‹ Pages d'art chrétien (volume 2)Chapitre 17 sur 41 · LE PROPHÈTE ÉZÉCHIEL · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE ÉZÉCHIEL

la lettre à Fatucci, citée au début, on aura remarqué l'expression me forçade peindre .

Enfin, dans une de ses poésies, il y revient et déclare qu'il n'est pas peintre : io non essendo pittore.

Mais, en bonne critique, qu'est-ce que cela veut dire? Que Michel-Ange, porté par goût aux travaux de sculpture, regrettait toujours le projet du Tombeau abandonné, et ne regardait la peinture que comme un pis aller. A cet homme qui rêvait de marbres vivants plus beaux que ceux des temples antiques, on offrait une voûte à décorer. Alors, ses regrets s'exhalent en plaintes où se mêle un peu de coquetterie. Et c'est tout. Ses biographes ont inventé le reste.

D'ailleurs, la peinture ainsi comprise était faite pour lui plaire. Il trouvait, en effet, en elle le seul procédé assez rapide pour réaliser ses rêves colossaux. Son imagination titanesque, inlassable de créer, ne pouvait que gémir des lenteurs de la sculpture. Dans le temps qu'il mettait à tailler une statue, n'était-il pas capable

l'AGES I> ART CHRETIEN

d'en créer cent avec son pinceau? Ce statuaire fiévreux devait donc aimer de peindre, depuis la commande de Soderini. Et, sans doute, vit-il dans l'offre du Pape une occasion favorable de créer rapidement, et sans se heurter aux obstacles d'une matière rebelle, tout le monde de formes dont son cerveau était lourd.

En fait, il n'a pas fait d'œuvre qui ait plus convenu à son tempérament. C'est même la seule qu'il ait menée à bonne

Phot. Andcrson.

CHAPELLE S1XTINE — IGNUDUS

fin, la seule entière et parachevée qui nous reste de lui. Tous ses projets de sculpture, ceux qui lui tenaient le plus à cœur, ont abouti à un lamentable échec. Le tombeau de Jules II réalisé n'est que la caricature de celui qu'il avait projeté, et le Moïse y apparaît dépaysé. La chapelle des Médicis n'a qu'un lointain rapport avec ce qu'il avait rêvé. Quant à la façade de San-Lorenzo, dont il voulait faire le miroir de l'architecture et de la sculpture italiennes, ainsi qu'il l'écrit à

Buoninsegni en juillet 1 5 17, il y peina inutilement deux années, extrayant des carrières toute une montagne de marbre.

Qu'en reste-t-il? Une statue, le Christ de la Minerve.

Dans cette série de projets grandioses avortés qu'est sa vie, la voûte de la Sixtine apparaît donc unique. Là, ce qu'il a voulu faire, il l'a fait. De toute son œuvre, c'est ce que je préfère.

Mais est-ce bien là un art de peintre? Non. En peignant cette voûte, Michel-Ange a fait œuvre de sculpteur, et la Sixtine se trouve être un recueil de statues. Il était si essentiellement statuaire qu'il concevait toujours en sculpteur, même quand il peignait.

Aussi, point de vastes ensembles savamment ordonnés comme chez Raphaël, mais de sublimes morceaux, des figures individuelles incomparables,devant lesquelles toutes les autres pâlissent, même celles de Raphaël. Qu'est-ce, au fait, que les 7 Prophètes, les 5 Sibylles, les 20 Ignudi, les 36 Ancêtres du Christ, les 58 enfants cariatides et les 24 figures nues des écoinçons? Des statues peintes. Au milieu de ce décor prodigieux, mêlé à une architecture simulée, qui tient surtout de l'ornementation en relief, les neuf compositions centrales consacrées aux premiers chapitres de la Genèse, et celles des quatre angles apparaissent elles-mêmes comme des panneaux sculptés réduits à quelques figures, parfois même à une seule. Au milieu, trois seulement, le Déluge. Noé et le Sacrifice: deux aux angles, le Serpent d'airain et Holopherne, affectent l'allure du tableau.

Ce n'est pas que les qualités décoratives manquent à cette composition. Elles y sont au contraire très remarquables, comme le fait remarquer Charles Blanc, dans son Histoire des peintres :

« On est habituégénéralement à regarder Michel-Ange comme un dessinateur qui

MICHEL-ANGE, PEINTRE DE LA SIXTINE

Phot. Andersen.

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