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XXIII

PRÉFACE

parc italien. Il faut choisir, si le poète ne veut pas demeurer en exil, loin des hommes ; et ils sont nombreux ceux qui ne sont pas restés murés dans leur solitude orgueilleuse. Si Rubén Dario n'est pas devenu député, comme le plus exquis des partisans de la culture du moi, il a ressenti au moins le besoin de s'enraciner dans l'Amérique qui, à tout prendre, est un seul pays. Dans le prologue des Chants il s'excuse presque de chanter un Président de la République, d'oublier à demi les cygnes, les fontaines au jet plaintif, tous les décors choisis et surannés de sa tendresse à vingt ans. « Je n'aime pas les multitudes, dit-il, mais je sais que je dois aller irrémédiablement à elles. » Ce mot de multitude a un sens double ici : en chantant la vaste Amérique, il a appris à aimer les misérables. Il ne dirait plus, comme dans sa lointaine jeunesse de Prince Charmant, que « le peuple est bête, sale, mauvais et laid ». Quand il est sorti de lui-même, quel épanchement ! Cette fois au moins, le païen et le chrétien qui sont en lui se trouvent d'accord dans leur amour pour toutes les choses terrestres. Il embrasserait les paysages comme Flaubert, il voudrait se mêler à la nature, être la nature comme le saint Antoine du maître. Les aveux éclatent partout. D'abord dans la pièce initiale :

La tour d'ivoire tenta ma convoitise, Je voulus m'enfermer en moi-même Et j'eus faim d'espace et soif de ciel Du fond des ombres de mon propre abîme.

Et ailleurs dans une étude : « J'ai éloigné comme voulait Schopenhauer mon individualité du reste du monde et j'ai vu avec désintéressement ce qui semblait étranger à mon moi, pour me convaincre que rien n'est étranger à mon moi ». La vie est entrée dans un rêve, et rien de ce qui est vivant ne lui semble indigne d'être chanté. A peine sa timidité maladive craint-elle encore les froissements. « Construire, créer, ô jeunesse; tous

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