliers, fauves comme du bronze, sortent des manches larges relevées jusqu'aux épaules, brandissant en l'air, pendant la course folle, les longs fusils de cuivre qui semblent devenus légers comme des roseaux...

C'est une première fantasia de bienvenue pour nous faire honneur. Dès qu'elle est finie, le caïd

qui l'avait conduite s'avance vers notre ministre et lui tend la main. Nous disons adieu à nos compagnons d'iiier qui s'éloignent, et nous continuons notre route, escortés de nos nouveaux hôtes.

{Au Maroc.)

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