‹ Pages d'art chrétien (volume 3)Chapitre 40 sur 44 · SAINTE-CECILE D ALBI · texte numérisé non relu

SAINTE-CECILE D ALBI

arcs-boutants, inutiles, ne sont jamais employés. Voûtes cupoléiformes à nervures multiples, absence d'arcs-boutants, voilà donc les deux caractéristiques de ce style. Saint-Maurice d'Angers et Saint- Pierre de Poitiers sont bâtis d'après ses principes. Angers n'a qu'une nef que maintiennent des contreforts sans ressaut. Poitiers en a trois, mais l'architecte a eu soin de les faire de hauteur à peu près égale, de façon que les voûtes latérales contrebutent la nef du milieu. Ils dérivent de deux traditions différentes. Saint-Maurice d'Angers procède de l'école byzantine représentée par Saint-Front de Périgueux : c'est Saint-Pierre d'Angoulême gothicisé.

Saint-Pierre de Poitiers sort de l'école romane qui bâtit Saint-Savin, Notre-Dame la Grande, Saint-Eutrope de Saintes; il est l'aboutissant où viennent se réunir les différentes pratiques du Sud-Ouest rajeunies par l'architecture du Nord. A Angers la coupole, à Poitiers la voûte d'arête ont

fait place à la voûte d'ogive, mais celle-ci, dans les deux cas, est plutôt une coupole nervée qu'une voûte gothique. En vérité, ce style est si particulier qu'on peut à peine le rattacher à celui du Nord.

Comme lui, le gothique du Midi offre un sujet d'étude intéressant, tant à cause de son originalité que des monuments admirables qu'il a produits. Né du roman du Languedoc, déduit en partie du gothique de l'Ile-de-France, influencé par le style Plantagenet du Sud-Ouest, il n'a retenu de l'architecture du Nord, brusquement implantée chez lui par les croisés de Simon de Montfort, que la croisée d'ogives pour établir ses voûtes. Tout le reste lui est particulier. C'est donc un gothique autochtone, à saveur locale très prononcée. Seul entre tous, il a su garder sa physionomie propre, au moment où le gothique du Nord, porté à son extrême perfection par Notre-Dame d'Amiens et Saint-Pierre de Beauvais, s'imposait à toutes nos pro-

LE GOTHIQUE DU MIDI

Il3

INTI RIEUR DE SAIN I E-< ÊCIL1 D Al Kl

vinces, uniformisant les méthodes et les ctiques. Les pa^cs qui suivent ne prétendent qu'à analyser cette physionomie.

Pour être bien compris, les caractères

du gothique méridional ne doivenl pas

être donnés à la suite, sans ordre ni

logique, et sans qu'on y distingue l'ac

soire du principal, les principes de leurs

;équences. Les créateurs de ce style

ont obéi à certains mobiles qu'il est facile de discerner. Ce sont ces mobiles d'abord qu'il faut voir si l'on veut en saisir parfaitement l'esprit.

Le premier sentiment qui a guidé les architectes méridionaux est le désir d'éviter l'arc-boutant. Cette préoccupation est l'origine de tout le style, et tout, au point de vue de la statique, en dérive.

Qu'est-ce à dire que cette antipathie vis-à-vis d'un nouveau membred'architecture dont les maîtres d' œuvre du domaine royal auguraient tant de bien ? Cette aversion du méridional pour l'arcboutant est, si Ton y regarde de près, une méfiance générale pour tout le système d'équilibre inventé par le Nord. Ce système consiste essentiellement en un jeu de poussées et de résistances obliques qui se neutralisent. Les points d'appui étant reportés au dehors par suite du plan à trois nefs, et les collatéraux étant

abaissés afin de permettre l'éclairage direct de la nef centrale, il fallait un lien entre la culée et le mur de la haute voûte. L'arcboutant est le trait d'union qui les relie l'un à l'autre. La poussée oblique des voûtes le traverse de part en part, et lui, les pieds calés sur le contrefort, courbe vers elle son front de bélier en une résistance oblique opposée. Toute la méthode du-Nord est là. C'est une formule de vie. Conscients de l'avoir trouvée, ses auteurs

Page 1