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LE RADIS COURONNÉ

KT ; Le bretteur’ Jacquemin Lampourde se rend au Radis courônné, … Situé à l’angle du Marché-Neuf, et sanctuaire habituel de ses liba- … tions” au dieu de la vigne.

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… .Cétait bien le plus abominable’ bouge qu’on püût ima-

…. giner. Des piliers trapus‘, englués d’un rouge sanguino- … … lent et vineux, supportaient l’énorme poutre qui lui servait …. de frise et dont les rugosités® affectaient de certaines formes indiquant d’anciennes sculptures à demi effacées par le temps. Avec beaucoup d’attention on parvenait à y démêler

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… un enroulement de ceps et de pampres’, à travers lesquels gambadaients des singes tirant des renards par la queue. L Sur le claveau° de la porte figurait un énorme radis au … naturel, feuillé de sinople!° et sommé d’une couronne d’or, le: tout fort terni, qui depuis des générations de buveurs - servait d’enseigne et de désignation au cabaret. Les baies formées par l’espacement des piliers étaient . closes, en ce moment, de volets à lourdes ferrures capables … de soutenir un siège, mais non si hermétiquement!! joints … qu'ils ne laissassent filtrer des rais de lumière rougeâtre, … et s'échapper une sourde rumeur de chansons et de queselles; ces lueurs, s’allongeant sur le pavé miroité de boue, produisaient un effet étrange dont Lampourde ne sentit pas le côté pittoresque, mais qui lui indiqua qu’il y avait encore nombreuse compagnie au Radis couronné. … Heurtant la porte avec le pommeau de son épée, le bretteur, par le rythme des coups qu’il frappa, se fit reconnaître pour un habitué de la maison, et l’huis!? s’entre-bâilla afin de lui livrer passage.

= La salle où se tenaient les buveurs avait assez l’air d’une caverne. Elle était basse, et la maîtresse poutre qui traversait le plafond, ayant fait ventre sous le tassement des étages supérieurs, semblait près de rompre, encore qu’elle fût solide à porter un beffroi, pareille en cela à la tour de Pise ou des Asinelli de Bologne, qui penchent toujours et

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1. La brette-est une longue épée de duel: peut-être épée bretonne?; 2. De libare : verser …— l'eau du sacrifice: 3. Primitivement dont on se détourne comme d'un mauvais présage, “ab + omien ; 4. Gros et court: origine inconnue; 5. Partie de l'entablement entre l'architrave =. et la corniche, souvent ornée de moulures; 6. Raboteux; de ruga : sillon, ride; 7. Branche de vigne; latin pampinum ; 8. Mot formé sur jambe; 9. De clef, clavum : pierre taillée en pointe # pour le sommet d'üne arcade; 10, En blason le sinople est figuré par des hachures vertes; … 11: Du dieu Hermès ou Mercure, qui présidait aux sciences occultes; 12. Porte : ostium.

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avaient rendu le plafond aussi noir que l’intérieur des cheminées où l’on prépare les harengs saurs, les boutargues? et les jambons. Anciennement, les murs avaient été peints d’une couleur rouge, encadrée de sarments et brindilles de vigne, par la brosse de quelque décorateur italien venu en France à la suite de Catherine de Médicis. La peinture

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ne tombent jamais. Les fumées des pipes et des chandelles

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s’était conservée dans le haut de la salle, quoique bien assom=

brie et ressemblant plus à des plaques de sang figé qu'à cette réjouissante teinte écarlate dont elle devait briller en sa fleur de nouveauté. L’humidité, le frottement des dos, la crasse des têtes qui s’y appuyaient, en avaient gâté et détruit tout le bas, où le plâtre apparaissait sale, éraillé et nu. Jadis le cabaret avait été mieux hanté; mais peu à peu, aux courtisans et aux capitaines, les mœurs devenant plus délicates, s’étaient substitués des brelandiers?, des aigrefins’, des coupe-bourses et des coupe-jarrets, toute une clientèle de truands hasardeux qui avaient donné leur empreinte horrible au bouge‘, et fait de la gaie taverne un repaire sinistre. Un escalier de bois, conduisant à une galerie où s’ouvraient les portes de réduits si bas qu’on n’y pénétrait qu’en rentrant les cornes et la tête comme un limaçon, occupait la paroi qui faisait face à l’entrée. Sous la cage de l'escalier, à l’ombre de la soupentef, quelques futailles, les unes pleines, les autres en vidange, étaient disposées dans une symétrie plus agréable aux ivrognes que touteautresorte d’ornement. Dans la cheminée à grande hotte, flambaient des fagots de bourrée dont les bouts brüûlaient jusque sur le plancher, qui, n’étant fait que d’un carrelage de vieilles briques, ne courait pas risque d’incendie. Ce feu illuminait de ses reflets l’étain du comptoir placé vis-à-vis et où trônait le cabaretier, derrière un rempart de pots, de pintes”, de bouteilles et de brocs. Sa vive lueur, éteignant les auréoles jaunes des chandelles qui grésillaient dans la fumée, faisait danser le long des murailles les ombres des buveurs dessinées en caricatures, avec des nez extravagants, des mentons de galoche, des toupets de Riquet à la houppe et des déformations aussi bizarres que celles des Songes dro-

1. Mets qui fait boire, composé d'œufs de poisson salés et de vinaigre: 2. Joueurs de brelan, jeu à trois cartes; 3. Hommes rusés et peu scrupuleux:; 4. Mauvais lieu; origine inconnue; 5. Du verbe ancien repairer (re + ad + patriam) retourner dans sa patrie, puis, se réfugier: 6. Étage très bas entre deux planchers; 7. Mesure de capacité, voisine d’un litre, et vase qui contient une pinte.

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latiques de maître Alcofribas Nasiert. Ce sabbat? de découpures noires, s’agitant et fourmillant derrière les figures réelles, semblait s’en moquer et en faire spirituellement la parodie’. Les habitués du bouge, assis sur des bancs, s’accoudaient sur des tables dont le bois tailladé d’estafilades*, chamarré de noms gravés au couteau, tatoué de brûlures, était gras de sauces et de vins répandus; mais les manches qui l’essuyaient ne pouvaient pour la plupart être Salies, quelques-unes même étant percées au coude n’y compromettaient que la chair du bras qu’elles étaient censées revêtir. Eveillées au tintamarre du cabaret, deux ou trois poules, Lazares emplumés, qui à cette heure éussent dû être juchées sur leur perchoir, s’étaient glissées dans la salle par une porte communiquant avec la cour, et picoraient sous les pieds et entre les jambes des buveurs les miettes tombées du festin.

Quand Jacquemin Lampourde entra au Radis couronné, le plus triomphant vacarme régnait dans l’établissement. Des gaillards à mine truculentef, tendant leurs pots vides, frappaient sur les tables des coups de poing à tuer des bœufs et qui faisaient trembler les suifs emmanchés dans des martinets’ de fer. D’autres criaient «tope et massef» en répondant à des rasades.

Ceux-ci accompagnaient une chanson bachique*, hurlée en chœur avec des voix aussi lamentablement fausses que celles de chiens hurlant à la lune, d’un cliquetis de couteau sur les côtés de leurs verres et d’un remuement d’assiettes tournées en meule. Ceux-là inquiétaient la pudeur des

Maritornes!°, qui, les bras élevés au-dessus de la foule, por-

taient des plats de victuailles fumantes et ne pouvaient se défendre contre leurs galantes entreprises; quelques-uns pétunaient!1 dans des pipes de Hollande et s’amusaient à

souffler de la fumée par les naseaux.

1. Anagramme de François Rabelais, formé par lui-même; 2. Le septième jour de la semaine chez les Juifs, jour de repos, et jour choisi par les sorciers; 3. Imitation ridicule; 4. Primitivement, blessure faite par un étrier, staffa ; 5. Peu spirituel; 6. De frucem : farouche:

… 7. Petit chandelier à manche: 8. Termes bachiques de gens qui se portent des santés;

9. Chanson à boire: 10. Corruption pour Malitornes : mal tournées, grossièrement bâties: 11. Fumer du petun, ancien nom du tabac. Le tabac désignait d’abord la pipe où l'on fumait le petun. Les deux mots viennent des Antilles. Le pétunia est une plante dont la fleur rappelle

celle du tabac.

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