IV. — Paul Balze
Paul Balze et son frère Raymond, moins connu, ont eu un mérite, celui de préconiser pour la décoration extérieure des églises le procédé, nouveau alors, de la peinture sur faïence et sur lave émaillée. Ils l'ont appliqué avec succès sous les porches de Saint-Augustin et de la Trinité en 1862 et 1867.
A Saint-Augustin, trois tondi formant tympan au-dessus des portes représentent la Foi, l'Espérance et la Charité. Les trois figures symboliques et les personnages qui les accompagnent s'enlèvent en bleu, rouge et vert sur un fond or.
A la Trinité, les tympans des trois portails ont comme sujet : la Trinité, le Christ juge, la Tradition des Clés. Le parti pris est le même qu'à Saint-Augustin
(fig. 25).
Dans la première de ces églises, l'artiste s'est servi de plaques de lave émaillée, dans la seconde, de petits carreaux de faïence, et il a opéré avec des couleurs vitrifiables qu'il a, après la mise en place, recouvertes d'un vernis indélébile. A voir leur conservation parfaite et leur aspect brillant de mosaïque, on pense avec regret au porche de Saint-Germain l'Auxerrois, où le malheureux Mottez a usé si vainement de la fresque. Que n'a-t-il adopté ce procédé plus sûr!
Les six tondi de Saint-Augustin et de la Trinité sont d'agréables œuvres où les
Fig. 23. — V. Mottez : Saint Martin ressuscitant un mort.
(Saint-Sulpice, 1862.)
Phot. B. P.
Phot. B. P.
Fig. 24. — Signol : La Fuite en Egypte. (Saint-Séverin, 1847.)
deux frères ont misa profit l'enseignement raphaëlesque d'Ingres. L'intérêt artistique ne va pas au delà. Ils sont un exemple à citer de la piété, peu éclairée chez eux, que le maître leur inculquait à tous pour le dieu.
De cette piété, Paul et Raymond Balze ont donné une nouvelle preuve personnelle, lorsqu'ils ont exécuté, avec quelle patience, des copies grandeur nature des Chambres et des Loges de Raphaël au Vatican. Pour les Chambres, ce sont de grandes toiles reproduisant les principaux morceaux : Dispute du Saint Sacrement, École d'Athènes, Messe de Boîsène, Saint
Léon et Attila, etc. Pour les Loges, c'est une construction réduite qu'ils ont décorée à même les murs. La réduction des Loges se trouve à l'École des Beaux-Arts de Paris où l'on peut voir aussi quelques fragments des Chambres; elle y fait pendant à la chapelle décorée par Sigalon d'une copie du Jugement dernier de Michel-Ange. Mais les principales copies des Stanze sont dans la cour d'honneur des Invalides, où elles étonnent quelque peu le visiteur. Leur rôle éducateur est très discutable. On s'exposerait, en effet, à de lourdes méprises si l'on voulait juger Raphaël d'après ces plates reproductions.
LES ELEVES D INGRES
C'est en face de pareilles traductions que le mot de trahison vient à l'esprit. Non, les Balze auraient mieux fait de laisser Raphaël à Rome. Il est d'autres manières de l'honorer, dont l'une est celle qu'ils ont employée eux-mêmes quand ils décoraient les porches de Saint-Augustin et de la Trinité, en se souvenant, un peu trop servilement, de la leçon qui se dégage de ses œuvres.