CHAPITRE IX
Suite de la définition du mot civilisation ; caractères différents des sociétés humaines ; notre civilisation n*est pas supérieure à celles qui ont existe avant elle
Aussitôt que les hommes ont admis, en commun, que tel principe doit les réunir, et ont consenti à des sacrifices individuels pour faire rég'ner ce principe, leur premier sentiment est de le respecter, pour ce qu'il leur rapporte comme pour ce qu'il leur coûte, et de le déclarer inamovible. Plus une race se maintient pure, moins sa base sociale est attaquée, parce que la log-ique de la race demeure la même. Cependant il s'en faut que ce besoin de stabilité ait longtemps satisfaction. Avec les mélang-es de sang*, viennent les modifications dans les idées nationales ; avec ces modifications, un malaise qui exige des changements corrélatifs dans l'édifice. Quelquefois ces changements amènent des progrès véritables, et surtout à l'aurore des sociétés où le principe constitutif est, en général, absolu, rigoureux, par suite de la prédominance trop complète d'une seule race. Ensuite, quand les variations se multiplient au gré de multitudes hétérogènes et sans convictions communes, l'intérêt général n'a plus toujours à s'applaudir des transformations. Toutefois, aussi longtemps que le groupe aggloméré subsiste sous la direction des impressions premières, il ne cesse pas de poursuivre, à travers l'idée du mieux-être qui l'emporte, une chimère de stabilité. Varié, inconstant, changeant à chaque heure, il se croit éternel et en marche vers une
sorte de but paradisiaque. Il conserve, même en la démentant à chaque heure par ses actes, cette doctrine, que l'un des traits principaux de la civilisation, c'est d'emprunter à Dieu, en faveur des intérêts humains^ quelque chose de son immutabilité ; et si cette ressemblance visiblement n'existe pas, il se rassure et se console en se persuadant que demain il va y atteindre.
A côté de la stabilité et du concours des intérêts individuels se touchant sans se détruire, il faut placer un troisième et un quatrième caractère, l'anathème de la violence, puis la sociabilité.
Enfin, de la sociabilité et du besoin de se défendre, moins avec le poing* qu'avec la tête, naissent les perfectionnements de l'intellig'ence, qui, à leur tour, amènent les perfectionnements matériels, et c'est à ces deux derniers traits que l'œil reconnaît surtout un état social avancé (i).
Je crois maintenant pouvoir résumer ma pensée sur la civilisation, en la définissant comme un état de stabilité relative^ où des multitudes s'efforcent de chercher pacifiquement la satisfaction de leurs besoins, et raffinent leur intelligence et leurs mœurs.
(i) C'est là aussi que se trouve la source principale des faux jugements sur l'état des peuples étrangers. De ce que l'extérieur de leur civilisation ne ressemble pas à la partie correspondante de la nôtre, nous sommes souvent portes à conclure hâtivement, ou qu'ils sont barbares ou qu'ils sont nos inférieurs en mérite. Rien n'est plus superfîcieL et partant ne doit être plus suspect, qu'une conclusion tirée de pareilles prémisses.
ESSAI SUR l'inégalité DES RACES HUMAINES 85
Le mélange des tribus germaniques avec les races de Tancien monde, cette union de groupes mâles à un si haut degré avec des races et des débris de races consommés dans les détritus d'anciennes idées, a créé notre civilisation ; la richesse, la diversité, la fécondité, dont nous faisons honneur à nos sociétés, est un résultat naturel des éléments tronqués et disparates qu'il était dans le propre de nos tribus paternelles de savoir, jusqu'à un certain point, mêler, travestir et utiliser.
Partout où s'étend notre mode de culture, il porte deux caractères communs : l'un c'est d'avoir été au moins touché par le contact germanique ; l'autre d'être chrétien. Mais, je le dis encore, ce second trait, bien que le plus apparent et celui qui d'abord saute aux yevix, parce qu'il se produit à l'extérieur de nos Etats, dont il semble en quelque sorte le vernis, n'est pas absolument essentiel, attendu que beaucoup de nations sont chrétiennes, et un plus grand nombre encore pourra le devenir sans faire partie de notre cercle de civilisation. Le premier caractère est, au contraire, positif, décisif. Là où l'élément germanique n'a jamais pénétré, il n'y a pas de civilisation à notre manière...
... Au point de vue des arts, notre infériorité vis-à- ^ vis de l'Inde est marquée, tout autant qu'en face de ! l'Egypte, de la Grèce et de l'Amérique. Ni dans le gran- ,
diose^ ni dans le beau, nous n'avons rien de comparable aux chefs-d'œuvre des races antiques, et lorsque, nos jours étant consommés, les ruines de nos monuments et de nos villes couvriront la face de nos contrées, certainement le voyag-eur ne découvrira rien, dans les forêts et les marécages des bords de la Tamise, de la Seine et du Rhin, qui rivalise avec les somptueuses ruines de Philae, de Ninive, du Parthénon, de Salsette, de la vallée de Tenochtitlan...