XX
VENTUBA GARCIA CALDEROK.
a le sens décoratif et le goût allégorique des Italiens. Ses tableaux, même quand il décrit le vague règne intérieur, font si parfaitement image, qu'un jeune peintre espagnol, Nestor a fait des pages dignes de Titien rien qu'en copiant les défilés de ses Vertus et des Sept Péchés capitaux. Un autre artiste d'un magnifique talent, médaillé à Paris, mon ami Tito Salas me disait un jour comment il ne pouvait pas lire certaines évocations du Chant à r Argentine de Dario sans les voir exactement sur la toile. Bienvenues donc ces fresques ! Nous n'en avons pas assez dans notre littérature. Ce n'était pas notre milieu que Dario nous proposait, mais avec le goût éclatant des grands vénitiens pour l'or et la pourpre, il enrichissait notre palette. Un paradoxe de Gladstone veut que les Grecs n'aient pas vu les couleurs comme les modernes et que Toeil soit en progrès. Pour nos yeux du moins, ce paradoxe reste vrai. De la grisaille romantique, du ton du ciel orageux nous passons brusquement à l'amour des belles images. Tout est matinal dans cette nouvelle poésie qqi parle toujours de l'or, de la lumière, des marbres harmonieux, de la fïeur étrange « arrosée avec le sang des taureaux »...
Tableaux de genre, musiques grêles, frivolités charmantes, cela ne fait pas 1' « altissime poète » que nous avons aimé. Il a séduit, il n'a pas encore ému. Voici le moment de mettre à nu son cœur, s'il veut être davantage que le plus exquis des corybantes. Après ses longs voyages dans tous les pays de la divagation, il se découvre lui-même. Son livre de jeunesse et son livre de maturité : Proses Profanes et Des chants de vie et d espérance, nous racontent ces voyages et cette rencontre. Il avait chanté la France, et Versailles, et la Grèce éternelle et le Japon mignard et bariolé, toutes les sommités de son désir vers lesquelles s'élançait ce cœur matinal. Mais les poètes sont de divins égoïstes et il faut qu'ils le soient toujours. Rubén Dario ne nous a jamais ému davantage que lorsqu'il a parlé de lui-même. Sa