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DU PARNASSE AU MODERNISME

Ce révolutionnaire débuta sagement. A vingt ans il écrivait des vers d'amour désolé dans la formule des derniers romantiques et des classiques du « siècle d'or ». La vie est un exil pour le poète, s'écrie Dario dans son adolescence. Il ne sait pas comme il dit vrai. Premières notes^ publiées à Managua, sont des accents d'un enfant gâté des femmes et des Muses qui ne casse rien. Par un paradoxe assez fréquent, les vieux clichés servent ici à décrire une âme toute neuve. Et voici encore Abrojos où Dario imite l'allure hautaine et désabusée de la humo- 7^ada de l'Espagnol Campoamor, en vogue alors. Lourde méprise d'un cœur rivé à la vie ! Il n'était né que pour se plaindre.

Enfin, un livre au titre printanier, A^ur^ étonne et déroute un peu. Il vient d'arriver à Santiago et c'est une charmante méprise du poète que de chercher un exil dans son exil. Le Chili, dont nous admirons aujourd'hui le renouveau lyrique^ était alors un pays de casernes, plus apte à défendre les Thermopyles qu'à fabriquer le Parthénon, où le glacial écrivain du Venezuela, Andrès Bello, avait formé des grammairiens. Maints poètes avaient senti le poids de cette lourde atmosphère. Don José Joaquin de Mora partait un jour, vers 1830, en appelant les Chiliens des « bipèdes de la Béotie américaine » et Paul Groussac, qui admirait le génie de cette race massive, s'étonnait de la voir entièrement dépourvue de ce goût artistique si fréquent chez le% Latins du nouveau monde. « Leurs romans et leurs poèmes — disait-il des écrivains chiliens — sont les chefs-d'œuvre de gens qui ne sont ni poètes ni romanciers ». Groussac se trompait certainement et toute une fer-

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