Fiancée de Ramuntcho
de paume de l'avenir, qui tout à l'heure vont se précipiter, comme un vol d'oiseaux, pour ramasser la balle, chaque fois que, trop haut lancée, elle dépassera la place et filera là-bas dans les champs.
La partie graduellement s'échauffe, à mesure que les bras et les jarrets se délient, dans une ivresse de mouvement et de vitesse. Déjà on acclame Ramuntcho. Et le vicaire aussi sera l'un des joueurs de la journée, étrange à voir avec ses sauts de félin et ses gestes athlétiques, emprisonnés dans sa robe de prêtre.
Ainsi est la règle du jeu : quand un champion de l'un des camps laisse tomber la balle, c'est un point de gagné pour le camp adverse — et l'on joue d'ordinaire en soixante. — Après chaque coup, le crieur attitré chante à pleine voix, en sa langue millénaire : « Le but ' a tant, le refiP a tant, messieurs ! » Et sa longue clameur se traîne au-dessus du bruit de la foule qui approuve ou murmure.
Sur la place, la zone dorée et rougie de soleil diminue, s'en va, mangée par l'ombre; de plus en plus, le grand écran de la Gizune domine tout, semble enfermer davantage, dans ce petit recoin de monde à ses pieds, la vie très particulière et l'ardeur de ces montagnards — qui sont les débris d'un peuple très mystérieusement unique, sans analogue parmi les peuples. — Elle marche et envahit en silence, l'ombre du soir. Bientôt souveraine ; au loin seulement quelques cimes, encore éclairées au-
1. Le but, c'est le camp qui, après tirage au sort, a joué le premier au commencement de la partie.