FIG. I — FRESQUE DES CATACOMBES SAINTS PIERRE
ET MARCELLIN (llle S.)
(Phot. Wilpert. Peint, des Catac.)
» écrit par le prophète : Et toi, Bethlehem, » terre de Juda, tu n'es pas la moindre » parmi les chefs-lieux de Juda, car c'est » de toi que sortira le chef qui doit paître » Israël mon peuple. » Alors Hérode ayant fait appeler secrètement les mages, leur demanda le temps précis où l'étoile était apparue, et, les envoyant à Bethlehem, il dit: « Allez, informez-vous soigneuse- » ment de l'enfant, et quand vous l'aurez » trouvé, avertissez-moi, pour que j'aille « aussi lui rendre hommage. » Et après avoir entendu le roi, ils s'en allèrent, et voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait, jusqu'à ce que, arrivée
à l'endroit où était l'enfant, elle s'arrêta. Et en voyant l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. Et étant entrés dans la maison, ils virent l'Enfant avec Marie sa Mère, et ils se prosternèrent devant lui pour lui rendre hommage; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Et avertis en songe de ne point retourner près d'Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »
C'est ainsi que, seul des quatre évangélistes, saint Matthieu, au début de son Évangile, raconte l'épisode des mages venus à Bethlehem pour adorer l'Enfant Jésus. Son récit, encore qu'il ne nous apprenne rien sur les mages eux-mêmes, vaut d'être transcrit en entier, puisqu'il est, somme toute, l'unique source d'information sérieuse à laquelle puisse puiser sans crainte notre curiosité déçue. Étant d'ailleurs le thème original sur lequel s'est exercée l'imagination des artistes, il est la préface obligée de cette étude iconographique.
Qu'étaient-ce que ces mystérieux personnagesque l'Asie païenneenvoyait ainsi en ambassade au Christ nouveau-né?
Étaient-ce de ces prêtres chaldéens à la fois devins et astronomes dont parle le prophète Daniel ? Ou bien de ces magiciens astrologues dont il est question dans les Actes des apôtres? Ou bien encore des prêtres d'Arabie, des dignitaires de la caste sacerdotale des Perses, ou des sortes de Sages et de savants? Leur nom de mages évoque le souvenir de la Chaldée, tandis que leurs présents ont un parfum d'Arabie, et, renseignés à demi, après avoir lu le récit évangélique que l'Esprit- Saint voulut imprécis, nous demeurons hésitants sur leur véritable origine comme sur leur exacte qualité. Ce n'étaient pas des magiciens vulgaires, encore moins des roitelets, des chéïks ou des potentats couronnés. C'étaient des hommes consi-
LES ROIS MAGES D APRES LES ARTISTES
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F1G. 2 — FRESQUE DES CATACOMBES DE DOMIT1LLE (IIIe S.) (Phot. Wilpert. Peint, des Catac.)
dérables, venus des pays au delà du Jourdain, revêtus sans doute d'un caractère religieux, et tels qu'ils avaient droit aux honneurs dont Hérode les entoura.
L'art, après avoir vu simplement en eux de grands personnages accourus de l'Orient, en a fait des rois venus des trois parties du monde d'alors. Il a successivement, et pour répondre aux questions posées, fixé leur nombre, leur âge, leur physionomie, leur dignité, et inscrit leurs noms au bas de leurs effigies reconstituées. C'est à montrer en quoi a consisté cette réalisation progressive par l'image du récit évangélique que seront employées ces quelques pages.
Jusqu'à ces derniers temps, il était assez difficile de se faire une idée sans lacune de l'iconographie des mages. Après l'article d'ordre restreint de Martigny dans son Dictionnaire des antiquités chrétiennes, et lechapitre superficiel, d'ailleurs limité à l'art italien, que lui consacre Venturi dans la Madone, on n'avait guère quequelques pages fragmentairesde l'abbé Broussolle dans le Christ de la Légende dorée, quelques autres trop courtes de M. Emile Mâle dans son admirable livre l'Art religieux au xmfi siècle, et le rapport de Bayet sur l'ambon de Salon ique. A part cela, on en était réduit aux ouvrages généraux sur les Catacombes, l'art byzantin, l'art gothique, qui parlent incidemment de la représentation des mages. Et ces ouvrages, sauf ceux consacrés aux Catacombes, ne donnaient guère que des bribes de renseignements. Pour être com-
plet, il y avait encore un fascicule de M. Fernand de Mély dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belleslettres sur le coffret de Saint-Nazaire de Milan, quelques lignes du même dans la Revue numismatique sur l'argent des mages, conservé à Milan, un article de Samuel Berger dans Mélusine sur les trois noms donnés aux mages, et c'était à peu près tout, à moins d'aborder dans les revues d'archéologie la multitude croissante des études iconographiques et d'y glaner péniblement les renseignements épars qui s'y trouvent. Il manquait une synthèse, et il manquait surtout le principal, qui est: un catalogue complet et raisonné des œuvres d'art avec photographies à l'appui. Dans ces conditions, une étude d'ensemble sur les mages était ardue au point d'en devenir irréalisable. Je le sais pour l'avoir essayée.
C'est maintenant chose aisée, grâce aux deux volumes illustrés qu'un Allemand, M. Hugo Kehrer, vient de lui consacrer sous le titre : Les trois saints ?~ois dans la littérature et l'art (1). Par ses illustrations, seules, au nombre de 349, ce livre en apprend déjà beaucoup au lecteur préparé qui les regarde attentivement.
Nous avons là, en effet, soigneusement cataloguées et datées, les principales œuvres d'art, fresques, sculptures, ivoires, miniatures, tableaux, antérieures à la Renaissance, où se voit la scène de l'Épi-
(l) Die heiligen drei Kcenige in Literatur und Kunst. Seeman, éditeur, à Leipzig.
phanie. Ce n'est pas que le travail soit définitif, comme on l'a dit. M. Emile Mâle, repTenantda.ns\3i Galette des Beaux- Arts une idée qui lui est particulière, a reproché à l'auteur de connaître très peu l'art français du moyen âge et pas du tout celui de l'Espagne; mais, pris en général, les éloges que lui a décernés M. Sanoner dans la Revue de l'A rtchrét ien demeurent vrais, à condition de leur donner comme correctit les réserves formulées par le R. P. Delehaye dans les Analecta Bollandiana au sujet de l'historicité du récit de saint Matthieu et de la distinction à établir entre la fête de l'Epiphanie et la dévotion relativement moderne aux rois mages. M. Kehrer a presque tout lu de ce qui concerne son sujet, comme en
témoignent ses innombrables références et les quinze pages de bibliographie qui terminent chaque volume, et il apporte sur certains points des idées personnelles intéressantes. Il ne saurait être question de faire passer toute l'érudition du savant allemand dans cette étude, simple article d'un iconographe qui explique de vieilles images. Aussi sera-t-il peu question des textes. N'ayant en vue que l'évolution d'un thème artistique, nous nous en tiendrons à peu près aux seuls monuments figurés pour montrer comment et de quelles diverses manières les artistes ont représenté les mages, fixant et précisant peu à peu leur personnalité. Encore, de cette longue histoire qui va des fresques des Catacombes aux tableaux de la Renais-
ot. Alinari.