‹ Pages d'art chrétien (volume 3)Chapitre 37 sur 44 · IO · texte numérisé non relu

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symbolisme dans cette inclinaison du chevet, comment aurait-il échappé à des gens qui, dans leurs livres, en mettent partout, beaucoup plus qu'il n'y en a dans les églises, comme Hugues de Saint-Victor, Sicard, Guillaume Durand et autres? »

Ainsi s'exprime M*1" Barbier de Montault. Les partisans de l'idée symbolique ont senti toute la valeur de l'argument et se sont efforcés d'y répondre. Mais toutes leurs recherches n'ont pu aboutir à trouver un seul mot d'un écrivain du moyen âge autorisant à penser qu'on ait jamais songé à attacher un sens symbolique à la déviation de l'axe. Pourtant, s'il est un livre où ce texte devrait se trouver, c'est bien le Rational de Guillaume Durand.

Tout le long du chapitre ier, l'évêque de Mende expose le symbolisme des églises.

Il nous y apprend, entre autres, que la sacristie dans laquelle le prêtre revêt les ornements sacrés figure le sein de Marie dans lequel le Christ a endossé le vêtement de la chair. C'était le cas de parler de l'inclinaison du chevet. Or, il n'y est fait aucune allusion. Évidemment, c'est qu'il l'ignorait. Il faut tirer la même conclusion du mutisme des autres.

Pour pouvoir, malgré le silence des textes, soutenir avec quelque vraisemblance que la déviation de l'axe avait pour objet de rappeler l'attitude du Christ expirant, il faudrait que l'inclinaison du chevet fût toujours dirigée dans le même sens, c'est-à-dire vers le côté Nord, conformément à l'usage des crucifix. Or, il n'en est rien. Celles dont le chœur incline au Sud (= épaule gauche) sont aussi nombreuses que celles dont l'abside dévie vers le Nord (= épaule droite). M. de Lasteyrie en cite vingt-cinq; les plus connues sont la Trinité d'Angers, Saint-Gilles du Gard, Saint- Germer, Vézelay, Saint-Germain des Prés et Saint-Hilairc de Poitiers. Celles-là n'ont donc pas l'inclinaison dans le sens voulu, là que dire des églises sans transept, donc non cruciformes, comme Notre-Dame la Grande, a Poitiers, ou carrées à coupole centrale, comme Saint-Serge et Saint-

Bacchus à Constantinople, ou rondes, comme la chapelle de Chambon en Auvergne, dans lesquelles on remarque cette même déviation, tantôt à droite, tantôt à gauche? Leur plan même empêche de supposer qu'on ait eu l'idée de leur faire figurer le Christ en croix.

L'iconographie elle-même du crucifix nous met d'ailleurs en garde contre cette hypothèse. Il faut savoir, en effet, que le Christ mort ou agonisant à tête inclinée date du xm* siècle et fut sans doute inspiré aux artistes par la venue en France de la couronne d'épines achetée par saint Louis. Jusque-là, on avait toujours représenté le Christ vivant, avec la tête haute et le corps bien droit. Au xie et au xne siècle, alors qu'on bâtissait Notre- Dame la Grande à Poitiers et Saint-Germain des Prés dont le chœur est désaxé, les crucifix continuent comme par le passé à proclamer le triomphe du Christ en évitant le thème des souffrances. Comment supposer une pareille préoccupation mystique chez les architectes alors que les imagiers ne l'avaient pas? Si, du jour où les sculpteurs et les peintres ont incliné la tête de leurs Christs en croix, les maîtres d'oeuvre avaient fait dévier l'axe de leurs églises, on pourrait tirer de cette concordance la preuve que cette déviation est voulue et qu'elle va de pair avec le nouveau thème iconographique. Mais on vient de voir qu'il en va autrement.

Il existe à Metz une église bâtie par les Célestins entre 1 37 1 et 1409. Elle présente une inflexion de l'axe très marquée. Or, la chronique manuscrite de Lutange nous apprend que l'architecte qui l'avait bâtie, honteux d'avoir fait son œuvre ainsi tortue, en mourut de deuil et de tristesse. Voilà donc un témoignage formel qui prouve que ni le constructeur de cette église ni les Lorrains du xv*siècle n'avaient

la moindre idée de L'intention mystique que les archéologues du SIX- siècle ont si COffl plaisamment prêtée aux bâtisseurs du mm (

Vouloir expliquer par une idée syin:

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lique l'inclinaison de l'axe des églises est donc de la fantaisie pure. Mais, alors, comment l'expliquer et quelle raison en donner? L'explication est très simple, et la voici, d'après M. de Lasteyrie.

Le désaxement est un vice de construction causé uniquement par les difficultés matérielles auxquelles se heurtaient les maîtres d'oeuvre. Il est la conséquence involontaire des conditions où travaillaient les architectes du moyen âge et de l'imperfection de leurs procédés pour raccorder les constructions successives de vastes édifices dont les diverses parties n'étaient jamais implantées d'un même coup. On commençait d'ordinaire les travaux de construction par le chœur. Celui-ci achevé, on le livrait au culte après l'avoir fermé par des murs provisoires.

Puis on s'attaquait à la façade, morceau décoratif indépendant, et à sa suite les nefs sortaient de terre. Le transept venait en dernier lieu réunir l'ancien chœur à la nouvelle nef. Ainsi furent bâties presque toutes nos églises, par étapes successives, même les plus homogènes, comme Notre-Dame de Paris. Un laps de temps souvent très long s'écoulait même entre chacune de ces étapes. Les architectes qui présidaient à la suite des travaux avaient donc à raccorder les maçonneries nouvelles avec les parties antérieurement construites. C'était là un problème dont on comprendra toute la difficulté si l'on songe que la célébration du culte dans une partie de l'église obligeait à élever, entre cette partie et le chantier où se poursuivaient les travaux, des murs provisoires qui interceptaient complètement la vue. Or, les artistes du moyen âge ne connaissaient aucun des instruments qui permettent aux modernes de se repérer avec précision et de raccorder les lignes malgré tous les obstacles. Ils

éprouvaient donc le plus grand embarras pour prendre leurs repères et maintenir dans un même axe des points aussi éloignés. Là est la vraie cause des irrégularités que l'on relève dans leurs églises. Cellesci ne se rencontrent pas seulement dans le chœur. Le hasard des reconstructions partielles, des agrandissements, des additions, en a occasionné de pareilles dans

PLAN DE SAINT-DENIS ET DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS AVEC LE TRACÉ DES DEUX AXES

toutes les parties des monuments. Dirat-on que celles-ci ont aussi un sens mystique?

Il est inutile, après cela, de s'attarder à l'énumération des autres explications proposées. Leur valeur dans le cas est nulle. C'est ainsi qu'on a voulu chercher la cause du phénomène dans une nécessité locale, comme le manque de place, la présence d'une rue ou d'un ruisseau, Les anomalies de plan que présentent Saint-Sympho-

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