XXXVIII
VENTURA GARCIA CALDERON
la paix est la seule volonté divine ». C'est la croisade d'un grand enfant qui souffre de son amour quand les temps de gloire et de haine sont arrivés. Aux Etats-Unis, à la Golumbia University, il lut un de ses poèmes de la dernière manière qui ont l'accent et la solennité de Tapôtre. Puis, c'est la débâcle, la misère dans une chambre d'hôtel où deux nègres le soignent par charité, et l'hôpital de New- York, et l'abandon. Après un court pèlerinage à Cuba, on le ramène enfin dans son pays, avec des honneurs de triomphateur ; mais « le soleil des morts » éclaire à peine un mourant.
Et ce croisé naïf n'arriva, comme les autres, qu'à la conquête d'un tombeau.
Ventura Garcia Calderon.
Rubén Darîo est né le i8 janvier 1867 à Chocoyos (aujourd'hui Metapa) dans la République du Nicaragua ; il est mort le matin du 6 février 1916 . Son père se nommait Manuel Garcia, sa mère Rosa Sarmiento ; le véritable nom du poète est donc Félix-Rubén-Garcia Sarmiento. Mais un de ses ancêtres, très connu dans son village, se nommait Dario, et on avait pris l'habitude de nommer ses descendants les Dario. De là le presque pseudonyme de Rubén Dario dont « l'allure juive et persane » enchantait notre lyrique et dont la bizarrerie aura contribué quelque peu à son succès.
A treize ans il écrivait c^ns le Journal £1 Termdmetro et dans la petite revue El Ensayo ; à quatorze ans, il donnait des articles de pamphlétaire à La Verdad de Leôn. Des troubles politiques le firent s'exiler au Chili. Il collabore à La Epoca et à La Libertad Electoral de Santiago, à El Heraldo et El Mercurio de Valparaiso. Il remplissait, à la douane de cette ville maritime, les modestes fonctions d'inspecteur de la charge. Il retourne encore à son pays, puis à San Salvador, où il dirigera La Union en 1890. C'est l'année de son premier mariage. Des querelles politiques le font partir encore au Guatemala. L'Argentine l'attire bientôt et le retient: il y publie, à La Naciôn^ ses meilleures pages en prose ; et plus tard, en 1896, le livre qui fit sa renommée. En 1892, avant d'aller à Buenos-Ayres et de venir pour la première fois à Paris, il part pour l'Espagne comme délégué du Nicaragua aux fêtes du