INTÉRIEUR DE L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS
par le principe même de l'art. Et ceci est le procès de tout pastiche aussi bien classique que moyenâgeux. Pour ne l'avoir point compris, nos gothicisants, archéologues plutôt qu'artistes, aveuglés par une doctrine d'école qui leur faisait confondre cette chose vivante qu'est l'art avec l'étude du passé mort, n'ont abouti qu'à d'archaïques résurrections.
Celte tare archéologique se retrouve dans les meilleurs exemples, tels que Saint- Nicolas de Nantes et Saint-Jean-Baptiste de Belleville, par Lassus, en 1854-1859; Saint-Bernard de Paris, par Magne, en i858-i86i; Saint-Evre de Nancy, par Morey, en 1 864-1 879. C'est elle qui enlève tout intérêt à des monuments plus récents delà mêmelignée, estimables, parailleurs, pour le sérieux de leur exécution, comme Notre-Dame de la Treille à Lille, par M. Leroy, et la basilique supérieure de Lourdes, par H. Durand.
Viollet-le-Duc est le seul de son temps qui ait entrevu ce que devait être ce retour au moyen âge. L'archéologue et l'artiste qui étaient en lui ont eu de quoi s'affirmer, l'un en restaurant des monuments anciens comme Notre-Dame de Paris, l'autre en construisant des églises nouvelles, celle de Saint-Denis par exemple. Le premier n'a consulté que son érudition, et il faut bien avouer que ses restaurations n'ont pas été assez discrètes. Le second a cherché à réaliser une conception personnelle qui, tout en se réclamant des cathédrales gothiques, voulait non en reproduire l'aspect, mais en continuer l'esprit. Faute de l'avoirsaisi, on lui a jadis à tort reproché d'être aussi médiocre architecte que remarquable archéologue, en ce sens qu'il n'avait pu atteindre en ses créations à la pureté de style des vieux monuments qu'il avait si magistralement restaurés.
Nos yeux aujourd'hui ne voient point de même, et si les constructionsde Violletle-Duc ont pour nous quelque défaut, c'estbien plutôt celui d'êtretropgothiques.
A l'archéologue nous reprochons de n'avoir pas assez respecté les ruines, et à l'artiste d'avoir répété ce que d'autres avaient déjà dit. Nous ne croyons plus à l'unité de style dont les romantiques avaient fait un dogme, et si Viollet-le-Duc revenait, nous ne le laisserions pas saccager sous ce prétexte la décoration du Vœu de Louis XIII à Notre-Dame pour y installer un faux autel gothique dénué d'intérêt. Les monuments pour nous sont des êtres vivants dont le développementconstituel'histoire.
Acôtédesconstructionshomogènes sorties heureusement du sol entières et achevées d'un coup, nous comprenons qu'il y en ait d'autres d'une beauté plus mobile, organisées comme des corps en qui circule la vie, qui aient lentement grandi avec les siècles et qu'elles portent les dates de ces croissances successives. Au bon vieux temps, où le principe était de bâtir dans le style de son époque, même quand on reprenait un édifice ancien, on se contentait d'harmoniser les nouvelles couches avec les sédiments antérieurs sans chercher comme nous à faire du vieux neuf.
De là ces monuments un peu panachés, harmonieux quand même, tels Saint- Gatien de Tours, la cathédrale d'Evreux, la façade de Notre-Dame de Chartres, la face latérale de Sainte-Cécile d'Albi, auxquels la gravité romane, l'esprit gothique, la fantaisie flamboyante, la grâce Renaissance ont tour à tour collaboré, et cela aussi est plein de charme à côté des modèlesplusparfaits d'unité. Quellevanité ce serait de vouloir substituer une homogénéité factice à cette variété dont le temps les dota et que ce temps lui-même s'est d'ailleurs chargé d'harmoniser! Les restaurer, dans notre langue, signifie les consolider. Tous nos soins doiventconsister à réparer l'usure des ans, sans essayer d'hypothétiques résurrections; car les refaire à neuf nous paraît inutile, désastreux même autant qu'une démolition.
Si nous nous séparons des romantiques comme archéologues, nous nous en séparons davantage encore comme artistes,
DU NEO-GOTHIQUE AU MODERNE
Phot. Thiollier.
ÉGLISE SAINTE-PHILOMÈNE D'ARS (Ah\) (Architecte : Bossan, 1862.)
car c'est d'un art nouveau, c'est-à-dire renouvelé, que nous rêvons.
Viollet-le-Duc aussi en a rêvé. Saint-
Gimer de Carcassonne, l'église d'Aillantsur-Tholon (Yonne), et l'église paroissiale de Saint-Denis représentent le principal
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Phot. Thiollier.
INTÉRIEUR DE SAINT-FRANÇOIS-RÉGIS DE LA LOUVESC (ARDÈCHE) (Architecte : Bossan. 1 865 . )
de son effort. La première est de i852: c'est la date que portent les plans originaux conservés au Trocadéro. La seconde a été commencée en 1864. La troisième a dû suivre immédiatement, car le plan du maître autel est daté de février 1866.
Saint-Gimer de Carcassonne, très modeste, est inspiré du gothique du Midi.
La travée en est constituée par deux piliers carrés aux arêtes rabattues par un chanfrein, au-dessus desquels des colonnettes en encorbellement sur des consoles
PLAN PAR TERRE DE NOTRE-DAME DE FOURVIERE DRESSÉ PAR M. SAINTE-MARIE PERRIN
(Architecte : Bossan, 1872.)
Phot. S. -M. Perrin.