FIG. 8 — RELIQUAIRE EN IVOIRE DU MUSÉE DE CLUNY; FRAGMENT (AN I
Coiffure et habits sont ici byzantins aussi bien que le type lui-même, et non orientaux comme auparavant. Les mages ne sont plus des prêtres de Mithra vêtus à la persane, ou des Mèdes exotiques : ce sont de grands seigneurs de la cour de Byzance. (Fig. 6.)
Et ceci achemine les artistes vers une transformation nouvelle, plus radicale encore, qui s'opère au xe siècle et qui change complètement la personnalité même des mages. Donc, un peu avant l'an 1 000, la couronne royale remplace sur le front des mages la mitre orientale, le bonnet phrygien, et les mages deviennent les rois mages.
C'est l'Allemagne qui prend l'initiative de cette transformation, la plus importante que connaisse cette histoire. De l'art allemand, l'e type s'étend à tous Les centres artistiques; et, dans l'art carolingien comme dans l'art byzantin, on s'habitue dès lors à figurer les mages en rois, sceptre en main, couronne en tête, revêtus du manteau royal ou impérial. Basileus byzantins ici, empereurs d'Occident là,
rois de France chez nous, les mages sont désormais de grands potentats, des chefs d'empire, de puissants souverains, quelque chose comme ces sultans magnifiques qui régnent encore au fond de l'Asie, dans les pays d'Extrême-Orient. Ainsi les voyonsnous peints dans le Ménologe basilien de la Bibliothèque Nationale (an 976), qui est le plus ancien exemple de cette figuration, dans le Codex Egberti, conservé à la bibliothèque de Trêves (an 980), dans le Codex Aureus du musée de Gotha (an 983), et sur un sacramentaire roman de la Bibliothèque Nationale de Paris, pour ne citer que les premiers en date. (Fig. 7.) A quoi faut-il attribuer une modifica-
tion aussi profonde dans l'idée que les artistes se faisaient des mages? Simplement à l'influence de deux passages prophétiques de l'Ancien Testament souvent cités par les prédicateurs, celui-ci des psaumes :
Les rois de Tarsis et des îles payeront des tributs ;
Les rois de Séba et de Saba offriront des présents (1).
et cet autre d'Isaïe :
Des nations marchent à ta lumière
Et des rois à la clarté de tes rayons (2).
Déjà, au ivc siècle, saint Jean Chrvsos-
Phot. Giraudon.