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XXV

PRÉFACE

monotones sonorités de Quintana. Cette œuvre, qui est Téloge émerveillé de la Terre Promise où toutes les races retrouvent une jeunesse et le bonheur, se rapproche des Laudi de d'Annunzio, des Forces tumultueuses de Verharen et des Seven Seas de Kipling. Il est leur équivalent en espagnol. Ardente et bondissante, la phrase garde toujours le tour classique^ elle ne rompt pas le moule des vers pour parler le langage libéré de Whitman, que la mesure gêne souvent. Et Dario retrouve là, mais avec une musicalité nouvelle, l'inspiration de nos meilleurs romantiques qui chantaient notre avenir insoupçonné. Le voici revenu à ce qu'il fuyait, l'Ode civile. Mais son âme incertaine trouve enfin un accent inconnu en regardant le pays de sa jeunesse. Comme presque tous les dilettantes de sa génération, il retourne, vieilli, au paysage natal. Et ce chant pathétique du grand Déraciné restera comme le meilleur poème épique du continent.

Jusqu'ici nous n'avons parlé que du chantre. Ses œuvres en prose décèlent, un lyrique éperdu. En louant un écrivain, il avait dit que « comme tout bon poète il était excellent prosateur » ce qui n'est pas vrai, souvent. Du moins, Dario est passé maître dans la prose lyrique, une prose savante aux cadences imprévues qui n'aboutit pas au vers amorphe. Il ne voulut pas écrire comme le fit M. Maeterlinck, des vers blancs alignés, évitant cette confusion de genres dont se sont gardés les maîtres subtils du poème en prose, Villiers de l'Isle Adam et Baudelaire. Ce qui reste du poète, c'est Télan, l'invocation fréquente, ce balancement et cette exacte proportion des périodes qui leur donnent, sur la page écrite, l'allure des strophes d'un poème. C'est la manière d'A^u?^^ la manière de ses jeunes années, qui semble moins heureuse dans son livre Los Raros. Car il

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