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ÉTUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XI

émue. Gautier se contentait d'être un coloriste et un descriptif; Loti est un réaliste^ puiss ant, un^ inquiet, un tourmenté, qui donne à ses lecteurs le / frisson des choses qu'il a vues et vécues, car il a ( mis dans son œuvre ses entrailles et son cœur. __^J>oti continue chez^nous^ la tradition de la littéi;;ature^xûtique, mise à la mode par Bernardin de / Saint-Pierre et Chateaubriand ; mais aucun de ses y devanciers, dit M. Albalat, « n'inspire le saisisse- n ment qu'il nous apporte des terres océaniennes comme des pluvieux crépuscules de Paimpol ». « Le secret de ce procédé, ajoute le distingué critique que nous avons plaisir à citer, c'est que regardant la nature à travers les nostalgies de l'exil et les mélancolies de la passion, Loti a donné malgré lui à ses peintures le ton de sa propre désolation. Il a pétri la nature avec son propre cœur; il l'a fondue dans son imagination, et il lui a fait rendre le son même de son âme. Ces larmes des choses dont parle le poète, Loti les a exprimées goutte à goutte, et il en a imprégné son œuvre. Sa description n'est que de l'angoisse écrite. Il n'est ni un coloriste dilettante comme Gautier, ni un réaliste impersonnel comme Flavibept, ni un descriptif accumulatif comme Zola. ]^Ju n'étudie pas, iljent^La nature vient à lui, demeure en lui^se 1 fa^xt douloureuse' sous sa plume. La plasticité n'est i pour lui qu'un moyen de rendre douloureusement ' les choses : voilà le fond de son originalité. Au lieu de chercher exclusivement le relief, le trompe-l'œil, le détail net et précis, il a trouvé Vémotion dans la nature : car, si la nature a"ïïêsnrârmôhTës"6t"d~é3 couleurs, elle a aussi l'émotion, ce je ne sais quoi

XII KTUDE UlOCnAPIIlQUE ET LITTÉRAIRE.

d'inexprimable qui produit l'union étroite, l'identification complète d'une âme d'artiste avec le paysage ».

Qui, c'est dans la nature, et dans la nature seule que Loli a trouvé l'éniolion. Il n'a jamais songé à explorer le monde moral avec la curiosité aiguisée d'un psycliologue; il s'est contenté d'explorer le monde pliysique. Presque pas d'affabulations dans ses livres, et jamais de conclusion. Il n'a point misj' son talent au service d'une thèse morale; il n'a su que chanter son admiration épouvantée devant; l'immensité changeante du monde, ou jeter son cri/ de révolte et de détresse devant la mort. .\^

Son style merveilleux est d'une admirable sou- 1 plesse et d'une élégante simplicité ; style qui sait tout peindre comme l'œil sait tout voir. Les négligences 1 sont plus rares que ne voudraient le prétendre;! certains puristes moroses ; et les tranches, les grandes beautés de style et de pensée dominent et enlèvent l'admiration comme une barque lancée sur un rapide courant. -^.

Loti « demeurera, dans cette seconde moitié du xix*" siècle, une des ciselures les plus fines de l'anneau littéraire, la branchette unique, un peu de côté, à la japonaise, qui rompt la symétrie et fait sourire en admirant ' ». "^

HENRI BONNEMAIN 1. Léon Daudet.

Les pages qui suivent sont empruntées, pour la plupart au Roman d'un enfant, œuvre curieuse en ceci qu'elle participe bien moins du roman que de l'autobiographie. Loti, qui peut-être ici inaugure ses « confessions », retrace les souvenirs de sa première enfance et de ses années de collège.

Ce grand charmeur nous donne dans ce livre la genèse de sa nature troublante et troublée, à la fois naïve et compliquée, triste et fière, qui s'est épanouie depuis en tant de fleurs exquises aux capiteux parfums.

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