XXIV
VENTURA GARCIA CALDERON
ensemble pour le temple, seuls pour le culte, tous ensemble pour édifier, seuls pour prier ».
Cette attitude, il ne l'abandonnera plus. Les deux derniers livres de vers de Dario : la Chanson errante et le Poème de V Automne nous racontent les étapes d'une mélancolie qui reste parfumée des roses anciennes comme les urnes de sa chanson. Dans sa jeunesse il avait dit aux poètes soimants, devant les ombres d'Anachréon, d'Ovide, de Quevedo et de Banville, qu'il préférait « leur rire sonore aux vers d'ombre et au chant confus, qu'oppose l'inspiration barbare à la clarté latine ». Mais le temps est passé du clair sourire. Songeant sans doute à l'aveu printanier, il dira dans un poème Eheu, comme une réplique de son dialogue avec lui-même : « Et cette clarté latine, de quoi m'at-elle servi à l'entrée de la mine du moi et du non-moi ? » La moralité de cette époque est bien dans ses vers désabusés qui sont de l'Omar Kheyam assombri :
Jouissez de la chair, ce bien
Qui nous fascine aujourd'hui
Et qui finira par tomber en
Poussière et cendre.
Jouissez du soleil, de la païenne
Clarté de ses feux,
Jouissez du soleil car demain
Vous serez aveugles.
Nul écho des anciens feux de joie dans ces deux livres et dans ses vers de la revue Mundial^ qu'il dirigeait à Paris. C'est la Chanson des loups^ ce sont des souvenirs d'enfance, des pages très pures et très simples. Il travaillait peu, d'ailleurs, étant tombé depuis quelques années dans une somnolence et une taciturnité de malade. Mais il a eu encore des coups de bélier qui étonnent : VOr de Majorque^ roman publié à La Naciôn de Buenos-Ayres, et surtout le Chant à VArgentine^ d'un si grandiose élan. La poésie épique espagnole était restée aux