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CHAPITRE m

Sur l'esclavage

L'esclavag-e, ainsi que toutes les autres institutions humaines, repose sur d'autres conditions encore que le fait de la contrainte. On peut, sans doute, taxer cette institution d'être Tabus d'un droit; une civilisation avancée peut avoir des raisons philosophiques à apporter au secours de raisons ethniques, plus concluantes, pour la détruire : il n'en est pas moins incontestable qu'à certaines époques Tesclavag'e a sa légitimité, et on serait presque autorisé à affirmer qu'il résulte tout autant du consentement de celui qui le subit que de la prédominance morale et physique de celui qui l'impose.

On ne comprend pas qu'entre deux hommes doués d'une intelligence égale ce pacte subsiste un seul jour sans qu'il y ait protestation et bientôt cessation d'un état de choses illogique. Mais on est parfaitement en droit d'admettre que de tels rapports s'établissent entre le fort et le faible, ayant tous deux pleine conscience de leur position mutuelle, et ravalent ce dernier à une sincère

ESSAI SUR l'inégalité DES RAGES HUMAINES l55

conviction que son abaissement est justifiable en saine équité.

La servitude ne se maintient jamais dans une société dont les éléments divers se sont un tant soit peli fondus. Longtemps avant que l'amalgame arrive à sa perfection, cette situation se modifie, puis s'abolit. Bien moins encore est-il possible que la moitié d'une race dise à son autre moitié : « Tu me serviras, » et que l'autre obéisse (i).

De tels exemples ne se sont jamais produits, et ce que le poids des armes pourrait consacrer un moment, n'étant jamais ratifié par la conscience des opprimés, fragile et vacillant, s'anéantirait bientôt. Ainsi, partout où il y a esclavage, il y a dualité ou pluralité de races. Il y a des vainqueurs et des vaincus, et l'oppression est d'autant plus complète que les races sont plus distinctes. Les esclaves, les vaincus, chez les Galls, ce furent les Finnois.

(i) On opposera peut-être à ceci quen Russie comme en Pologne le servage est d'institution récente ; mais il faut observer, d'abord, que la situation du paysan de l'empire mérite à peine ce nom ; puis, dans les deux pays, elle se transforme rapidement en liberté complète, preuve qu'elle n'a jamais été subie sans protestation. Elle n'aura donc constitué qu'un accident transitoire, résultat naturel de la superposition de races différemment douées; car, en Pologne aussi bien qu'en Russie, la noblesse est issue de conquérants étrangers Aujourd'hui, cette ligne de démarcation ethnique disparaissant ou ayant disparu, le servage n'a plus de raison d'être et le prouve en s'éteignant.

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