‹ Pages choisies: précédées d'une etude sur le comte de GobineauChapitre 37 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Commencement du règne de Darius I^f ; Intaphernes

Dans les pays de nouvelle conquête, les grands Iraniens, manquant des points d*appui qui soutenaient Tesprit d'indépendance des Çamides, ne tardèrent pas à reconnaître rinutilité de leurs compétitions. Un des premiers qui servit d'exemple fut cet Intaphernes, ancien complice de Darius dans la conspiration contre le mage. Il avait obtenu entre autres privilèges celui, de pouvoir aborder le monarque en tout temps sans se faire annoncer excepté dans les moments où le prince serait retiré dans le harem. S'étant présenté un jour au palais, les appariteurs lui refusèrent la porte, en donnant pour raison le cas prévu. Soit arrogance naturelle, soit qu'il fût déjà fatigué d'avoir pour maître un ancien compagnon, Intaphernes refusa de croire ce qu'on lui disait. Tirant son sabre, il coupa le nez et les oreilles des serviteurs royaux, et en ayant garni la bride de son cheval, il promena insolemment par la ville ces sanglants trophées de sa colère.

Darius hésita un instant sur ce qu'il avait à faire, dans

HISTOIRE DES PERSES âOQ

la crainte que les autres chefs de la révolution, jusqu*alors ses soutiens, ne partageassent les sentiments de leur foug'ueux collègue. Mais aussitôt qu'il se fut assuré de leur complète innocence et même de leur indignation pour l'action commise, il fit saisir le coupable, et le fit mettre à mort.

C'est à cette occasion que se passa un fait qui éclaire d'une façon très vive le. caractère iranien de cette époque. Hérodote le raconte, mais ne l'a pas compris. D'après l'usage sémitique, déjà adopté par la justice des Grands Rois, lorsqu'un homme était condamné à périr, il suivait naturellement que les mâles de sa famille étaient soumis au même sort. Tous les parents d'fntaphernes avaient donc été emprisonnés, et n'attendaient que le moment d'être livrés aux bourreaux. La femme du supplicié passait ses journées à la porte du palais, remplissant l'air de ses cris et implorant la pitié du prince.

On a déjà vu que les Iraniens n'étaient pas féroces. Darius fut donc attendri par les gémissements de cette infortunée, et il lui fit dire qu'elle pouvait choisir parmi les prisonniers celui dont le salut lui importait davantage, et qu'aussitôt il serait délivré. A ses enfants elle préféra son frère unique, donnant pour raison qu'elle trouverait un autre mari et d'autres fils, mais que, son père et sa mère étant morts, elle n'avait plus d'espérance d'avoir un frère si elle venait à être privée de celui qui vivait. Sur cette déclaration, le roi fit immédiatCr ment mettre en liberté le frère et l'aîné des fils d'Intar phernes, et loua les sentiments de cette femme. ' Il est visible qu'Hérodote ne voit là qu'un jeu d'esprit, et en est frappé comme devait l'être l'imagination

puérile d'un Grec. Mais l'Iranienne ne subtilisait pas. Elle considérait que la maison dont elle était issue allait s'éteindre, et ce malheur, le plus grand qui puisse frapper cette existence collective représentée par une race noble, lui était si insupportable à envisag'er qu'elle lui préférait encore le sacrifice de ses affections les plus naturelles et même la lignée de son mari \

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