CHAPITRE VII
Rome sémitique
... J'ai appliqué à la période impériale le nom de sémitique. Il ne faut pas prendre ce mot comme indiquant une variété humaine identique à celle qui résulta des
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anciens mélang'es chaldéens et chamites. J'ai seulement prétendu indiquer que, dans les multitudes répandues avec la fortune de Rome sur toutes les contrées soumises aux Césars, la majeure partie était affectée d'un alliag'e plus ou moins g-rand de sang* noir, et représentait ainsi, à des degrés infinis, une combinaison, non pas équivalente, mais analogue à la fusion sémitique. Il serait impossible de trouver assez de noms ^pour en marquer les nuances innombrables et douées pourtant, chacune, d'une individualité propre que l'instabilité des alliances combinait atout moment avec quelque autre. Cependant, comme l'élément noir se présentait en plus grande abondance dans la plupart de ces produits, certaines des aptitudes fondamentales de l'espèce mélanienne dominaient le monde, et l'on sait que, si, contenues dans de certaines limites d'intensité, et appariées avec des qualités blanches, elles servent au développement des arts et aux perfectionnements intellectuels de la vie sociale, elles se montrent peu favorables à la solidité d'une civilisation sérieuse.
Mais l'égrenage des races n'aboutissait pas uniquement à rendre impossible un gouvernement régulier, eh détruisant les instincts et les aptitudes générales d'où seulement résulte la stabilité des institutions; cet état de choses attaquait encore, d'une autre façon, la santé normale du corps social en faisant éclore une foule d'individualités pourvues fortuitement de trop de forces, et exerçant une action funeste sur l'ensemble des groupes dont elles faisaient partie. Comment la société serait-elle restée assise et tranquille quand, à tout instant, quelque combinaison des éléments ethniques en perpétuelle péré-
ESSAI SUR l'inégalité DES RACES HUMAINES l6l
gTinalion et fusion créait en haut, en bas, au milieu de l'échelle, et plus 'souvent en bas qu'ailleurs, parce que là il y a plus de place pour les appariements de hasard^ des individualités qui naissaient armées de facultés assez puissantes pour ag'ir, chacune dans un sens différent, sur leurs voisins et leurs contemporains?
Dans les époques où les races nationales se combinent harmonieusement, les hommes de talent jettent un plus vif éclat parce qu'ils sont plus rares, et ils sont plus rares parce que, ne pouvant, issus qu'ils sont d'une masse homogène, que reproduire des aptitudes et des instincts très répandus autour d'eux, leur distinction ne vient pas du disparate de leurs facultés avec celles des autres hommes, mais bien de l'opulence plus grande dans laquelle ils possèdent les mérites généraux. Ces créatures-là sont donc bien réellement grandes, et, comme leur pouvoir supérieur ne consiste qu'à mieux démêler les voies naturelles du peuple qui les entoure, elles sont comprises, elles sout suivies et font faire, non pas des phrases brillantes, non pas même toujours de très illustres choses, mais des choses utiles à leur groupe. Le résultat de cette concordance parfaite, intime, du génie ethnique d'un homme supérieur avec celui de la race qu'il guide, se manifeste par ceci, que, si le peuple est encore dans Tâge héroïque, le chef se confond plus tard, pour les annalistes, avec la population, ou bien la population avec le chef ( I ) . C'est ainsi que l'on parle de l'Hercule Tyrien
|i) Ainsi les récits mythologiques de la Grèce parlent des exploits d'Hercule sans jamais mentionner ses compag^nons, et les chefs de diflrérent<ï peuples voyageurs ne sont autres que la personnification des nations elles-mêmes ; Leck ou Tschek^ suivant les légendes, a
seul sans mentionner les compag'nons de ses voyag'es, et, au rebours, dans les grandes migrations, on a oublié généralement le nom du guide pour ne se souvenir que de celui des masses conduites. Puis, lorsque la lumière de rhistoire, devenue trop intense, empêche de telles confusions, on a toujours bien de la peine à distinguer, dans les actions et les succès d'un souverain éminent, ce qui constitue son œuvre personnelle de ce qui appartient à rintelligence de sa nation.
A de pareils moments de la vie des sociétés, il est très difficile d'être un grand homme, puisqu'il n'y a pas moyen d'être un homme étrange. L'homogénéité du sang s'y oppose, et pour se distinguer du vulgaire il faut, non pas être autrement fait que lui, mais, au contraire, en lui ressemblant, dépasser toutes ses proportions. Quand on n'est pas très grand, on se perd toujours plus ou moins dans la multitude, et les médiocrités ne sont pas remarquées, puisqu'elles ne font que reproduire un peu mieux la physionomie commune. Ainsi les hommes d'élite demeurent isolés, comme le sont des arbres de haute futaie au milieu d'un taillis. La postérité, les découvrant de loin dans leur stature immense, les admire plus qu'elle ne fait leurs analogues à des époques où les principes ethniques trop nombreux et mal amalgamés font sortir la puissance individuelle de faits complètement différents.
Dans ces derniers cas, ce n'est plus uniquement parce qu'un homme a des facultés supérieures qu'il peut être
diri^ les exploits des Lecks, Suap ceux des Souabes, Saxneat ceux des Saxons, Francus ceux des Franks, elc. (Schaffarki, Slavische ^Uerthûmerf t. I, p. a35.)
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déclaré |o;Tand. Il n'existe plus de niveau ordinaire; les masses n'ont plus une manière uniforme de voir et de sentir. C'est donc tantôt parce que cet homme a saisi un côté saillant des besoins de son temps, ou bien même parce qu'il a pris son époque à rebours, qu'il se rend glorieux. Dans la première alternative, je recçnnais César; dans la seconde, Sylla ou Julien. Puis, à la faveur d'une situation ethnique bien composite, des myriades de nuances se développent au sein des instincts et des facultés humaines; de chacun des groupes formant les masses sort nécessairement une supériorité quelconque. Dans l'état homogène, le nombre des hommes remarqués était restreint; ici, au sein d'une société formée de disparates, ce nombre se montre tout à coup très considérable, bigarré de mille manières, et depuis le grand guerrier qui étend les bornes d'un empire jusqu'au joueur de violon qui réussit à faire grincer d'une manière acceptable deux notes jusque-là ennemies, des légions de gens acquièrent la renommée. Toute cette cohue s'élance au-dessus des multitudes en perpétuelle fermentation, les tire à droite, les tire à gauche, abuse de leur impossibilité fatalement acquise de discerner le vrai, même d'avoir une vérité au-dessus d'elles, et fait pulluler les causes de désordre. C'est en vain que les supériorités sérieuses s'efiForcent de remédier au mal : ou bien elles s'éteignent dans la lutte, ou bien elles ne parviennent, au prix d'efforts surhumains, qu'à bâtir une digue momentanée. A peine ont-elles quitté la place que le flot se désenchaîne et emporte leur ouvrage.