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XXXVII

PRÉFACE

dans un coin de terre noire. Mais le Simbad apprend dans ses voyages une langue brève, haletante, familière et lyrique à la fois, avec de soudaines profondeurs de chant, une langue écrite en espagnol et qui ne le semble pas. Les vieux académiciens se fâchaient déjà et le reproche de gallicisme, comme l'ancienne épithète de afrancesado , sera désormais la condamnation de tout écrivain vivant. Il dit presque vrai quand il écrit à Don Miguel de Unamuno, en 1899, qu'il « ne pense pas en espagnol ))...

Nous avons suivi le pèlerin passionné dans sa jeunesse triomphante, nous l'avons vu chercher la paix du cœur dans un renoncement aux pompes païennes. Il ne l'a pas trouvée, cette paix durable. Son retour au Nicaragua en 1915 a la beauté d'une ancienne parabole : le jeune Simbad qui avait voulu presser contre son cœur toutes les beautés du monde est revenu au village natal, désemparé comme l'Enfant Prodigue. Et sa mort survenuedans la grande guerre, unpeu à cause d'elle, est le digne épilogue de sa tragédie. Ses rêves de concorde et de paix, son arnour pour la France, tout devait saigner dans ce cœur « sentimental, sensible et sensitif ». La France, il l'avait aimée, comme il avait rêvé de Paris/depuis l'enfance. Le collégien qui chantait l'Alsace- Lorraine était bien le grand poète passionné qui dirait en 1893, dans un sonnet prophétique, ses craintes : « Les Barbares, ô France, les Barbares, ô bien-aimée Lutèce ! Ne sens-tu pas le vent qui redouble du côté de Berlin ? ».

La guerre survient. C'était donc se leurrer que de croire à la bonté, à la concorde humaine. Combien de Français ont ressenti cette fêlure de leurs rêves les plus aimés! Ruben Dario en fut si affecté qu'il partit pour l'Amérique eni9i4 « plein de l'horreur de la guerre — écrivait-il dans une lettre — pour dire à tous que

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