XXXIV
VENTURA GARCIA CALDERON
raire du maître, le triomphe est indéniable et il peut le constater sans forfanterie dans le prologue de ses Cantos. Dans ces pages signées à Madrid, il nous dit le succès obtenu « ici et làbas », car TEspagne suit le mouvement. La génération de 1898, comme l'appelait un de ses écrivains représentatifs, M. Martinez Ruiz {Aiorîn) a rompu bruyamment, etnon sans férocité quelquefois, avec un passé vermoulu. Ces jeunes implacables, qui enterrèrent vivant le romantique Echegaray dans un manifeste resté fameux, répètent sans le vouloir le geste du charmant Larra, ce Musset de Madrid, un Musset qui ne pleure pas. Larra voulait comme eux plus de liberté, de flexibilité, de jeunesse, dans une langue qui s'anémiait tous les jours. A son exemple, les jeunes s'éloignèrent des immortels de la Royale Académie Espagnole, tombée dans une sorte de quiétisme littéraire que la vie effrayait. Monotonie, pastiche des vieux modèles, horreur sacrée du néologisme et du tour nouveau : voilà les signes distinctifs de cette mosaïque patiente qu'était la phrase espagnole vers 1890, non sans exception, bien entendu. Avec la nostalgie un peu hautaine de ses gloires révolues, l'Espagne littéraire s'envoûtait dans un culte ombrageux de son admirable « siècle d'or». Ecrire à la manière des classiques était devenu presque une forme sentimentale du patriotisme. On oubliait trop facilement que ceux-là mêmes avaient été, de leur temps, des novateurs. Aujourd'hui encore, ce bedeau des lettres castillanes qu'est M. Ricardo Leôn a trouvé une petite industrie assez fructueuse en démarquant les anciens maîtres, exactement comme ces peintres qui font, pour des millionnaires peu difficiles, des Greco et des Velasquez.
Dans ces milieux traditionnels, la rénovation de Dario devait donc être aussi importante, aussi combattue et pour tout dire aussi blaguée que celle de Larra. Mais tous les poètes qui comptent, les prosateurs aussi, sont ses disciples et le proclament. Et au lendemain de sa mort, l'année dernière, la gerbe