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XIV

VENTURA GARCIA CALDERON

Indes, la France où il a vécu les plus grandes joies de son esprit, Paris qui était la ville selon son cœur, peut-être parce que c est à Paris, selon un mot de M""' de Staël, que l'on peut se passer de bonheur. Et pourtant, voyez comme il dit avoir gardé toujours la nostalgie de la ville natale, « le filon de la race » . Mais pourrait-il vivre dans son pays, ce voyageur qui fuit son ombre? Tout au plus peut-il y mourir ^

Il est donc l'hispano-américain par excellence, tel que l'ont fait plusieurs siècles de mélanges de races, l'ancien esprit aventurier et toutes les curiosités d'un civilisé, cet être étrange que Ton a comparé souvent aux Italiens de la Renaissance, cet Euphorion capable de cultiver les « fleurs du mal » dans une forêt de l'Amazone et de saisir les nuances de Verlaine perdu dans le fond d'une estancia argentine.

Ce contraste frappant de civilisation et de barbarie, nous le trouvons toujours en Dario. Il a parlé souvent des deux natures qu'il gardait en lui comme le Centaure. Même dans ses craintes de la mort, on a voulu voir, avec trop de subtilité- peut-être, le désarroi de Tlndien devant les forces inconnues de la nature. Toujours est-il que c'est parce qu'on reconnut en lui l'hispanoaméricain par excellence, qu'il devint le- maître incontesté. Comment comprendre ses succès de vingt ans s'il n'avait pas été l'interprète d'un état d'âme ? En vérité, il définissait une inquiétude et classait une mélancolie.

I. Dans une magistrale étude sur les Vicisitudes del descastamiento parue en 1915 au journal El Dla de Quito, le grand critique hispano-américain Gonzalo Zaldumbide a montré la tragédie de l'écrivain de chez nous qui a des goûts européens et reste américain parle sentiment, qui souffre de ne pas trouver toujours dans son pays la tradition littéraire et la haute culture et le raffinement que son esprit d'élite réclame. Etranger en Europe, il l'est aussi chez lui. C'est bien comme M. Zaldumbide nous le disait, la tragédie de l'Enfant Prodigue, dont les Américains eurent toujours l'inquiétude voyageuse. En élargissant son point de vue dans un article, le même cfitique nous rappelait la longue misère de Dario en Europe, la solitude du poète qui se sentait erf Amérique un étranger, qui était à Paris un inconnu.

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PRÉFACE

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