‹ Pages d'art chrétien (volume 3)Chapitre 4 sur 44 · LE BE\U DIEU D'AMIENS (XIH« S · texte numérisé non relu

LE BE\U DIEU D'AMIENS (XIH« S

sur sa plaque un positif. On en conclut que l'image empreinte sur l'étoffe était un négatif et par suite une image authentique du Sauveur, d'origine miracu'euse. Les expériences de M. Paul Vignon, obtenant l'image négative d'une médaille et d'un masque à l'aide de vapeurs de zinc ou ammoniacales, furent regardées comme une confirmation. Mais, comme il est possible d'obtenir directement un positif en chambre noire ; comme, en outre, les valeurs photogéniques d'une peinture peuvent se renverser à la suite de réactions chimiques, il est prudent, si l'on ne veut pas être dupe, de s'en tenir aux textes invoqués par M. le chanoine Ulysse Chevalier et que je viens de résumer.

11 est une image disparue depuis de longs siècles pour laquelle un point d'interrogationdemeure aux yeux de certains. C'est le groupe en bronze de Panéas, représentant, dit Eusèbe qui Ta vu, l'hémorroïsse aux pieds de Jésus, témoignage de reconnaissance de cette femme guérie. La durée de cette double statue jusqu'au ive siècle, malgré l'orage destructeur de la persécution, aussi bien que son origine extraordinaire étonnent un peu, et l'on a pu conjecturer avec quelque vraisemblance que le sujet réellement représenté était, non Jésus-Christ et l'hémorroïsse, mais une province romaine faisant hommage à l'empereur comme à son sauveur. Ce dernier mot inscrit sur le socle aurait été la source de la légende. Mais M. Marucchi, dont j'invoque ailleurs l'autorité contre

IMAGES DU CHRIST

saint Luc et Xicodème, ne peut se résigner à admettre une pareille bévue chez l'historien ecclésiastique du ive siècle, et je n'ose émettre ici une opinion différente de la sienne.

Passons sans transition à l'art français du moyen âge. Il n'y a pas lieu de s'arrêter aux représentations grossières dont se contenta notre art national, encore barbare, jusqu'à la fin du xie siècle. Parmi celles du xne etdu xme, nousenretiendrons trois : le « Christ glorieux » des portes romanes, le « Christ juge » des tympans gothiques et 1' « Homme Dieu » adossé aiïx trumeaux des portails des cathédrales.

L'église de Yézelay (Yonne) nous offre un exemple du premier. Dans le tympan qui surmonte le portail intérieur, le Christ, gauchement assis, enveloppé d'une gloire ovale, étend les deux bras; les apôtres, plus petits de moitié, se pressent autour de lui, un peu comme des pygmées autour d'un géant. Et tout dans ce Christ est étrange : la tête aux joues longues et plates, aux grands yeux saillants, à la bouche trop petite; les mains énormes, deux fois

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CHRIST JUGE Tympan de la cathédrale de Chartres (xm« s.)

plus grandes qu'il ne faudrait; la plissure menue, serrée, de la draperie, à la façon des derniers ivoires byzantins. Celui d'Autun est encore plus étrange. A Chartres, les quatre animaux d'Ézéclïiel et de saint Jean, emblèmes desévangélistes, occupent seuls le tympan à droite et à gauche du « Christ glorieux ».

Ce type fut vite abandonné. Le génie

français, fait d'observation et d'esprit,

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ne pouvait se contenter longtemps d une

conception aussi abstraite, propre à l'art sorti des abbayes romanes. A ces tailleurs d'images, plus caractéristes qu'idéalisateurs, il fallait un Christ, agissant et un sujet tout en action. Le jugement dernier s'harmonisait mieux avec leur tempérament amoureux du dramatique que la vision apocalyptique, trop difficile à comprendre. Ils sculptèrent donc sur les portails gothiques le « Christ juge » des derniers jours. 11 faut examiner attentivement les tympans de nos cathédrales pour voir la V€rve avec laquelle nos vieux imagiers Ont SU tirer parti de ce sujet.

I>. uis la partie supérieure, quatre anges portent les instruments de la Passion. Au

centre, le Christ assis, la poitrine nue, montre ses plaies. La Vierge et saint Jean sori't à sa droite et à sa gauche ainsi que deux anges céroféraires. Dans un coin, le soleil et la lune pleurent. Au-des sous, sur une bande ou deux superposées, les morts ressuscites soulèvent les dalles de leurs tombeaux dans un pêle-mêle des plus pittoresques. La séparation des bons et des mauvais, des boucs et des agneaux, occupe la zone inférieure.

Elle est divisée en deux par un ange tenant en main une grande balance où se pèse le poids des âmes et deleurs bonnes œuvres. Et, des deux côtés, une procession très contrastante s'organise: àgauche, tumultueusement, des diablotinscornus poussent avec des fourches, traînent avec des cordes leè damnés vers une grande chaudière en forme de tête monstrueuse renversée dont

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