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ORIGINES ANGLAISES DU STYLE FLAMBOYANT

Depuis de Caumont et Viollet-le-Duc, nous sommes habitués, en France, à considérer le flamboyant comme une forme tardive et compliquée du gothique. Admiré des gens superficiels qu'il éblouit par sa richesse et ses outrances savantes, traité par les autres de décadence, il apparaît à tous comme la dernière étape du style français du moyen âge. Transformation ultime de notre gothique, qui l'aurait contenu en germe et dont il dériverait par voie de simple évolution, il ne serait donc que la dernière forme, la plus brillante, la plus gracieuse, la plus décorative de l'art de nos pères. Et son nom est devenu synonyme de gothique du xve siècle.

C'est là une façon de voir maintenant fausse après les travaux de M. Enlart, directeur du musée du Trocadéro, et dont la revision s'impose pour tout honnête homme soucieux de ne rien croire d'erroné. Le flamboyant, croirons-nous désormais, est un style anglais né au xme siècle, que la France a emprunté à l'Angleterre à la fin du xive siècle, 'et qui ne se rattache pas directement à notre gothique, bien qu'il garde la plupart de ses qualités. Ce style est celui que les Anglais appellent decorated ou curvilinear. A proprement parler, le flamboyant français n'est pas le decorated anglais tel quel, mais c'en est une adaptation. Nos architectes ont combiné les éléments de ce style d'une façon originale et avec la même liberté qu'ils mettront plus tard, au moment de la première Renaissance française, à s'approprier l'architecture italienne. C'est donc une importation ou une imitation étrangère, et ce n'est pas une évolution de notre gothique.

Pareille conclusion ne pouvait pas ne pas être combattue. File l'a été, en effet, par M Anthymc Saint-Paul dans le Bul-

letin monumental de 1906, par M. Beaunier dans le Supplément du Figaro du 22 avril 1908, et par M. de Lasteyrie dans le Journal des Savants de fé rier 1908. Mais, après la réponse de M. Enlart dans YUnion syndicale des architectes français de juin 1908, il me paraît que la cause est entendue. Et, bien que les contradicteurs n'aient pas encore rendu les armes, on peut déjà, je crois, se prononcer.

Le flamboyant — le rappeler est absolument nécessaire — est caractérisé par les formes suivantes :

i° Les liernes et les tiercerons ajoutés comme nervures secondaires aux arcs de la voûte;

20 L'arc en accolade;

3° Les soufflets et les mouchettes des fenestrages, dont l'ondulation en forme de flammes a valu au style entier le nom de flamboyant;

40 Les chapiteaux annulaires et les bases allongées;

5° Les chardons, choux et autres végétaux déchiquetés employés comme ornementation ;

6° Les pénétrations de moulures;

70 La contre-courbe opposée systématiquement aux différentes courbes. Celle-ci, qui a engendré le tracé elliptique des fenestrages comme celui de l'arc en accolade, paraît être le principe générateur de tout le style.

Il faut y ajouter un élément négatif, la suppression totale du chapiteau en beaucoup de cas et un arrangement accidentel, les clés pendantes.

La question des origines étant posée, il faut raisonner de la façon suivante :

Si ces différents caractères apparaissent d'abord en Angleterre et s'introduisent postérieurement en France, on devra en conclure que le ilamhovant est anglais d'origine et que nos artistes Pont emprunté à leurs voisins d'outrc-.WancI: -t ce

qu'une chronologie comparée, pour chacun des éléments numérotés plus haut, démontre :

i° La voûte d'ogives à liernes et à tiercerons se rencontre en Angleterre depuis 1235. Celle de la nef de la cathédrale de Lincoln, par exemple, était achevée en 1237, et celle de la cathédrale d'Ely dans les six travées de l'Est fut commencée en 1234. En France, il apparaît un premier exemple en 1260, au transept de Notre-Dame d'Amiens, et un second, plus d'un siècle plus tard, en i3y5, à la chapelle Saint-Jean-Baptiste de la même cathédrale. Ce n'est qu'à partir de 1400 environ que ce système de voûte s'introduit chez nous et qu'on peut ajouter un troisième exemple aux deux exceptions précédentes. Celles-ci s'expliquent par des rapports plus spéciaux d'Amiens avec l'Angleterre. Nous voyons, en effet, qu'au xiiic siècle une des rues de la ville s'appelait rue Anglesque, à cause des nombreux établissements qu'y avaient les commerçants anglais, et une des chapelles de la cathédrale Sancta Maria Anglica. C'est aujourd'hui la chapelle Saint-Joseph et les vitraux en sont encore décorés de léopards.

20 L'arc en accolade se montre en Angleterre vers 1290, par exemple à la croix monumentale de Northampton, et y est usuel quinze ans après, dès le début du xive siècle, comme on peut le voir à la clôture du chœur de la cathédrale de Canterbury. En France, il n'est adopté qu'à partir de i38o. Avant cette date, il n'existe que deux exemples isolés, l'un au portail Nord de Saint-Urbain de Troyes, à la fin tout à fait du xme siècle; l'autre à la cathédrale d'Auxerre, au xive siècle. Or, à Troyes, le maître d'oeuvre s'appelle/oa/wes Anglicus, et Auxerre est alors occupée par les Anglais, qui la démantèlent.

3° Les fenestrages à soufflets et à mouchettes, qui ont valu au style flamboyant son nom imagé, sont, en France comme en Angleterre, contemporains de l'arc en accolade. C'est dire qu'ils sont usités chez

nos voisins quatre-vingts ans plus tôt que chez nous. On peut en voir au vestiaire de Merton Collège, à Oxford et à l'église d'Howden, qui sont datés de i3io. En France, nos plus anciens exemples, à Rouen, à Amiens et à Vincennes, sont du dernier quart du xive siècle.

40 Le chapiteau en forme de frise apparaît en Angleterre au xnr3 siècle; on peut en voir de cette date à la salle capitulaire de la cathédrale de Wells. Et il y est résolument adopté au xive siècle, au moment

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