VOUTE DE LA CATHÉDRALE D'ELY
où la France crée un type tout différent à corbeille surélevée garnie de deux rangs de touffes de feuillage. Le type de la frise annulaire ne se voit en France que dans les dernières années du xive siècle et est une des caractéristiques de notre xv9 siècle.
5° L'ornementation végétale déchiquetée du xve siècle français est celle du xive siècle anglais.
6° Les pénétrations de moulures sont originaires de Normandie, qui donna cette mode à l'Angleterre, laquelle la rendit plus tard à nos autres provinces. Mais, la Nor-
NOUVEAUTES SUR LE GOTHIQUE
mandie exceptée, l'art anglais est sur ce point en avance d'un demi-siècle sur l'art français. La chapelle Nord-Est de Sainte- Marie de Beverley, par exemple, nous montre ce genre de recherche dès le début du xive siècle.
La conclusion générale qui se dégage des faits cités par M. Enlart est la suivante : Le flamboyant apparaît en Angleterre un siècle avant de se montrer en France; la question des dates, à elle seule, prouve son origine anglaise. Quand il s'introduit en France et même avant, c'est-à-dire vers i36o, l'Angleterre l'a déjà abandonné pour adopter le style dit perpendiculaire, et, celui-là, nos artistes ne l'ont pas imité.
Ce qui achève de rendre suggestive cette chronologie comparée, c'est que l'apparition du flamboyant en France est partout causée par la présence d'un élément anglais. On en a vu plus haut trois exemples. En voici d'autres.
Au Mans, à Évreux et à Bordeaux, les débuts du flamboyant coïncident, comme à Auxerre, avec l'occupation anglaise.
Quand ce style est appliqué pour la première fois à Saint-Ouen de Rouen, en 1418, c'est un maître d'oeuvre du roi d'Angleterre, récemment débarqué, Alexandre de Berneval, qui dirige les travaux, et, après sa mort, c'est un architecte anglais, Thomas Wyllemer, qui lui succède. Enfin, si la cathédrale de Nantes est flamboyante, n'est-ce pas parce qu'elle fut commencée sous le règne de la duchesse Jeanne, épouse de Henri IV d'Angleterre?
A l'étranger, les mômes constatations vous obsèdent. Toujours et partout, c'est une main anglaise qui importe le style. A Rhodes, l'église Sainte-Catherine, bâtie au xiv* siècle, a des meneaux flamboyants : or, c'étaitautrefois la paroisse de la Langue d'Angleterre. En Chypre, le fronton de Saint-NicolasdeNicosie,élevéau xrv* siècle, est le plus ancien exemple de flamboyant dans ce pays ; or, cette église était celle de l'Ordre anglais des chevaliers de Saint- Thomas de Canterburv. En Portugal, le
flamboyant apparaît pour la première fois à l'église de Batalha; or, cette église fut fondée par la reine Philippe de Lancastre. En Espagne, dans les premières années du xive siècle, le cloître de Santa-Maria de Nieva montre des formes flamboyantes ; or, la fondatrice est ici aussi une Anglaise, la reine Catherine de Lancastre, et son blason se voit encore dans les sculptures.
Réunies, ces menues preuves emportent la conviction, parce qu'elles ont la force d'un faisceau et la rigueur d'un syllogisme. Comme elles heurtent une idée qui nous est familière et donc chère, on ne veut pas venir jusqu'à la conclusion. On y viendra.
Ce jour-là, Viollet-le-Duc, le maître auquel il faut toujours retourner pour ces questions, pourra être cité en faveur de la nouvelle thèse. Le génial gothicisant a, en effet, déjà démontré l'origine anglaise de la voûte à liernes et à tiercerons dans le tome IV de son Dictionnaire d'architecture, p. 1 17 et suivantes. Les liernes et les tiercerons, y est-il dit, sont en France un élément décoratif, en Angleterre un élément utile. En effet, dans la voûtegothique française, les joints des voutains sont perpendiculaires aux arcs doubleaux et formerets, tandis que, dans la voûte anglonormande, ils sont perpendiculaires à une ligne bissectrice qui passe entre ces mêmes arcs et les arcs ogives. Or, cette bissectrice n'est autre que le tierceron. Celui-ci a été créé pour soutenir dans les voûtes non bombées les liernes qui n'avaient pas assez de flèche pour être solides. La lierne est inutile dans les voûtes françaises; dans les voûtes anglo-normandes, elle est nécessaire pour cacher la rencontre des voutains. Si nos artistes du moyen Age ont appliqua à l'appareil français cette armature créée pour l'appareil anglo-normand, c'est qu'ils y ont vu un élément de deV mais ils l'ont lait sans rien changer à leur méthode parce qu'ils n'en comprenaient pas la raison.
Le jour OÙ l'on se sera rendu compte de
cette origine étrangère du flamboyant et
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de son introduction en bloc en France, on s'apercevra aussi que ses formes, qui nous apparaissaient gothiques, ne le sont en aucune façon, et que ce style ne se rattache pas à notre art du moyen âge. Au lieu que le gothique obéit à des raisons de structure, le flamboyant a pour élément générateur un simple caprice décoratif. C'est un système de décoration, non une méthode de construction comme notre gothique. Celui-ci a eu une évolution logique : celui-là apparaît complet et parfait du premier coup et n'a jamais changé.
Le flamboyant n'étant plus du gothique, et les deux expressions à lancettes et rayonnant étant à proscrire parce qu'elles ne répondent à rien sinon à un détail insignifiant et d'ailleurs inconstant des fenêtres, il faudra chercher une nouvelle division pour notre art gothique. M. Enlart en indique une dans son Manuel d'archéologie française exprimée en de simples dates. Mais des chiffres ne seront jamais populaires. On pourrait, il me semble, distinguer :
i® Le gothique rudimentaire, de la première moitié du xne siècle, auquel appartiennent les églises rurales du domaine royal, comme celle de Morienval, et les parties vieilles de Saint-Denis et de la cathédrale de Noyon ;
2° Le gothique de transition, de la deuxième moitié du xne siècle, que l'on peut étudier sur les cathédrales de Laon, de Paris et de Bourges;
3° Le gothique de Philippe- Auguste, représenté par un chef-d'œuvre, Notre- Dame de Chartres;
4° Le gothique de saint Louis, que personnifient magnifiquement la cathédrale d'Amiens et la Sainte-Chapelle;
5° Enfin le gothique du xive siècle, tel que nous le révèlent les cathédrales de Clermont-Ferrand, de Limoges et de Narbonne.
Le flamboyant fait simplement suite à cela, absolument comme, plus tard, le style français des châteaux de la Loire bâtis avant ou sous François Ier.