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PANTOCRATOR DE PALERME

Coupole de la chapelle palatine

Mosaïque (xn° s.)

nazaréenne et au nimbe croiseté, reste la règle générale. Créé, nous l'avons dit, par les mosaïstes gréco-romains du ive siècle, il leur a été emprunté par les autres artistes, et nous le retrouvons partout, finement sculpté en l'ivoire des triptyques, patiemment colorié sur le parchemin des manuscrits, sommairement frappé sur le métal des monnaies. Fixé au début de l'art byzantin, il en suit le cours et en partage les destinées. Épique et tout imprégné d'art grec, avec lui, au début, il revêt dès le vne siècle un aspect barbare et grossier qu'il faut simplement attribuer à l'ignorance impuissante et non à une idée théologique sur la laideur du Christ.

Après l'interruption causée par l'iconoclasme, la renaissance ma- . cédonienne lui insuffle à nouveau un peu de la beauté antique en même temps qu'un sentiment nouveau de l'élégance et une inclination aux formes .ourmentées (i); et quand, au xme siècle, l'art byzantin sombre en éditant le ne

varietur de son iconogra-

phie, le type du Christ se fige, stéréotypé, en quelques formes anguleuses que par respect aucune main orientale n'osera plus briser (2).

Un jour vint pourtant où les artistes d'Occident, fatigués de travailler alla greca se débarrassèrent des entraves sous lesquelles étouffaient leur âme et demandèrent à l'étude de l'être vivant le secret d'une vie nouvelle, renouant ainsi les plus saines traditions de l'art hellène. En Italie,

(1) Cathédrale de Kiev, couvent de Daphni, monastères de l'Athos, xi" siècle.

(2) Il y eut cependant une renaissance sous les Paléologues, au xiv* siècle.

IMAGES DU CHRIST

ce mouvement se rattache à Giotto. Car Giotto, c'est l'art moderne encore enfant qui s'échappe en criant des bras de sa nourrice byzantine et se défait des langes étroits dans lesquels celle-ci l'avait jusquelà emmailloté. La comparaison est à la fois à l'éloge de la nounou soigneuse et du bébé récalcitrant.

En France, il manque un nom qui puisse servir de fiche parce que nos sculpteurs et peintres du xme siècle forment une cohorte anonyme et silencieuse. Nous verrons tout à l'heure sous quel aspect cet art d'Europe envisagea le Christ Mais, auparavant, il convient de s'arrêter un instant aux images célèbres que la piété chrétienne s'est plu à entourer d'une auréole d'antiquité.

Pour le Christ comme pour la Madone, la légende remonte jusqu'aux temps apostoliques. Elle cite un peintre, saint Luc, et un sculpteur, Nicodème. On montre, en effet, à Lucques, sous le nom de « Santo Volto », le crucifix de bois qu'aurait sculpté le pharisien disciple de Jésus, et à Rome, dans la chapelle Saint-Laurent dite Sancta Sanctorum, le tableau que l'évangéliste-médecin aurait peint et qu'auraient achevé les anges. La légende raconte aussi que Notre-Seigncur envoya lui-même son portrait avec une lettre à Abgar, roi d'Édesse, qui le lui avait demandé. L'église de Saint-Sylvestre in capile, à Rome, et celle de Saint-Barthélémy, à Gênes, se disputent l'honneur de posséder ce portrait.

Vierges de saint Luc et Christ de Nicodème, Madones achéropites et portraits du Sauveur peints par l'évangéliste ou les anges, toutes ces images tard venues se défendent mal contre la critique et le silence des premiers siècles. L'archéologue chrétien prononce à leur sujet l'épithète

CHRIST GLORIEUX l'ympan de la cathédrale de Chartres (xu« s.)-

d'apocryphe (i) et les attribue pour la plupart à la période byzantine. Il est difficile, en effet, de voir en elles autre chose que le fruit d'une préoccupation très excusable, celle de combler la lacune de la tradition à ce sujet.

Les docteurs du 11e siècle avaient pu discuter longuement la question de savoir si le Christ était beau ou laid, sans qu'aucun d'eux pût jeter dans la balance un argument aussi décisif que celui d'un portrait. Les portraits authentiques n'existaient pas encore. Et l'Église, prudente, laissa débattre la question sans prendre parti. Saint Irénée constat alors l'absence d'un type primitif. Saint Augustin avouait encore au ive siècle qu'on ignorait quels étaient les traits du Christ et que chacun l'imaginait à sa façon . D'autres que le grand évêque d'Hippone n'ont pu se résigner à ne pas Je savoir et ont voulu W nous le dire. Du vin* au xive siècle, documents et portraits aux origines merveilleuses sont venus suppléer au mutisme de l'Évangile et des anciens écrivains ecclésiastiques. Aucun d'eux n'a jamais pu faire valoir des titres qui permettent de l'accepter sans hésitation. Il est à remarquer que l'argument de saint Luc ne fut pas invoqué contre les iconoclastes au VIIe Concile de Nicée.

D'autres monuments appellent des remarques analogues. C'est ainsi que la terre cuite donnée par M. Perret comme provenantdescatacombes neremontepasau delà du xve siècle. La médaille juive à légende hébraïque découverteen 1898 par M. Dover d'Agen chez un marchand du Campo dti Fiori à Rome, et dont s'était déjà occupée

(1) Marucchi, li 1 '• chrétitHitê, t. 1",

p. 102 cl IU i.

PAGES D ART CHRETIFN

l'Académie royale d'Irlande en 181g-, ne saurait prétendre à une plus haute antiquité. Restent la Sainte Face de Rome et le Saint Suaire de Turin . On n'a pas pour la Sainte Face de témoignages antérieurs au xie siècle (i). Le Saint Suaire offre encore moins de garanties. Les textes nous le montrent apparaissant au xive siècle à la collégiale de Lirey. Il y est alors tenu officiellement pour une reproduction peinte du corps du Sauveur enseveli. Mais peu à peu la pompe de l'ostension laisse naître et se développer dans le vulgaire la croyance opposée.

L'évêque de Troyes, Pierre d'Arcis, soutenu par le roi Charles VI, réagit contre cette tendance, et finalement le pape d'Avignon, Clément VII, oblige les chanoines de Lirey à proclamer, au moment de l'ostension, que ce n'est pas le vrai suaire de Notre-Seigneur et sa vraie effigie, mais seulement une image représentative. Ce n'est qu'au xvie siècle que tout doute disparaît; la relique est alors devenue définitivement la propriété des ducs de Savoie. Il y a quelques années, un phénomène photographique vint remettre en question l'origine miraculeuse de ce Christ mort. M. Pia, en effet, photographiant le Saint Suaire de Turin en 1898, obtenait

(1) Gpimouard de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, II, p. 220. On croyait alors que cette empreinte venait du Jardin des Olives. Sur l'origine récente de la VI" station,- voir Huit jou rs à Jérusalem, publiés à la Maison de la Bonne Presse, p. 74.

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