‹ Pages choisies: précédées d'une etude sur le comte de GobineauChapitre 57 sur 74 · HARRIET COXE · texte numérisé non relu

HARRIET COXE

Fille d'un humble missionnaire, Harriet Goxe inspire un amour profond à Nore qui est plus jeune qu'elle et appartient à la plus noble aristocratie d'Angleterre. Harriet a l'héroïsme de cacher son

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amour pour que Nore Toublie et trouve une plus digne dans le inonde où son rang social le place. Nore n'obtient Taveu d'Harriet que lorsqu'il la persuade qu'il ne peut être heureux que par elle.

C'était une fille saxonne, faite pour vaincre elle-même et les autres, et elle le faisait ; non sans souffrir, sans réclamer, se plaindre en elle-même, sans éprouver la cuisson de tous les piquants de Timagination en révolte, mais sans faiblir une seconde dans sa résolution de ne pas rendre autrui témoin de ses défaillances.

Les sculpteurs grecs ont connu la Beauté. Ils l'ont vue émue quelquefois, mais par des passions simples comme elle. Ils ont contemplé dans cette sublime image T intelligence droite, cherchant peu, trouvant ce qu'elle voulait; les fronts bas, aux tempes puissamment développées des statues et de toutes ces figures promenées au long des bas-reliefs, ne montrent pas davantage. La pensée de ces temps fournissait aux artistes un thème admirable et court. Peu de moyens existaient de le varier ; en le reproduisant sans cesse, sans cesse on en perfectionnait les détails peu nombreux, d'autant plus faciles à rendre, et c'est ainsi que Tart antique toucha à la perfection.

Mais nous, moins accomplis, moins élevés, nous occupons plus de points, nous voyons plus d'idées, nous savons davantage, et ce que nous devinons à demi s'étend infiniment plus loin. Ni les passions, ni les sentiments, ni les besoins, ni les instincts, ni les désirs, ni les craintes ne sont demeurés accroupis sur l'humble degré où la philosophie de Platon les trouva. Tout a monté, tout a hiultiplié. Ce peuple de génies ailés, qui nous mène^

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nous dirig-e ou nous ég'are, s'appelle désormais légion, et c'est lui qui, pétrissant les âmes, fait refléter sur la face humaine des expressions, des significations que ni Praxitèle, ni Phidias n'avaient pu connaître. Ces maîtres n'auraient point regardé la physionomie d*Harriet si elle avait passé devant eux ; pour eux, ce n'eût pas été la Beauté.

C'était la Beauté pourtant, la Beauté d'une ère qui n'est pas celle de la ioie, mais celle de la vie doublée et redoublée.

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