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INTÉRIEUR DE SAINT-PIERRE DE ROME

au contraire, l'appareil est colossal et les lignes architectoniques le chevauchent sans jamais s'y adapter.

Une telle méthode a pour résultat de parler clairement aux yeux. Aussi, prenez le plan en élévation d'une église gothique, vous en saisissez immédiatement les dimensions exactes. Point n'est besoin d'y dessiner une de ces silhouettes humaines qui tacilitent l'estimation au jugé. Pareille figure à titre de point de comparaison est inutile, car l'homme y est déjà.

Il est partout dans la statuaire et les verrières, dans les balustrades et les bases, dans les colonnes et les ouvertures, qui toutes supposent ou rappellent sa présence.

Le choix de cette mesure ne tire pas seulement sa logique et son efficacité du fait que les monuments doivent avoir l'échelle de leur destination, c'est-à-dire celle de l'homme pour qui ils sont bâtis. Il y a en plus que ce système de mensuration est celui même de notre œil. Le

SAINT-PIERRE DE ROME ET NOTRE-DAME DE PARIS

mètre est une mesure factice créée par la science et dont le maniement ne nous est pas naturel. La toise est un étalon réel, que nous appliquons instinctivement.

Quand nous regardons un édifice, le mode inné dont nous nous servons pour en mesurer l'élévation n'est pas le calcul en mètres, mais l'estimation en hauteurs d'homme. La toise est une ouverture de compas que nous avons dans l'œil. Tout monument gothique portant en lui-même son échelle, et cette échelle étant notre étalon ïamilier, parce qu'elle est la nôtre, nous en devinons au premier regard les dimensions réelles, bien qu'affranchies de tout chiffre.

Les architectes gothiques ne s'en sont pas tenus là; ils ont encore eu recours aux artifices que l'art leur suggérait.

Les lignes verticales sont multipliées et accentuées de façon à donner une impression de hauteur. Des divisions horizontales les fractionnent, qui permettent de calculer rapidement. Un membre d'architecture ne dépasse pas i5 mètres. Si le programme comporte une plus grande élévation, l'architecte tracera un second étage, car l'idée d'agrandir une forme ne lui vient même pas à l'esprit. Dans les parties hautes, il multipliera les détails, beaucoup plus que dans le bas, et d'aucuns, trop raisonneurs, seront tentés de les trouver inutiles, parce qu'ils ne les distinguent pas nettement, Mais c'est au contraire cela qui fait leur nécessité. Car il en est d'eux comme des milliers de feuilles qu'un arbre porte sur sa cime. Leur nombre, par cela même qu'il est incalculable, donne une impression d'infini, et c'est ce qu'on a voulu. Enfin, à l'intérieur des formes, le morcellement sera volontairement menu, et on subdivisera indéfiniment, de façon à éviter les trop grands vides. C'est ainsi que la distance d'un meneau à l'autre, dans une fenêtre, ne dépassera pas im,25, et dans le vitrail lui-même l'armature de 1er dessinera des panneaux de i ou 2 mètres carrés seulement.

Que nous voilà loin des bons élèves de Vignole, experts à agrandir mécaniquement les ordres grecs et romains!

A l'aide de ces idées générales, le lecteur est à même de résoudre tout seul le problème posé au début de cet article.

Un parallèle entre Saint-Pierre de Rome et Notre-Dame de Paris lui permettra d'en faire l'application.

De quoi se compose la façade de Saint- Pierre? De deux membres seulement :

une colonnade et un attique. Deux étages à eux seuls ne donneront jamais l'impression d'une grande hauteur, ces deuxlà moins que d'autres, puisque ce sont des formes inexpressives et originairement petites. Et pour en apprécier la dimension, l'œil n'a que la statuaire et les ouvertures. Or, les statues ont 5 mètres de haut, et portes et fenêtres sont à leur taille. L'œil est donc dérouté. Cette façade de 5o mètres lui paraît en avoir 20 : il ne saurait en être autrement.

A la façade de Notre-Dame, l'artiste a commencé par établir cinq zones : les portails, la galerie des Rois, la rosace flanquée de deux fenêtres, la grande galerie à jour et les tours. Des espaces vides, surfaces de repos heureusement distribuées au-dessus de la première et de la troisième, évitent toute impression d'enchevêtrement. Le second, le quatrième et le cinquième étages sont subdivisés encore par une balustrade, qui, à l'avantage de porter le nombre des membres à huit, ajoute celui de rappeler l'échelle humaine. Celle-ci, d'ailleurs, se trouve indiquée partout, et dès l'abord, en bas, par la statuaire des portails où le Christ, la Vierge et les saints ont la taille des visiteurs qui les coudoient en entrant. Et quel balancement rythmé de forints et de lignes ! Au premier étage, où 1 sature verticale s'affirme pour diviser la largeur en trois compartiments, les salions de cercles brisés des portails forment comme trois voûtes au dos puissant sut lesquelles repose tout L'édifice. Au-dessus,

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