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ESSAI SUR L'INÉGALITÉ DES RACES HUMAINES

à travers les passioDs eog'ag'ées dans la défensede cequ'on supposait le vrai bien de l'Elat, une égaie horreur pour l'anarchie. C'est ce sentiment qui les rejeta bien souvent dans la ressource extrême de la dictature ; car nativement, il faut le reconnaître, elles étaient sincères, et beaucoup plus que les Grecs, quand elles protestaient de leur haine pour la tyrannie. Métisses de blanc et de jaune, elles avaient le g*oût de la liberté, et, malgré les sacrifices en ce genre, presque permanents, que les nécessités du salut social leur imposaient, on peut encore trouver la marque de leur esprit naïf d'indépendance dans le rôle que le sentiment appelé par eux aussi V amour de la patrie jouait au milieu de leurs vertus politiques. Cette pasâion, vive comme chez les nations helléniques, n'avait pas le même despotisme cassant. La délégation que la patrie faisait à la loi de ses pouvoirs donnait au culte des Romains pour cette divinité quelque chose de beaucoup plus régulier, de bien autrement grave, et, en somme, de plus modéré. La patrie régnait sans doute, mais ne gouvernait pas, et nul ne songeait, comme chez les Grecs, à justifier les caprices des factions, leurs énormités et leurs exactions en les couvrant de ce mot unique : la volonté de la patrie (i). La loi, pour les Grecs, faite et défaite tous les jours, et constamment au nom du pouvoir supérieur, la lo^ n'avait ni prestige, ni autorité, ni force. Au contraire, à Rome, la loi ne s'abrogeait, pour ainsi dire, jamais; elle était tou-

(i) Rieû ne le montre mieux que la grande commotion civile qui porta les plébéiens à se retirer sur le mont Sacré, en laissant dans la ville les patriciens avec leurs clients et leurs esclaves.

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jours vivante, toujours ag-issante, on la rencontrait partout, elle seule ordonnait, et, de fait, la patrie restait à son état d'abstraction, et n'avait pas le droit, bien que très honorée, de s'engouer tous les matins de quelque mauvais révolutionnaire nouveau, comme cela n'avait lieu que trop souvent sur le Pnyx.

Il n'est rien de mieux, pour comprendre ce que c'était que V omnipotence de la loi dans la société romaine, que de voir le pouvoir des conventions augurales se perpétuer jusqu'à la fin de la république. Quand on lit qu'au temps de Gicéron l'annonce d'un prodige météorologique suffisait encore pour faire rompre les comices et lever la séance, alors que les hommes politiques se moquaient non seulement des prodiges, mais des dieux mêmes, on trouve là certainement un indice irrécusable d'un grand respect pour la loi, même jugée absurde (i).

Les Romains furent ainsi le premier peuple d'Occident qui sut faire tourner au profit de sa stabilité, en même temps que de sa liberté, ces sortes de défauts de la législation qui sont ou organiques ou produits par les changements survenus dans les mœurs. Ils constatèrent qu'il y avait dans les constitutions politiques deux élé-

(i) M. d'Eckslein (Recherches historiqaes sur l'humanité pri' mitive) a peint avec succès rimmobilité des idées romaines. Ses paroles s'adressent surtout à la religion, mais on peut sans difficulté en faire l'application à la loi. « Tandis que nous vivons, dit cet c <f cri vain, dans une plus ou moins heureuse inconséquence de nos « œuvres et de nos pensées, les vieux peuples poussaient l'esprit de « conséquence souvent jusqu'aux dernières limites de l'absurde... « Seuls les Grecs ont pu s'affranchir jusqu'à un certain point de cette « tyrannie dans leurs temps religieux même ; jamais les Romains, « esclaves absolus de leurs rites et du forum sacré. » (P. 63.

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ments nécessaires, Taction réelle et la comédie, vérité si bien reconnue et exploitée depuis par les Anglais. Ils surent pallier les inconvénients de leur système par leur patience à chercher et leur habileté à découvrir les moyens de paralyser les vices de la législation, sans toucher jamais à ce grand principe de vénération sans bornes dont ils avaient fait leur palladium, marque évidente d'une raison saine et d'une grande profondeur de jugement.

Enfin rien de tout ce qu'on pourrait accumuler d'exemples ne rendrait plus claires les différences de la liberté grecque et de la romaine que ce simple mot : les Romains étaient des hommes positifs et pratiques, les Grecs des artistes ; les Romains sortaient d'une race mâle, les Grecs s'étaient féminisés ; et c'est pourquoi les Romains Italiotes purent conduire leurs successeurs, leurs héritiers au seuil de l'empire du monde avec tous les moyens d'achever la conquête, tandis que les Grecs, au point de vue politique, n'eurent que la gloire d'avoir poussé la décomposition gouvernementale aussi loin qu'elle peut aller avant de rencontrer la barbarie ou la servitude étrangère.

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