ESSAI SUR L INEGALITE DES RACES HUMAINES
venait apprendre à Je mépriser. Il ne prétendait toucher qu'à Têtre intérieur. Un livre apocryphe, vénérable par son antiquité,a dit : « Que le fort ne tire point vanité de sa force, ni le riche de ses richesses; mais celui qui veut être glorifié se glorifie dans le Seigneur (r). » Force, richesse, puissance mondaine, moyens de l'acquérir, tout* cela ne compte pas pour notre loi. Aucune civilisation, de quelque genrequ'elle soit, n'appela jamais son amour ni n'excita ses dédains, et c'est pour cette rare impartialité,et uniquement par les effets qui en devaient sortir que cette loi put s'appeler avec raison catholique^ universelle, car elle n'appartient en propre à aucune civilisation, elle n'est venue préconiser exclusivement aucune forme d'existence terrestre, elle n'en repousse aucune et veut les épurer toutes .
Les preuves de cette indifférence pour les formes extérieures de la vie sociale, pour la vie sociale elle-même, remplissent les livres canoniques d'abord, puis les écrits des Pères, puis les relations des missionnaires, depuis l'époque la plus reculée jusqu'au jour présent. Pourvu que, dans un homme quelconque, la croyance pénètre, et que, dans les actions de sa vie, cette créature tende à ne rien faire qui puisse transgresser les prescriptions religieuses, tout le reste est indifférent aux yeux de la foi...
Depuis dix-huit cent ans qu'existe l'Église, elle a converti bien des nations, et chez toutes elle â laissé régner, sans l'attaquer jamais, l'état politique qu'elle avait trouvé. Son début, vis-à-vis du monde antique, fut de protester qu'elle ne voulait toucher en rien à la forme
(i) Évangiles apocryphes. Histoire de Joseph le Charpentier^ chap. I. in-i2. Paris, 1849.
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extérieure de la société. On lui a même reproché, à Toccasion, un excès de tolérance à cet égard. J*en veux pour preuve TafFaire des jésuites dans la question des cérémonies chinoises. Ce qu'on ne voit pas, c'est qu'elle ait jamais fourni au monde un type unique de civilisation auquel elle ait prétendu que ses croyants dussent se rattacher. Elle s'accommode de tout, même de la hutte la plus grossière, et là où il se rencontre un sauvage assez stupide pour ne pas vouloir comprendre l'utilité d'un abri, il se trouve également un missionnaire assez dévoué pour s'asseoir à côté de lui sur la roche dure, et ne penser qu'à faire pénétrer dans son âme les notions essentielles du salut. Le christianisme n'est donc pas civilisateur comme nous l'entendons d'ordinaire; il peut donc être adopté par les Vaces les plus diverses sans heurter leurs aptitudes spéciales, ni leur demander rien qui dépasse la limite de leurs facultés...
... Il n'est pas civilisateur dans le sens étroit et mondain que nous devons attacher à ce mot, et, puisqu'il ne demande à chaque homme que ce que chacun a reçu, il ne demande aussi à chaque race que ce dont elle est capable, et ne se charge pas de lui assigner, dans l'assemblée politique des peuples de l'univers, un rang plus élevé que celui où ses facultés lui donnent le droit de s'asseoir. Par conséquent, je n'admets pas du tout l'argument égalitaire qui confond la possibilité d'adopter la foi chrétienne avec l'aptitude à un développement intellectuel indéfini.
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