CHAPITRE IV
Les Parlhes
... Ce que les Romains ne purent obtenir, c'est-à-dire une suprématie quelconque sur Tempire perse, comment les Grecs, malgré leurs vanteries, l'auraient-ils jamais possédée dans le temps des Achéménides, et où les Pays purs ne s'arrêtaient pas à TEuphrate, mais venaient jusqu'à la Méditerranée en embrassant l'Egypte, et où l'administration était unitaire? Il suffit de poser la question pour la résoudre, et c'est une preuve supplémentaire de
la fausseté radicale de ce qu'on appelle Thisloire de Tanliquilé. Cependant le monde avait marché depuis lors. On se rappelle que nous avons dit qu'à l'époque de Gyrus il n'existait, à parler exactement, qu'un seul grand empire, celui de ce conquérant, sur le pourtour entier de la planète terrestre. Quand régnaient les Arsacides, les intérêts humains s'étaient développés, et après la disparition d'une foule d'États formés à la suite des créations d'Alexandre, et dont chacun avait été plus fort que les plus fortes républiques helléniques du passé, l'uni vers était au pouvoir de quelques grandes monarchies dont les influences agissaient avec force et sur les populations qu'elles régissaient et sur celles qui tournaient autour de leurs orbites. La conclusion à tirer de tout ceci, c'est que, dans l'observation du passé, il faut renoncer promptement à ne considérer que la Grèce et Rome. N'enlevons pas à la première son rôle intellectuel, tout en le réduisant surtout aux arts ; ne retirons pas à la seconde son titre légitime de maîtresse de l'Occident ; mais gardons-nous de faire de l'une et de l'autre les uniques aïeules et les éducatrices exclusives des temps qui suivirent. On vient de voir que Tlran arsacide égalait à tout le moins sa rivale en autorité et en puissance; il n'était pas moins son émule en étendue. La Chine, alors florissante, commençait à se porter vers l'ouest, et, découvrant la Caspienne, entrait en relations avec lui et par lui avec Rome elle-même. Les royaumes de l'Inde reprenaient leur activité et devenaient des feudataires considérables dont par lui l'Occident profitait. Les missionnaires bouddhistes, les thaumaturges de toute espèce, comme Apollonius de Tyane et d'autres moins autorisés
mais fort écoutés, se levaient de toutes parts et pénétraient partout,et les chrétiens marchaient sur leurs pas. En même temps que les gouvernements traitaient d'ég-al à égal, et, en cherchant à l'emporter Tun sur l'autre, mettaient en contact les soldats de TEspagne ou de la Gaule avec ceux de la Bactriane et de Tlnde, les populations n'apprenaient pas moins à se connaître, et ainsi, par ce contact intime, cet échange fécond de notions, d'impressions, de croyances et d'idées, s'opérait un élargissement des esprits qui ne permit plus désormais aux nations d'en revenir aux étroits et grossiers berceaux où Phocion et Publicola les auraient à tout jamais tenues assoupies. C'est donc une nécessité de faire figurer dans la liste de nos aïeux ces Parthes qui nous ressemblaient si fort par la façon dont ils ont compris la dignité personnelle de l'homme, notion très étrangère aux Romains comme aux Grecs ; ces Parthes qui avaient pris une si haute conception dans l'héritage de nos aïeux communs, les Arians du nord.