III. — Signol
Signol, si l'art se mesurait à l'aune, une large place devrait lui être faite ici; nulf en effet, pas même Flandrin, n'a eu de plus beaux espaces à remplir. Pour le connaître il faut aller : à Saint-Séverin, dans la chapelle de Saint-Joseph; à Saint- Sulpice, dansle transept; àSaint-Eustache, dans le transept et la chapelle des caté-
LES ELEVES D INGRES
Phot. B. P.
Fig. 22. — V. Mottez : Saint Martin.
(Saint-Germain l'Auxerrois, 1846.)
chismes; à Saint-Louis d'Antin, dans le chœur.
A Saint-Séverin, l'artiste a représenté un Mariage de la Sainte Vierge et une Fuite en Egypte, qu'il a surmontés de deux anges tenant un voile étendu et
d'une Rachel pleurant ses enfants morts. On y lit la date de 1847 (fig. 24).
Grâce à l'exiguïté de la place et à la gracieuseté du sujet, Signol, dont le talent était mince et la sensibilité banale, a tiré du thème de la sainte Famille quatre
compositions aimables, qui sontde nature à le faire apprécier. C'est gracieux, c'est sa meilleure œuvre, et, sans en dire beaucoup de bien, on ne pourrait médire de lui, s'il n'avait rien laissé de plus. Mais il y a Saint-Sulpice.
A Saint-Sulpice, le modeste décorateur de Saint-Séverin s'est trouvé en face de quatre immenses et magnifiques murs, les murs du transept. En pleine lumière, d'une surface de quarante mètres carrés environ, ces murailles de choix auraient eu besoin d'un Delacroix ou d'un Chassériau. Par une fatalité, que l'on constatera plusieurs fois au cours de ce chapitre, il ne s'est trouvé qu'un très petit imagier pour les remplir. Il les a remplies en y peignant : l'Arrestation du Christ à Gethsémani, le Calvaire, la Résurrection, l'Ascension; et comme le haut était vide, il y a logé : Jérémie, Isaïe, Ezéchiel et la Trinité. Toutes ces peintures portent la date de 1876.
L'écart entre la grandeur des sujets et la petitesse des motifs est si sensible qu'il est inutile d'insister. Ces énormes panneaux sont de petites images de piété comme celles qu'on met dans son paroissien du dimanche, l'idéal pour un Catéchisme illustré. De fait, l'influence sur ce genre de production est indéniable. Les dessinateurs de nos éditeurs catholiques ont dû aller, le crayon à la main, devant ces peintures pour y esquisser leurs compositions faciles et à bon marché.
A Saint-Eustache, la constatation est la même. L'œuvre est considérable; l'importance est mince. Nous avons là, au transept : la Marche au Calvaire, le Christ en croix, la Résurrection, la Marche au Tombeau, les Quatre évangélistes , la Prudence, la Force, la Justice, la Tempérance: à la chapelle absidale : Jésus parmi les docteurs, Jésus bénissant les enfants, une Madone, sainte Ursule, sainte Catherine, la Théologie, laCharité,qua.treanges portant chacun un des quatre Évangiles.
De tout cet ensemble, seules, les figures
symboliques du transept, femmes assises sur fond or, méritent un regard sympathique, encore qu'elles ne soient que la reprise, édulcorée, des immortelles figures de Raphaël au plafond de la Signature.
Dans le reste, l'intention d'imiter Flandrin est évidente; mais ces pages forcées sont aux compositions de Flandrin ce que l'emphase est à la véritable éloquence. La calotte du chœur de Saint-Louis d'Antin est de moindre importance : elle est garnie d'un Christ juge entre deux anges, saint Louis et saint Antoine de Padoue.