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qui vient de la terre et non du ciel. Fra Angelico a ouvert les yeux sur les réalités d'ici-bas. Ilya dansces scènes, par exemple dans Saint Laurent distribuant des aumônes, un accent naïf de vérité et une franchise d'observation familière qui nous montrent le pieux moine sincèrement associé au mouvement naturaliste de son temps. Voyez ces estropiés au corps débile, cet aveugle à la marche hésitante, ces deux enfants au geste querelleur ! Son spiritualisme se tempère de naturalisme ainsi qu'il convient. Il nous apparaît là non plus comme le dernier des giottesques, mais comme le premier des renaissants.
Et puis, voici qui est nouveau encore : des pilastres fantaisistes, la colonnade de Saint-Pierre en perspective, des soldats vêtus à la romaine d'après l'archéologie du jour, l'aigle des Césars et un empereur qui paraît authentique, des niches où prennent place des statues antiques, tout un décor d'architectures classiques donné comme cadre aux personnages. Le Pape qui remet à saint Laurent agenouillé le calice et la patène, insignes du diaconat, a les traits de Nicolas V; c'est le portrait du Pape régnant. Nous reconnaissons sa pâleur, ses yeux vifs et son nez qu'on nous dit très long. Dans la fresque suivante, Sixte II a le masque d'Eugène IV, cet autre ami du peintre. C'est encore un portrait, et il en est d'autres certainement car tous ces visages sont criants de vérité. Le soldat qui cherche à forcer l'entrée du palais pontifical est d'un mouvement admirable, souple et très observé. Le bourreau qui maintient saint Laurent sur son gril est dessiné comme une académie, et tous ces juifs ont été vus certainement dans le ghetto de Rome. A examiner tout cela de près, on a l'impression très nette que Fra Angelico a étudié la peinture contemporaine, entre autres les fresques de Masaccio et de Masolino à Santa-Maria del Carminé de Florence. Son regard, qu'on nous disait perdu dans un rêve sans fin, s'est abaissé sur ce qui l'entoure. Il a vu les Grecs et les Orientaux qui vinrent
àFlorence à la suite de Jean Paléologue, et du patriarche de Constantinople pour le Concile de 1439; il a noté leurs costumes bizarres et leurs exotiques physionomies. C'est eux, certainement, qu'il a voulu représenter en ces étrangers somptueux, mêlés aux familiers de l'empereur Valérien. Enfin, il se préoccupe d'anatomie et de perspective, d'art antique et de reconstitution archéologique, et il cherche à perfectionner sa technique. Le renouveau naturaliste qui commence ne le laisse pas indifférent, et le voici qui rêve d'une transition entre le moyen âge finissant et la Renaissance encore à ses débuts.
Où donc de mauvais critiques ont-ils vu qu'il ne fut qu'un imagier de sacristie, étranger à l'art de son temps, qui toujours usa des mêmes formules et des procédés naïfs de l'enluminure? Est-ce donc parce qu'il fut moine et saint qu'ils veulent le reléguer dans l'imagerie pieuse en l'expulsant de l'art italien?
Au moment où Fra Angelico — de son vrai nom Gui do di Pietro, da Mugello, en religion Fra Giovanni da Firenze ou da Fiesole — œuvra si merveilleusement, cet art florentin du xve siècle, en marge duquel on le veut mettre, était dans une période d'effervescence et de renouvellement. Deux tendances opposées, le spiritualisme mystique et le naturalisme païen, se disputaient le domaine de l'art. Les naturalistes d'alors s'appelaient : Masolino da Panicale, Paolo Ucello, Domenico Veneziano, Andréa del Castagno, Masaccio, FraPhilippoLippi. Ils avaient comme pendant dans le mande des sculpteurs :
Jacopo délia Quercia, Ghiberti, Donatello- Brunelleschi, auxquels on peut joindre l'architecte Michelozzo. Les spiritualistes contemporains, ou à peu près, étaient : Gherardo Starnina, Gentile da Fabriano, Vittore Pisano. Fra Augelico, ancien élève peut-être de Starnina, chez qui il avait eu Masolino comme compagnon d'atelier, prend place dans le second groupe avec Benozzo Gozzoli, son élève, le futur et magnifique décorateur du palais Riccardi,
FRA ANGELICO ET LA CHAPELLE DE NICOLAS V AU VATICAN
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On aperçoit les deux Kindcs où g 'étage ni les huit docte us dam celle du bas,
ofi dîstingui lise et saint Augustin.
Plus poètes qu'observateurs, se faisan •
l'art une idée toute morale et presque religieuse, la beauté les preoecupait davant
que l'exactitude, et ils sacrifiaient sans
de San-(ji?nitfnati<> et du Campa SantO de Pite.
spiritual istes personnifiaient le
grand courant mystiqu: du moyen I
hésiter la vraisemblance à leur imagination. Les naturalistes incarnaient l'humanisme naissant ; ils étaient la première Renaissance.
Peintres avant tout, ils apportaient dans l'interprétation des sujets sacrés un amour de la réalité, un studieux enthousiasme pour la nature et pour la vie, une indépendance croissante qui leur faisaient substituer l'allégorie palpable au pur symbole.
C'était la lutte éternelle de l'idéalisme et du réalisme, de l'idée et de la forme.
De ces deux conceptions d'art, l'une, la seconde, devait tuer l'autre et triompher définitivement avec la génération suivante de naturalistes :Pesellino,Baldovinetti, les Pollajuoli, Verrochio, Lorenzo di Credi.
Ceux-là, ouvriers habiles, peintres savants plutôt qu'artistes, plus préoccupés de techniqueque d'art, prépareront par leurs recherches réfléchies l'éclosion des grandsgénies du xvie siècle.
FraAngelico, avant de mourir, pourra
deviner la défaite prochaine de son école et l'abandon de ses idées : il mourra, du moins, avec la consolation d'avoir fixé en d'inoubliables visions l'idéal religieux de ce passé qui mourait avec lui.
VBSTTVRA