XXX
VENTURA GARCIA CALDERON
sailles, ces Vénus et ces Gérés, dont le sourire est français. Et un écrivain de Paris, échoué à Buenos-Ayres, M. Paul Groussac, pouvait dire alors, non sans une certaine justesse, que la manière de Dario était au fond celle des classiques et qu'il imitait les Français comme Gatulle et Ghénier imitèrent les Grecs.
Mais le fond mélancolique de la race a déjà le dessus. Quelques désenchantements ont suffi à ternir sa vision éclatante. « Nous sommes romantiques », disait-il dans sa Chanson des Fins, ce Qui, de vraiment inspiré, ne l'est pas? » Pas lui, certainement, du moins comme nos anciens joueurs de guitare ; mais son aveu nous reste comme un désir. On l'est souvent dans la trentième année. « Age funeste aux amers désenchantements )) s'écriait le Byron espagnol, Espronceda. A trente ans, on devient un sentimental rangé comme Dominique. L'histoire des hommes dont la vie intérieure fut ardente est partout la même. Ce sont d'abord les matins triomphants et l'orgueil intellectuel et cette curiosité qui se jette sur toutes les pâtures. La connaissance des limites, qui est la sagesse, ne vient pas sans amertume et après ces grandes flambées certains gardent sur les lèvres, toute la vie, un goût de cendre. La sagesse de Rubén Dario est allée à Tautre bout. De l'orgueil devant la vie il est tombé dans une humilité toute chrétienne. Les premiers frissons de la maturité le traversent. Et il se jette dans la croyance sans pouvoir dépouiller le vieil homme.
Seulement il ne demande plus l'or jet le marbre, et les ifs et les cygnes pour enluminer son paysage décoratif et choisi, mais la vie seulement, la simple vie. Ce poète qui regarde avec des yeux définitifs de condamné à mort, sait tragiquement ce qu'il va perdre. Il a découvert soudain que tout est beau dans la lumière. Le voilà qui conseille au crapaud et à l'araignée de louer le Seigneur « car ils existent >). Être ou ne pas être, c'est là le seul problème. L'ex-parnassien trouve déjà des harmonies